Discours devant le Conseil commercial Canada-Chine

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Montréal, le mardi 27 novembre 2012

 

Je vous remercie de me recevoir si chaleureusement et de m’avoir invité à prendre la parole, aujourd’hui, dans le cadre de cette importante conférence.

J’aimerais d’emblée souhaiter la bienvenue à ceux qui ont parcouru d’énormes distances pour être ici, à Montréal. Au Canada, réputée pour son multiculturalisme, cette ville est l’une des plus diversifiées du pays et aussi l’une des plus dynamiques, une combinaison qui, selon moi, n’est pas le fruit du hasard.

À titre de gouverneur général, je parle souvent de la diversité comme étant l’une des plus grandes forces de notre pays. L’histoire du Canada est celle de gens de toutes origines qui vivent ensemble, qui cherchent des occasions de s’épanouir et d’offrir les meilleures chances d’avenir possible à leurs enfants. C’est dans l’esprit de cette histoire que je salue votre rassemblement aujourd’hui.

Le Canada a été renforcé de multiples manières par la présence de gens venus de partout au monde, ce qui est particulièrement vrai des centaines de milliers de sino-Canadiens pour qui ce pays est leur patrie.

Prenons, par exemple, la fonction vice-royale que j’ai le privilège d’occuper. Ma prédécesseure la très honorable Adrienne Clarkson, dont les ancêtres sont les peuples Toysan et Hakka du sud de la Chine et qui est née à Hong Kong, a apporté une contribution merveilleuse à la fonction de gouverneur général, et elle est aujourd’hui l’une des voix les plus respectées en matière de citoyenneté.

Au niveau provincial, le lieutenant-gouverneur actuel du Manitoba, l’honorable Philip Lee, est depuis longtemps un bâtisseur de ponts entre la population sino-canadienne de Winnipeg et le reste de la communauté. Mentionnons également l’honorable Norman Lim Kwong et feu l’honorable David Lam qui ont servi avec distinction en tant que lieutenants-gouverneurs de l’Alberta et de la Colombie-Britannique respectivement.

Inutile de dire que ces personnes ne sont que quelques exemples de Canadiens d’origine ancestrale chinoise qui ont contribué et qui contribuent aux progrès du Canada.

Par ailleurs, les Canadiens continuent d’apporter une contribution véritable et durable à la société chinoise. Permettez-moi d’illustrer cela d’un exemple récent : le programme d’enseignement de la gestion Canada-Chine. Du milieu des années 1980 jusqu’au milieu des années 2000, ce programme a permis à des universités canadiennes de jouer un rôle majeur en aidant les meilleures universités chinoises à établir l’enseignement de la gestion comme discipline sérieuse en Chine.

Avec l’aide de l’Agence canadienne de développement international, ce programme a relié entre elles 47 universités chinoises et canadiennes dans un merveilleux cadre d’amitié et de coopération. Résultat? Ce programme a permis d’accroître la capacité institutionnelle chinoise en matière d’enseignement de la gestion, mais également d’établir plus de 60 programmes de maîtrise en gestion des affaires et de former des centaines de professeurs en Chine.

J’ai observé cette initiative avec fierté et j’y ai personnellement participé durant mes années à l’Université McGill, une institution qui a joué un rôle important dans le succès du programme.

Je me suis rendu à Beijing pour la première fois en 1980, pour participer aux premières étapes de la planification du programme. Lorsque je suis devenu président de McGill, la supervision du programme a été confiée à notre doyen de la gestion, Wally Crowston, et ce, pendant quinze ans.

J’en suis venu à qualifier ce genre d’échanges de « diplomatie du savoir », qui signifie essentiellement la mise en commun de l’apprentissage et de l’innovation à travers les frontières et les disciplines. Dans le monde complexe et interconnecté du XXIe siècle, j’estime que l’éducation internationale est l’un des moyens les plus efficaces d’élargir notre apprentissage et de nous épanouir en tant qu’individus et en tant que sociétés.

Ayant été pendant la plus grande partie de ma vie et de ma carrière un étudiant, un éducateur et un administrateur d’université, j’ai eu l’occasion de voir ce qui se passe d’extraordinaire lorsque diverses personnes parviennent ensemble au parfait mélange de créativité, de communication et de coopération.

J’en ai également été témoin en tant que père de famille. Mes deux premières filles ont étudié en Chine, Debbie à l’Université chinoise de Hong Kong et à Hangzhou, et Alex, pendant deux ans, à l’Institut des langues de Beijing. Il y a aussi ma quatrième fille, Jenifer, qui a passé huit mois à l'Uniersité Fudan, à Shanghai, pour travailler à sa maîtrise dans le cadre du volet international de ce programme.

