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Ottawa (Ontario), le mercredi 24 avril 2013
Je tiens à vous remercier de m’avoir invitée à prononcer une allocution à l’occasion de la Conférence nationale de l’Association canadienne des programmes de ressources pour la famille.
Le bien-être de la famille, qui est le thème de cette conférence, est certes vital, mais il a également pour moi une signification bien particulière. En tant que mère de cinq filles mariées et grand-mère de neuf petits-enfants, je joue un rôle majeur dans la chaîne du soutien de la famille.
Dans les années soixante et au début des années soixante-dix (mais la plupart d’entre vous n’étaient pas encore au monde), je travaillais comme physiothérapeute dans le domaine de la psychiatrie infantile. C’est alors que de grandes innovations touchant les enfants et la famille ont vu le jour.
À l’époque, les centaines d’enfants nés avec des difformités parce que leur mère avait pris de la thalidomide ont incité une génération entière d’ingénieurs et de thérapeutes à mettre au point des prothèses pour les aider à être plus agiles. De plus, les enfants qui avaient un handicap physique, autrefois confinés dans des écoles spéciales, ont été accueillis dans les écoles ordinaires.
Nous avons assisté à un autre changement également : les enfants hyperactifs et inattentifs (avant la découverte du TDAH, ou trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité), autrefois considérés comme des enfants mal élevés ou désobéissants qu’il fallait discipliner, ont pu être traités pour un trouble systémique. Or, quand on aide un enfant à mieux fonctionner en société, sa famille en profite grandement.
Le mois dernier, mon mari et moi avons eu l’honneur d’assister à la messe inaugurale de Sa Sainteté le pape François, célébrée au Vatican. Nous y avons entendu le message qu’il adressait aux catholiques, mais aussi aux gens de toutes les croyances.
Il a demandé aux dirigeants des nations non pas de régner, mais de servir les autres. Il a par ailleurs exhorté l’Église et l’humanité tout entière à tendre la main aux groupes vulnérables et aux pauvres.
Vous qui êtes ici présents avez tous répondu à un tel appel un jour.
Quant à mon mari, depuis qu’il a accédé au poste de gouverneur général, il a parlé de sa vision d’une nation plus avertie et plus bienveillante, qui repose sur trois piliers auxquels nous croyons tous deux fermement.
Les voici : encourager le bénévolat et la philanthropie, accroître l’apprentissage et l’innovation et soutenir les familles et les enfants.
Car la société s’appuie sur des piliers comme nous les appelons. Au cours de nos visites dans tous les coins du pays pendant les deux premières années de son mandat, nous avons été émerveillés et réconfortés tout à la fois en voyant l’innovation et la bienveillance mises au service des familles et des enfants défavorisés et vulnérables.
Les visites que David et moi faisons dans notre magnifique pays sont complémentaires. Bien souvent, David rencontre des conseils d’administration et des organisations qui travaillent entre autres à amasser des dons de bienfaisance, tandis que je me rends là où les fonds amassés sont utilisés. Je me considère extrêmement choyée d’avoir eu la chance de discuter avec des gens comme vous qui assistez à cette conférence aujourd’hui.
Si vous le permettez, je vais vous parler brièvement de quatre exemples d’organisations efficaces et bienveillantes glanés au fil de nos visites au Canada.
Commençons par la Saskatchewan, où nous avons visité les collectivités de Prince Albert et de Regina. Je voulais rendre visite à la Ranch Ehrlo Society, et ce que j’y ai vu ne m’a pas déçue.
En 1966, son fondateur, Geoff Pawson (que j’ai d’ailleurs eu le privilège de rencontrer avant son décès, survenu en janvier 2012), a pensé à une théorie novatrice. Il croyait possible d’améliorer le comportement des jeunes gens perturbés sans avoir à recourir à la force physique.
Dans le contexte de la réadaptation physique et émotionnelle, la Ranch Ehrlo Society fait des évaluations justes (du triage), intervient au moment opportun, offre une éducation adaptée et, enfin, fait le pont avec la collectivité et ses services d’appui.
Elle emploie des approches holistiques (et même des chevaux) pour aider les jeunes — qui ont parfois vécu l’horreur — à surmonter leurs problèmes. Ce faisant, elle crée pour eux un milieu dans lequel ils peuvent grandir, s’épanouir et s’en sortir.
La Ranch Ehrlo Society a pris en charge des cas tellement complexes qu’aucune autre instance ne pouvait les accepter. La valeur de cette importante ressource canadienne est indéniable, et je suis profondément honorée d’en être la présidente d’honneur.
