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Ottawa, le lundi 18 juin 2012
Je vous remercie sincèrement pour cette merveilleuse marque de reconnaissance. Et toutes mes félicitations pour vos réussites au collège Algonquin!
Ayant toujours prôné l’éducation, je sais à quel point les collèges et leurs diplômés jouent un rôle important dans notre société. D’ailleurs, j’ai prononcé un discours, il y a trois semaines, lors du congrès mondial de la World Federation of Colleges and Polytechnics, où j’ai dit ceci :
« Les collèges… occupent une place unique, au cœur de nos écoles, de nos milieux de travail, de nos communautés et de notre monde. Vos établissements ont des racines locales, mais… votre réflexion est mondiale. »
Le doctorat honorifique dont vous m’avez gratifié aujourd’hui est non seulement un honneur, mais également un témoignage des efforts que vous avez tous consentis durant vos années d’études ici et de tout ce que vous avez appris et accompli.
Vous êtes sans doute nombreux à avoir entendu parler de Northrop Frye. Lorsque j’étais un jeune professeur à l’Université de Toronto, il y enseignait également, et il était déjà considéré comme un éminent universitaire canadien. Un jour, lors d’une cérémonie de ce genre, il a fait cette remarque intéressante en s’adressant à l’assemblée des diplômés : « Cet événement est l’un des quatre plus marquants de votre vie, les trois autres étant votre naissance, votre mariage et votre mort. »
Aujourd’hui, vous tournez une page. Cet événement représente un nouveau et merveilleux chapitre dans votre vie. Je sais que le temps des leçons ici est pour vous terminé, mais permettez-moi de vous en transmettre une dernière. Si vous veniez à l’oublier, j’espère du moins que vous vous rappellerez les quelques objets que j’ai apportés aujourd’hui avec moi pour illustrer cette leçon, soit une montre, un compas et une cravate.
Évidemment, cette leçon commence comme je le fais d’habitude, c’est-à-dire par une histoire.
Imaginez, si vous le voulez bien, un professeur donnant, le premier jour de l’année scolaire, un cours de première année. Par exemple, le cours Économie 101 ou même Anthropologie 101. Devant les étudiants, il tient un bocal qui semble être vide. Il leur demande, « Le bocal est-il vide ou plein? » Un étudiant répond, « Il est vide, Monsieur. » Alors le professeur remplit le bocal de pierres et demande aux étudiants si le bocal est plein. Cette fois, tout le monde est d’accord.
Le professeur prend ensuite une boîte de petits cailloux et la verse dans le bocal, qu’il remue légèrement. Évidemment, les petits cailloux s’insèrent entre les pierres. Il pose de nouveau la même question aux étudiants, qui lui répondent de nouveau que le bocal est plein.
Finalement, le professeur prend une boîte de sable, qu’il verse dans le bocal. Le semble remplit alors complètement tous les espaces entre les pierres et les petits cailloux.
Cette démonstration, leur dit-il, c’est comme dans la vie. Les pierres sont les choses importantes — la famille, le conjoint, la santé, les enfants et, oui, même l’éducation. Ce sont les valeurs fondamentales, celles qui définissent qui vous êtes. En d’autres termes, ce sont les choses qui ont une telle importance à vos yeux que si vous les perdiez, vous en seriez profondément affligés.
Les cailloux, ce sont les autres choses qui comptent, par exemple une maison ou une voiture, faire votre travail, être toujours à l’heure, assumer vos responsabilités du mieux que vous le pouvez.
Le sable, c’est ce qui reste, les petites choses de la vie.
Si l’on met d’abord le sable dans le bocal, il n’y a plus de place pour les cailloux ni pour les pierres. C’est la même chose dans la vie. Si vous consacrez tout votre temps et votre énergie aux petites choses, vous n’aurez jamais de place pour ce qui est important pour vous. Prêtez attention à ce qui est essentiel à votre bonheur. Il restera toujours du temps pour les petites choses. Faites d’abord de la place aux pierres, à ce qui est véritablement important. Fixez-vous des priorités. Le reste, ce n’est que du sable.
Une autre façon de le dire serait à l’aide de la montre que je vous ai montrée plus tôt. La montre indique l’heure, mais elle représente également notre contribution, notre effort. Elle nous indique si nous savons bien équilibrer les divers aspects de notre vie.
Dans la salle de cours, il restait un objet sur le pupitre du professeur. Alors, un étudiant un peu plus hardi demande : « Et la canette de Coca-Cola? »
Le professeur répond avec un sourire : « N’oubliez jamais de prendre un verre bien frais avec un ami. »
La vie est bien sûr plus compliquée qu’un bocal contenant des pierres, des cailloux et du sable, d’où l’importance du compas. Le compas est un instrument qui nous aide à nous orienter. Si je l’utilise aujourd’hui, c’est pour nous rappeler que nous avons besoin d’un compas moral tout au long de la vie.
Ce n’est pas à moi qu’il revient d’établir ces principes pour vous, mais je vous encourage à tracer votre propre philosophie de vie et les valeurs qui ont fait de vous la personne unique que vous êtes. Après tout, lorsque vous avez des choix difficiles à faire, ce qui arrivera de temps à autre, il vous sera plus facile de prendre des décisions si vous vous fondez sur votre propre compas moral. Soyez honnête envers vous-même et vous saurez faire le bon choix.
