Rassemblement des survivants du CNVR

Le 16 décembre 2025

Sous réserve de modifications

C’est pour moi un grand honneur de partager ce moment avec vous, un moment qui nous permettra de réfléchir ensemble au parcours de guérison des survivants des pensionnats, dont beaucoup sont ici présents aujourd’hui.

Certains d’entre vous cheminent à mes côtés depuis de nombreuses années sur la voie de la réconciliation. D’autres apporteront de nouvelles perspectives que j’ai hâte de découvrir.

Permettez-moi de commencer par une question : la guérison consiste-t-elle uniquement à panser les blessures du passé?

Ou s’agit-il aussi de découvrir quelque chose en notre for intérieur, quelque chose de transformateur pour l’avenir?

Au cours de la dernière décennie, la guérison a pris corps partout au Canada, donnant lieu à des démarches collectives et individuelles.

Et la vérité a été le point de départ.

Depuis que les témoignages des survivants ont été entendus et diffusés par la Commission de vérité et réconciliation, je constate que la population canadienne se montre plus compatissante et solidaire.

Notre société est devenue plus inclusive dans sa manière d’appréhender notre histoire et de l’enseigner aux générations futures.

Nous avons été témoins de moments historiques, le plus récent étant la restitution d’artéfacts culturels autochtones par le Vatican.

Il s’agit d’un jalon significatif dans notre progression vers la réconciliation.

Ces objets ont été trop longtemps séparés des communautés auxquelles ils appartiennent, mais ils leur ont enfin été rendus, et cela va nous aider à poursuivre ensemble notre guérison.

Je sens qu’une nouvelle relation a pris racine dans notre société.

Le processus n’est pas parfait. Le processus n’est pas assez rapide. Mais je crois que nous marchons, collectivement, vers la guérison.

Lorsque je suis devenue gouverneure générale, la découverte des tombes d’enfants à l’ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique, venait de secouer le pays.

J’ai senti que la population canadienne était prête à aller de l’avant.

La vérité et la compassion ont ouvert la porte à la confiance.

De nombreux survivants m’ont dit qu’ils avaient éprouvé du réconfort, qu’ils avaient perçu une lueur d’espoir.

Sur le plan personnel, la guérison peut prendre différentes formes.

Le traumatisme est un phénomène très complexe, et le traumatisme intergénérationnel l’est davantage.

Trop souvent, nos services de santé et nos forces de l’ordre ne sont pas suffisamment outillés pour intervenir de manière à favoriser véritablement la guérison.

J’ai rencontré de nombreux survivants, leurs familles et leurs communautés.

Votre courage et votre volonté d’aller de l’avant, malgré d’immenses défis, ne cessent de m’impressionner.

J’ai également rencontré de nombreuses personnes qui soutiennent votre guérison. Un travail remarquable est fait d’un bout à l’autre du pays.

Plus tôt cette année, à Iqaluit, au Nunavut, j’ai rencontré des professionnels de la santé, des travailleurs communautaires, des guérisseurs culturels et des aidants.

Nous avons discuté de santé mentale et des pratiques qui fonctionnaient dans leurs communautés.

Chaque personne alors présente avait perdu au moins un membre de sa famille par suicide.

La douleur est immense. Tout comme le besoin d’un soutien ancré dans les cultures autochtones.

Car une vérité ressort de tous les témoignages que j’ai entendus : le cheminement le plus efficace et le plus puissant vers la guérison passe par la culture.

La guérison est plus efficace lorsque les gens renouent avec leur identité, c’est-à-dire avec leurs traditions, leur langue, leurs valeurs et leur histoire commune.

Pour les Inuits, la thérapie culturelle peut consister à être en contact avec la terre, à pêcher, à chasser pour subsister ou à allumer le qulliq lors d’occasions spéciales.

La culture est un mode de vie qui nous réconforte et qui nous rend fiers de notre identité.

C’est pourquoi les ateliers communautaires et le soutien par les pairs apportent tant de réconfort : l’aide que vous y recevez provient de personnes qui vous comprennent.

