Déjeuner en l’honneur de la Mère de la Croix d’argent de 2012

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Ottawa, le dimanche 11 novembre 2012


Le 11 novembre est une journée lourde de sens et d’émotion, car elle nous confronte à une masse d’idées et de sentiments embrouillés et souvent contradictoires.

Nous commémorons les actes de bravoure de nos concitoyens, tremblant encore au souvenir des horreurs de la guerre.

Nous rendons hommage à nos hommes et à nos femmes en uniforme pour les sacrifices qu’ils ont consentis. Nous sommes déterminés à ériger un monde dans lequel ces actes d’abnégation totale ne seront plus nécessaires.

Nous nous souvenons des luttes du passé qui ont fait de nous le peuple et la nation que nous sommes, tout en rêvant d’un avenir où toutes les nations du monde vivront en paix, à jamais.

En ce jour, partout au pays et ici même dans cette salle, nous reconnaissons cet amalgame de sentiments doux-amers qu’éprouvent les mères canadiennes qui ont perdu un enfant à la guerre – tourmentées par une fierté déchirante et une douleur inconsolable.

Roxanne Priede est avec nous aujourd’hui en symbole de toutes ces mères. Madame Priede, en tant que Mère de la Croix d’argent, vous représentez les mères de toutes races, langues, religions et régions.

Ensemble, vous formez un groupe diversifié, à l’image même du Canada, qui réunit en son sein des générations de Canadiennes, et ce, depuis 1942, lorsque la Légion royale canadienne a choisi la toute première Mère nationale de la Croix d’argent.

Vous êtes également unies par la tragédie du service et du sacrifice. Nous vous exprimons toute notre gratitude, à vous, Madame Priede, et aux mères de tous les soldats morts au combat que vous représentez.

Mais vous êtes plus qu’un symbole. Vous êtes la mère de Darrell. Bien que notre nation tout entière rende silencieusement hommage à Darrell aujourd’hui, vous, plus que toute autre personne, savez toute la vitalité humaine qui émanait de lui. Il n’est ni un numéro, ni un rang, ni un soldat en uniforme.

Le caporal-chef Darrell Jason Priede est un homme — un mari, un frère, un petit-fils, un oncle, un neveu, un cousin, un fil. Votre fils.

Comme nous tous, il a eu la chance de vivre dans un pays où règne la paix; un pays qui a placé la quête de la paix au cœur de ses valeurs fondamentales; un pays qui ne tolère pas l’agression; un pays qui voit ses hommes et ses femmes de courage s’embarquer pour l’étranger pour lutter contre l’agression, vaincre l’oppression et restaurer la paix perdue.

Toute sa vie, Darrell a fait preuve de vaillance dans la poursuite de la paix. Comme ses camarades tombés au combat, il a fait abstraction de ses propres intérêts pour servir une cause ultime.

Il a servi en Bosnie à deux reprises, comme artilleur dans l’Artillerie royale canadienne. Il s’est également rendu en Afghanistan, en tant que photographe au sein des Forces aériennes, pour faire voir aux autres ce monde déchiré qu’il captait avec sa caméra. Trois mois plus tard, il a péri dans un accident d’hélicoptère lors d’une importante attaque offensive contre les talibans.

Ce jour-là, on vous a arraché votre fils, Madame Priede, et Angela a perdu son mari, à qui elle était mariée depuis quatre ans seulement.

Madame Priede, nous — les citoyens obligés du Canada — aurons à jamais envers vous une dette inestimable. Aujourd’hui, alors que nous portons dans nos cœurs le sacrifice de votre fils, je vous décerne cette médaille — en ma qualité de gouverneur général et de commandant en chef du Canada — en gage de notre estime et de notre compréhension.

Nous vous demandons d’accepter cet honneur et de porter ce fardeau pour toutes les mères des soldats tombés au combat. Puissiez-vous avoir le courage de combattre votre souffrance. Et, de temps à autre, puissiez-vous vous remémorer la gratitude pure et simple de notre une nation.

Merci.