Rappelez-vous aussi de toujours accorder la priorité aux pierres.
Cela me rappelle lorsque mère Teresa est venue à Montréal, il y a quelques décennies. L’une de nos voisines, émue par l’œuvre de cette dernière auprès des pauvres de Calcutta, lui a demandé ce qu’elle pourrait faire pour aider. Mère Teresa lui a répondu : « Vous n’avez qu’à regarder autour de vous. Vous verrez que, dans votre propre quartier, il y a une famille qui a besoin de vos soins et de votre amour. »
Peu de temps après, j’ai lu une critique à l’endroit de l’œuvre de mère Teresa. Son refuge à Calcutta permettait de secourir quelque 200 personnes dans une ville qui en compte des millions qui vivent dans la pauvreté la plus épouvantable. Son travail y était décrit comme n’étant qu’une goutte dans un océan.
Je m’explique. Mes enfants, alors âgés de 2 et 9 ans à l’époque, critiquaient ma façon de les divertir à l’occasion de leurs fêtes d’anniversaire. Elles me disaient : « Pourquoi ne donnes-tu pas un spectacle de magie comme le fait M. MacFarlane plutôt que de raconter des histoires de fantômes auxquelles personne ne croit? »
En ce temps-là, Andy MacFarlane était le recteur de la faculté de journalisme à l’Université Western et moi, le recteur de la faculté de droit. Étant assez compétitif de nature, j’ai décidé d’assister à la fête d’anniversaire suivante qui avait lieu chez les MacFarlane, où Andy s’était déguisé en magicien avec une longue cape et de grosses manches bouffantes. Il a commencé à faire un tour de magie au cours duquel il allait transformer l’eau en vin. Prenant un verre d’eau, il l’a soulevé dans les airs et a prononcé le mot magique « Abracadabra! ». Il a ensuite dissimulé le verre sous ses manches et a exécuté une pirouette de 360 degrés, tout en ajoutant quelques gouttes de teinture rouge dans le verre, sans que personne ne s’en aperçoive. Une fois le verre sorti de sous ses manches, l’eau était devenue d’une belle couleur rose.
C’est à ce moment que j’ai pris conscience de la façon dont mère Teresa changeait la culture de Calcutta, et même celle du monde. C’est la transformation de l’eau, et non ce qui y avait été ajouté, qui améliorait la vie de tant de familles.
Le fondement erroné de cette critique provenait du fait que nous envisagions le travail de mère Teresa du point de vue de la physique, plutôt que de la chimie.
À mesure que vous avancez dans la vie, que vous trouvez des occasions de donner et de travailler, vous vous apercevrez que vous développez des loyautés très profondes. Cela m’amène à vous parler du dernier objet que j’ai apporté : la cravate. Cette cravate est bien particulière, puisqu’elle porte le symbole des Governor General’s Foot Guards, qui est le propre régiment du gouverneur général, dont les membres sont chargés de protéger Rideau Hall, la maison de tous les Canadiens.
Les membres de ce régiment sont loyaux envers l’institution que je représente, et c’est la raison pour laquelle je porte régulièrement cette cravate, tout comme je portais autrefois les cravates de l’Université de Waterloo et de l’Université McGill. Je les portais, parce que j’en étais fier. Cela faisait partie de mon appartenance, de mon identité. Je me sentais privilégié de servir les intérêts de ces institutions; j’éprouvais de la loyauté envers elles.
Je trouvais satisfaisant de venir au travail chaque matin, sachant que j’aillais faire de mon mieux pour renforcer l’institution et en accroître la renommée, et pour l’aider à mieux s’acquitter de son mandat.
Je sais que vous découvrirez ce qui est en vous, une fois que vous développerez une loyauté envers une institution ou une cause qui aidera à améliorer le sort de vos collectivités et à les rendre plus vigoureuses. Le collège Algonquin est peut-être cette institution, comme ce fut le cas d’un certain nombre d’universités en ce qui me concerne.
Depuis mon installation, j’invite les Canadiens à se joindre à moi pour imaginer ce que pourrait être notre pays. Nous cherchons à devenir une nation éclairée et bienveillante, où tous les Canadiens peuvent réussir, contribuer au mieux-être de la société et développer leur plein potentiel. Nous voulons que le Canada soit un pays qui accroît et met en application les connaissances de ses citoyens afin de pouvoir améliorer le sort de tous, tant au pays qu’à l’étranger.
Cette vision repose sur trois piliers que j’ai évoqués : soutenir les familles et les enfants; accroître l’apprentissage et l’innovation; et encourager la philanthropie et le bénévolat.
Tout comme l’éducation nous façonne, nous avons le pouvoir de façonner nos communautés. En 2017, notre pays célébrera le 150e anniversaire de la Confédération. Cet événement est une excellente occasion de réfléchir sur le pays que nous désirons et de tracer le parcours qui nous y mènera.
Alors que vous vous apprêtez à entamer une nouvelle étape dans votre vie, j’en profite pour vous poser la question suivante : que pouvez-vous faire pour créer des collectivités plus averties et plus bienveillantes? Comment pouvez-vous mettre en pratique ce que vous avez appris ici, non seulement pour bâtir votre propre vie, mais pour aider les autres? Quel cadeau offrirez-vous au Canada pour notre 150e anniversaire?
Merci encore pour l’honneur que vous m’avez accordé. Je vous souhaite le plus grand succès possible.