Et lorsque l’autre personne a vécu des expériences de traumatisme, de dépendance ou de deuil similaires à celles que vous avez vous-même vécues, le lien qui s’installe est très fort.

La guérison et le bien-être trouvent leur source à la maison. Dans un sentiment d’appartenance.

Ce qui me ramène à ma question initiale, et à ce que nous pouvons découvrir en nous-mêmes.

En renouant avec notre culture, nous libérons une force intérieure qui nous aide à guérir.

Nous trouvons le courage de faire la paix et de nous bâtir une vie meilleure pour l’avenir.

En tant que pays, nous devons faire davantage pour aider les survivants et leurs familles à se reconstruire.

Il ne suffit pas d’envoyer des professionnels non autochtones ou de dégager du financement.

Nous devons former davantage d’Autochtones au sein de leurs propres communautés, afin qu’ils puissent offrir un soutien véritablement adapté à leur culture.

Nous avons besoin de services comme le counselling sans rendez-vous : une aide que les gens peuvent obtenir quand ils en ont besoin, et non seulement sur rendez-vous.

Nous avons besoin de services adaptés aux communautés éloignées, par exemple des équipes mobiles de santé mentale qui se déplacent pour rencontrer les gens.

Laissons les peuples autochtones tracer leur propre chemin de guérison.

Laissons-les redéfinir, selon leurs propres termes, ce que signifie se sentir bien.

Aujourd’hui, j’éprouve une vive émotion lorsque je vois de jeunes Autochtones parler fièrement leur langue ancestrale, lorsqu’ils assument pleinement leur identité tout en bâtissant leur carrière et un avenir prometteur.

J’ai eu une enfance très heureuse. Alors que je grandissais dans notre petit village, nous avions des externats fédéraux.

Ma mère et ma grand-mère ne parlaient que notre langue, l’inuktitut. Mon père, qui n’était pas Autochtone, s’est imprégné de la culture et a appris la langue lorsqu’il s’est rendu pour la première fois dans l’Arctique.

Lorsqu’il a rencontré ma mère, il a pu communiquer avec elle dans sa langue.

Dans l’externat fédéral de notre communauté, il nous était interdit d’utiliser ou de parler notre langue, que ce soit dans la cour de récréation ou en classe.

Si quelqu’un nous surprenait à discuter dans notre langue avec nos camarades, c’était la punition assurée.

Cette pratique ne se limitait pas aux pensionnats : elle s’étendait aux externats fédéraux présents partout au Canada.

Il n’est donc pas étonnant que tant d’Autochtones ne parlent pas leur langue. Ce n’est pas de leur faute.

Le système fonctionnait ainsi à l’époque, et nous devons assumer fièrement notre identité. 

J’essaie de parler français et cela fait quatre ans que j’apprends cette langue. Essayer de parler une langue alors qu’on ne la maîtrise pas encore parfaitement est un véritable défi.

Les événements du passé ont privé les peuples autochtones d’une grande partie de leurs langues. J’encourage toujours les gens à s’exprimer selon leurs connaissances. 

J’essaie chaque jour d’apprendre le français, et mon vocabulaire ne cesse de s’enrichir. C’est la même chose pour toutes les autres langues : il faut enrichir son vocabulaire.

Dans nos communautés, il est important d’essayer de parler la langue autant que possible, notamment à la maison.

C’est ainsi que nous renforcerons notre capacité à raviver nos langues autochtones.

Cela nous rappelle que, quoi que nous ayons enduré et peu importe ce qui nous a été enlevé, nous sommes encore ici.

Nos cultures recèlent une force qui peut nous soutenir dans les moments difficiles.

Guérir ne signifie pas seulement panser les blessures du passé.

Guérir, c’est trouver la paix et la force intérieures nécessaires pour transformer notre avenir.

Voici mon souhait pour les 10 prochaines années et au-delà : que les survivants et toutes les personnes qui ont souffert continuent de guérir à mesure que nous avançons sur la voie de la réconciliation.

Merci d’être ici pour enrichir les discussions.