Ces expériences les ont enrichies et leur ont permis de nouer plusieurs amitiés. Aujourd’hui, elles font profiter leurs proches de leur appréciation de la langue et de la culture chinoises.

Au début de l’année, j’ai été ravi de recevoir un grade honorifique de l’Université de Nanjing, qui est l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses institutions de haut savoir en Chine. Mon lien avec cette université remonte à l’époque où j’étais président de l’Université de Waterloo, alors que nos deux institutions ont établi conjointement le Collège sino-canadien sur le campus de l’Université de Nanjing.

Je dois préciser que le Collège sino-canadien est le fruit de plus de deux décennies de recherche conjointe — en particulier en sciences environnementales et en développement durable — entre des chercheurs éminents de nos deux universités qui ont fait front commun pour aborder des défis communs.

L’ouverture du Collège sino-canadien à Nanjing par le gouverneur de la province du Jiangsu et le premier ministre de l’Ontario, Dalton McGuinty, était un témoignage émouvant du jumelage institué plus d’une décennie plus tôt entre le Jiangsu et l’Ontario. Une fois de plus, il a été prouvé que la confiance pouvait mener à des programmes concrets et innovateurs. Je me rappelle aussi clairement la contribution que les étudiants de l’Université de Nanjing ont apportée à la vie universitaire et culturelle de Waterloo. Jusqu’à ce jour, la diversité est l’un des secrets du succès de cette institution.

Je suis ravi de constater qu’il y a de plus en plus d’échanges entre la Chine et le Canada à tous les niveaux éducatifs. Je suis convaincu que nos liens ne peuvent que se resserrer en nous considérant mutuellement à la lumière de l’apprentissage.

Aujourd’hui, les liens entre le Canada et la Chine prennent pour l’un et l’autre une importance grandissante. Ensemble nous devons adapter notre apprentissage et approfondir notre compréhension mutuelle. Prenons l’exemple de la langue, clé de la culture.

Au Canada, plus d’un million de Canadiens aujourd’hui parlent le mandarin, le cantonais et d’autres langues chinoises, selon le recensement de 2011. Cela témoigne de la profondeur de nos liens et constitue une recette qui mène à une plus grande compréhension. Comme l’a déjà fait remarquer Nelson Mandela : « Si vous vous adressez à une personne dans une langue qu’elle comprend, c’est son cerveau qui comprend. Si vous lui parlez dans sa propre langue, c’est son cœur qui comprend. »

Ce que je trouve également intéressant de ce dernier recensement, c’est que la méthodologie elle-même a évolué de manière à pouvoir refléter notre appréciation croissante des distinctions entre les langues chinoises parlées au Canada.

Par exemple, encore récemment, soit lors du recensement de 1996, il n’y avait qu’une seule case pour la langue chinoise. En 2001, l’éventail a été élargi et comprenait le mandarin, le cantonais, le hakka et une quatrième catégorie générale pour toutes les autres langues chinoises. En 2006 ont été ajoutés le taïwanais, le chaochow, le fou-kian et le shanghaïen.

Il y a manifestement un désir d’approfondir et de raffiner notre compréhension des langues chinoises, surtout lorsque l’on sait, comme le soulignent les auteurs du recensement, que la différence entre le mandarin et le cantonais est aussi grande qu’entre le français et l’espagnol, par exemple.

Je ne veux pas dire que tous les Canadiens et tous les Chinois devraient apprendre les langues et les dialectes des uns et des autres, aussi merveilleuse que soit cette idée. Mon but est plutôt de valoriser la curiosité et l’apprentissage dans notre relation.

Pour paraphraser Saint-Exupéry dans Le Petit Prince, nos différences ne nous enlèvent rien les uns aux autres, elles nous enrichissent.

Les Canadiens aussi bien que les Chinois devraient avoir une vision les uns des autres qui dépasse leurs objectifs, qu’ils soient de nature économique, éducative ou culturelle, et mettre l’accent sur les uns et les autres en tant qu’êtres humains qui ont tant à offrir. Je voudrais mettre chacun de vous au défi de trouver de nouvelles manières de se rejoindre et de se comprendre et se respecter mutuellement encore plus profondément.

Tant de fois dans ma vie j’ai pu constater que la solidité et la qualité des relations de personne à personne déterminent l’ampleur de chaque réussite collective. Je m’en suis rendu compte, en particulier en observant mes enfants. Je dis souvent que toutes les choses importantes, je les ai apprises de mes enfants. C’est particulièrement le cas lorsque je pense au pacte de collaboration établi entre les citoyens de la Chine et du Canada.

En définitive, notre relation est fondée sur les individus, et c’est la raison pour laquelle je suis si heureux de vous voir rassemblés ici, aujourd’hui.

Je vous souhaite une collaboration fructueuse!  

Merci.