Discours d'installation de Son Excellence la très honorable Mary May Simon, 30e gouverneure générale du Canada

Le 26 juillet 2021

Sous réserve de modifications

OTTAWA (Ontario) —Avec beaucoup de respect, je tiens à reconnaître que nous nous trouvons aujourd’hui sur le territoire non cédé du peuple algonquin anichinabés, qui vit dans cette partie du monde et en prend soin depuis des milliers d’années. 

Monsieur le premier ministre Trudeau, je vous remercie pour la confiance que vous m’avez témoignée et pour votre détermination à favoriser la réconciliation. Je suis honorée, et c’est avec humilité que je suis prête à devenir la première gouverneure générale autochtone du Canada. 

Ce lieu où nous réunissons aujourd’hui revêt pour moi une énorme importance. Il y de ça 39 ans, lorsque ce lieu était le Centre de conférences du gouvernement, j’ai collaboré avec d’autres dirigeants autochtones et des premiers ministres pour que nos droits soient confirmés dans la Constitution canadienne. Ce moment a rendu possible le moment présent.

Je tiens également à exprimer du fond du cœur ma gratitude à Sa Majesté la Reine pour avoir mis sa foi et sa confiance en moi. Je sais qu’elle voue un amour indéfectible à ce magnifique pays.

Et à ma famille : je remercie mon ami, Whit, mes enfants, Richard, Louis et Carole, mes beaux-enfants, Rhonda, Dianne et Whitney, mes frères et sœurs et, bien sûr, mes petits-enfants et mes arrière-petits-enfants. Vous m’avez tous donné de la force, un but, de l’amour et de l’inspiration tout au long de ma vie. 

Aux Forces armées canadiennes, je suis honorée d’accepter le rôle de commandante en chef du Canada. Je vous remercie d’incarner le sens du sacrifice, de la bravoure et du service au nom de tous les Canadiens. Votre conviction et votre courage sont des plus remarquables et représentent le meilleur de nous tous. Je suis impatiente de rencontrer dans les prochains jours les membres de l’Armée de terre, de la Marine, de la Force aérienne et les Rangers canadiens et d’autres unités de réserve.

Depuis l’annonce de ma nomination, j’ai été profondément touché par les réactions des Canadiens qui se sont adressés à moi. 

  • J’ai entendu des Canadiens qui décrivent un regain du sentiment de possibilité pour notre pays et espèrent que je puisse rapprocher les gens. 
  • J’ai entendu des Canadiens qui m’ont mis au défi d’apporter une vocation nouvelle et renouvelée à la charge de gouverneure générale pour aider les Canadiens à résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. 
  • J’ai entendu des Canadiens qui ont exprimé leur appui à ma promesse d’apprendre le français et qui m’ont même offert de m’accompagner dans ma formation!
  • Et j’ai entendu des Canadiens qui voient Rideau Hall comme la maison du peuple, reflétant les valeurs, les aspirations et la diversité de notre grande famille canadienne.

Je suis vraiment reconnaissante pour ces paroles de soutien et ces conseils.

En qualité de gouverneure générale, je suis déterminée à établir et à maintenir les normes de travail et d’éthique les plus élevées qui soient dans toutes les facettes de mes fonctions.

Aujourd’hui, marque une journée importante et historique pour le Canada. Or, mon histoire, dans cette enceinte, a commencé très loin d’ici.

À ma naissance je m’appelais Mary Jeannie May dans le Nouveau-Québec, dorénavant connu sous le nom de Nunavik. Mon nom inuit est Ningiukudluk. 

J’ai vécu mon adolescence au Nunavik, selon un mode de vie traditionnel avec mes parents. Ma mère, Nancy, était inuite. Mon père, Bob, originaire du Sud, était gérant du comptoir local de la Compagnie de la Baie d’Hudson. 

Pendant plusieurs mois dans l’année, nous vivions sur le territoire — en déplacement en traîneaux à chiens ou dans une embarcation … à la chasse, à la pêche et à la cueillette de nourriture.

Au fil des ans, j’ai échangé des anecdotes avec des Canadiens sur leurs plus beaux souvenirs d’enfance. Voici le mien : couchée dans la tente de notre famille aux abords de la rivière George, sur un lit de branches d’épinette et de peaux de caribou, j’écoutais au petit jour le chant des oiseaux et la neige craquer sous les pattes des chiens de notre attelage.