Lors d’un souper avec les étudiants et le personnel, j’ai été à même de constater le lien de confiance qui s’est noué entre les jeunes et les travailleurs sociaux, les enseignants, les conseillers spirituels et autochtones, les moniteurs d’éducation physique et d’activités de plein air ainsi que le chef-cuistot tant aimé.
Dans cette organisation, c’est toute l’équipe qui permet à ces jeunes en difficulté de réussir et d’apporter les changements qui s’imposent dans leur vie pour s’assurer un avenir meilleur et pouvoir retourner dans leur famille.
Je vous raconterai maintenant l’histoire d’un autre succès, celle du Programme d’enseignement à domicile à l’intention des parents d’enfants d’âge préscolaire au Canada, connu sous son sigle anglais HIPPY. Ce programme aide les parents qui vivent dans la pauvreté ou qui ont du mal à lire et à écrire (en particulier des familles autochtones et d’immigrants) afin qu’ils puissent mieux préparer leurs enfants à aller à l’école, en leur donnant les bases nécessaires à leur réussite.
J’ai eu en particulier l’occasion de parler avec des parents de la réserve des Premières Nations Huu-ay-aht qui avaient participé au programme HIPPY dans la région de Vancouver. Non seulement ils sont heureux de voir leurs enfants se développer en prévision de leur entrée à l’école, mais ils croient que d’avoir travaillé de façon constructive avec leurs enfants a fait d’eux de meilleurs parents. Un bon nombre d’entre eux sont même devenus des enseignants du programme HIPPY et ont pu ainsi gagner leur pain.
Transportons-nous maintenant à Sault Ste. Marie. J’espère que vous me pardonnerez, car j’ai un léger parti pris quand il s’agit de la ville d’où je viens. Nous y étions lors du centenaire de la ville. Pendant que David était allé discuter avec des dirigeants communautaires de l’établissement d’une fondation communautaire, j’ai rencontré des membres du Centre des services à la famille afin de parler du modèle Algoma dont ils se servent.
Ce modèle fonde les services communautaires sur une approche intégrée de la collaboration pour venir en aide aux jeunes en difficulté. Selon cette approche, les écoles constituent une plaque tournante pour le soutien en santé mentale chez les jeunes. Ceux qui sont aux commandes de cette vaste initiative ont déclaré qu’ils avaient jugé essentiel, avant de mettre sur pied un réseau de partenaires, de tisser avec des organisations des liens d’amitié qui ont fait grandir la confiance et ont favorisé la collaboration au bout du compte.
Voilà un message simple, mais d’une grande profondeur, qui a amené dix villes ontariennes à reproduire le modèle Algoma, dont les éléments fondamentaux sont sans conteste une intervention précoce à la source et une collaboration harmonieuse entre les gens et les organismes spécialisés.
Laissez moi terminer mes exemples par la ville de Québec, où certains des membres de ma famille ont visité la Maison Dauphine — un centre d’accueil pour jeunes en difficulté.
Leurs Altesses Royales le duc et la duchesse de Cambridge ont également rendu visite à cette maison lors de leur passage au Canada. Pour eux, toute ville doit avoir un centre comme celui-là, qui est une bénédiction pour la collectivité autant que pour les jeunes qui y obtiennent de l’aide.
Grâce à une famille généreuse, ce centre est désormais situé dans une belle maison en pierres entièrement rénovée, près de la place d’Youville, où de nombreux sans-abris se tiennent.
La clientèle de la Maison Dauphine se compose de jeunes toxicomanes ou sans-abris, d’adolescentes enceintes et de décrocheurs, qui souffrent parfois aussi de problèmes de santé mentale. Elle leur procure un refuge sécuritaire où ils peuvent se procurer des vêtements propres. Il semble en outre qu’elle soit pour certains le seul endroit pour avoir accès à une éducation.
La Maison Dauphine donne un coup de pouce aux jeunes en leur permettant d’exprimer leur créativité et de faire entendre leur voix.
Quand vous entamerez vos discussions, ne perdez pas de vue que, malgré les succès dont j’ai été témoin, il reste encore beaucoup à faire. Vous vous êtes bien occupés des personnes vulnérables de notre société. Je ne doute pas un instant que vous saurez tabler sur les gains durement acquis.
La famille est au cœur de notre société. Ainsi que nous l’a demandé le pape François, traitez-la avec délicatesse et avec amour. Vous qui êtes réunis ici relèverez assurément ce défi. Merci pour tout ce que vous faites au quotidien pour améliorer la société canadienne.