Ce que j’ai apprécié le plus de l’éducation que reçue, c’était que mes parents nous enseignaient à mes frères et sœurs et à moi comment vivre dans deux mondes : le monde inuit et le monde non inuit du Sud. 

Ce socle de valeurs fondamentales m’a servie et façonnée tout au long de ma vie, et je crois qu’il m’a aidé à franchir un tournant important comme fillette, soit le moment où j’ai cessé d’avoir peur. 

Il m’a fallu du temps avant d’acquérir la confiance en moi voulue pour m’affirmer et affirmer mes convictions dans le monde non autochtone. Mais lorsque j’ai compris que j’avais une voix puissante et que les autres attendaient de moi que je sois leur porte‑parole, j’ai pu renoncer à mes craintes. 

Ma langue maternelle, l’inuktitut, est la langue qui définit les Inuits comme peuple et c’est le fondement même de notre survie. 

Ma langue seconde, l’anglais, m’a ouvert les portes du reste du monde.

Je m’engage à apprendre l’autre langue officielle du Canada, le français.

À ce stade de notre histoire commune, on voit bien que de nombreuses langues forment l’essence même de notre pays, tout comme les histoires de ceux et celles venus au Canada en quête d’une nouvelle vie. 

Par la suite, au début de la vingtaine, alors que je vivais à Montréal, j’ai travaillé pour la CBC et je me suis retrouvée à traduire à vue les nouvelles et à expliquer aux auditeurs inuits de l’Arctique les nouvelles en provenance du monde entier.  

Mais une autre force a toujours guidé ma vie : l’importance de promouvoir la guérison et le bien-être par le biais de toutes les formes d’éducation, qu’il s’agisse de l’élaboration de politiques publiques, de réformes législatives, de l’amélioration des programmes scolaires ou de la défense des droits de la personne. 

Au cours de ma carrière, j’ai eu le privilège de beaucoup voyager dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada. Ce dont je me souviens le plus, ce ne sont pas les réunions ou les conférences, mais bien le mélange de cultures et de patrimoines qui font du Canada un phare de la planète.

Je n’oublierai jamais le travail altruiste des Canadiens dans tous les coins du pays. Chaque jour, dans les petites salles communautaires, les gymnases des écoles, les Légions royales canadiennes et les lieux de culte, ainsi que dans des milliers d’organismes de services communautaires, des Canadiens ordinaires accomplissent des choses extraordinaires. 

En tant que gouverneure générale, je ne perdrai jamais de vue que notre altruisme est l’une de nos grandes forces en tant que pays.

Je prends l’engagement d’être présente pour l’ensemble des Canadiens.

Le Canada est un pays de l’Arctique. Notre Arctique est l’un des endroits les plus uniques de la planète - des oies du printemps aux ténèbres de l’hiver, en passant par certaines des plus grandes migrations d’animaux sauvages de la planète. Notre Nord est aussi une patrie bien vivante et bien habitée pour les Inuits, les Premières Nations et les Métis.

L’Arctique compte beaucoup pour le Canada et pour le monde entier. Le Canada s’est fait le champion de la création du Conseil de l’Arctique et de l’Accord de pêche dans l’océan Arctique central. Nous avons conclu des traités modernes avec les Inuits. Nous avons adopté la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques pour assurer la souveraineté sur le passage du Nord-Ouest, et développé une dimension circumpolaire à notre politique étrangère, qui reconnaît que la sécurité humaine doit inclure la sécurité environnementale.

Depuis de nombreuses années, le Canada subit des effets disproportionnés du changement climatique, car l’Arctique se réchauffe plus rapidement que presque partout ailleurs sur la planète. L’Arctique représente près de 40 % de notre masse continentale et pourrait être dépourvu de glace de mer estivale dans les prochaines décennies.

La double crise mondiale de la destruction de la nature et du changement climatique est sans aucun doute le défi de notre époque. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’Arctique et ce qui s’est passé le mois dernier dans tout le pays : les effets dévastateurs des feux de forêt, des sécheresses prolongées, des vagues de chaleur record.

J’estime que pour avoir un avenir sain, nous devons revoir notre façon de penser et comprendre que la nature contient et crée notre climat. Notre climat permet à la société d’être possible, et l’économie est une composante de notre société

En ma qualité de gouverneure générale, je vais promouvoir et reconnaître les exemples de conservation et d’action climatique menés par les communautés et les Autochtones qui font vraiment une différence et peuvent inspirer d’autres Canadiens à faire de même. J’espère promouvoir ces exemples de leadership canadien à l’échelle nationale et internationale. 

J’ai toujours considéré le Canada comme une métaphore de la famille. 

En tant que membres de notre grande et diverse famille canadienne, nous devons remplacer la souffrance par l’espoir et trouver la grâce et l’humilité voulues pour rester unis et avancer vers un avenir plus juste et équitable.

Aborder les enjeux de la santé mentale et du bien-être dans nos familles, de nos écoles, de nos lieux de travail et de nos services de première ligne est un travail ardu et nécessaire, mais pensez aux possibilités de créer des communautés plus fortes, plus saines et plus prospères.

J’aimerais rendre hommage à tous les Canadiens qui ont sacrifié leur propre sécurité en fournissant des services essentiels pendant la pandémie afin que le reste d’entre nous puisse rester en sécurité. Vous êtes intervenus quand on nous a dit de rester à la maison. Je vous dis un grand merci.

En tant que gouverneure générale, je m’engage à profiter de ce moment de l’histoire de notre pays pour poursuivre le travail de déstigmatisation de la santé mentale afin qu’elle soit considérée de la même façon que les maladies physiques et qu’on y consacre la même attention, la même compassion et la même compréhension.

Depuis la parution il y a six ans du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, nous avons su en tant que pays que nous devons apprendre la véritable histoire du Canada. L’acceptation de cette vérité nous rend plus forts en tant que pays, unit la société canadienne et enseigne à nos enfants que nous devons toujours faire de notre mieux, surtout dans les situations difficiles.

La découverte de tombes non identifiées sur les terrains des pensionnats indiens ces dernières semaines m’a horrifié, à l’instar de tous les Canadiens. 

Bien des gens pensent que la réconciliation se fera par le biais de projets et de services. Tous les Canadiens ont le droit d’avoir accès aux services.

Je suis d’avis que la réconciliation est un mode de vie et nécessite un travail quotidien. La réconciliation, c’est apprendre à se connaître.

Comme l’indique le rapport de la Commission de vérité et réconciliation :

"La réconciliation doit appuyer les Autochtones pendant qu’ils guérissent de l’héritage destructeur de la colonisation qui a fait tant de ravages dans leurs vies."

Chaque jour on nous rappelle que même si la diversité est une valeur canadienne fondamentale, notre pays doit faire davantage pour respecter l’ensemble des langues, cultures, ethnies, religions et modes de vie. 

En tant que gouverneure générale, j’incarnerai l’engagement de notre pays envers la diversité et l’acceptation. J’ai toujours cru que la très honorable Kim Campbell avait placé le pays sur la bonne voie lorsqu’elle a affirmé : « Le Canada est la patrie de l’égalité, de la justice et de la tolérance. » Sachant qu’un cinquième des Canadiens sont nés ailleurs, il est plus important que jamais de s’assurer que nous respectons cet engagement.

Dans cette situation en tant que gouverneure générale, je m’efforcerai de concilier les tensions du passé et les promesses de l’avenir, de manière sage et réfléchie. 

Notre société doit reconnaître ensemble nos moments de regret, à côté de ceux qui font notre fierté, car cela crée un espace pour la guérison, l’acceptation et le rétablissement de la confiance. Je m’efforcerai de jeter des ponts entre les divers milieux et cultures qui reflètent le caractère unique et la promesse de notre grand pays.

Je m’engage à rencontrer les Canadiens dans l’ensemble des provinces et territoires pour apprendre de première main ce à quoi les gens font face et ce qui pourrait être fait pour améliorer leur vie.

En m’appuyant sur la force des gouverneurs généraux qui m’ont précédé, je m’engage envers les Canadiens à aller de l’avant avec humilité et détermination afin de vivre ce moment de notre histoire commune.  

Whit et moi, ainsi que notre chienne, Neva, sommes ravis et honorés que Rideau Hall devienne notre maison familiale. Nous avons également l’intention de vivre et de travailler à la Citadelle de Québec.

Je suis honorée d’être gouverneure générale. Je ferai de mon mieux, tous les jours, pour être à la hauteur.

Thank you. Merci. Miigwetch. Nakurmiik