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Dîner en l’honneur de Leurs Altesses Royales, le prince
de Galles et la duchesse de Cornouailles
Rideau Hall, le mercredi 11 novembre 2009
Quel bonheur pour mon mari Jean-Daniel Lafond et moi que de vous accueillir, Vos Altesses Royales, à Rideau Hall, sous les auspices favorables de l’Oiseau-Tonnerre, de toutes les formes vivantes et de tous les manitous qui habitent l’eau, la terre et le ciel.
Voyez comment cette œuvre monumentale qui nous surplombe, née du talent et de la générosité du grand artiste ojibwé, Norval Morrisseau, instaure un dialogue avec le lieu d’une architecture très européenne où nous nous trouvons, de même qu’avec le portrait très personnel et très émouvant de sa Majesté la reine Élisabeth II et du duc d’Édimbourg, réalisé par le célèbre peintre originaire du Québec, Jean Paul Lemieux.
Comme si les civilisations qui ont marqué l’histoire du Canada allaient à la rencontre les unes des autres, dans un rapport de complémentarité plutôt que dans un rapport de force.
Et c’est bien dans cet esprit que nous sommes réunis ce soir pour saluer, Votre Altesse Royale, votre retour en terre canadienne et marquer la première visite chez nous de la duchesse de Cornouailles.
Vous avez, a-t-on appris, Votre Altesse Royale la duchesse de Cornouailles, des racines au Canada qui remontent au 19e siècle.
Votre arrière-arrière-arrière grand-père, sir Allan Napier MacNab, fut premier ministre de la Province unie du Canada de 1854 à 1856.
Et c’est avec beaucoup de joie, de curiosité et d’émotion, m’a-t-on raconté, que vous et Son Altesse Royale le prince de Galles avez visité le château Dundurn, construit à Hamilton par votre ancêtre.
Votre Altesse Royale, c’est la quinzième fois, pour votre part, que vous venez au Canada, un pays que vous connaissez bien et auquel, nous le savons, vous êtes très attaché.
Votre dernière visite remonte à avril 2001, soit quelques mois avant les attentats-suicides meurtriers perpétrés aux États-Unis et observés en direct par des millions de personnes sur la planète.
Le monde dans lequel nous vivons n’est plus le même depuis ces terribles événements.
Les répercussions les plus directes de ces attaques sur nous, Canadiennes et Canadiens, furent sans contredit notre engagement en Afghanistan, aux côtés de la Force internationale d’assistance à la sécurité, à laquelle contribue également le Royaume-Uni.
La semaine dernière, nous avons appris avec une profonde tristesse la mort tragique de six soldats britanniques dont cinq lors d’une attaque dans une province du sud de l’Afghanistan. Six autres soldats britanniques et deux policiers afghans ont aussi été blessés.
Veuillez recevoir, au nom de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens, le témoignage de notre solidarité avec les familles des défunts et des blessés et avec le peuple britannique.
En ce jour de l’Armistice, voilà que nous commémorons non seulement les sacrifices immenses consentis au cours du siècle dernier, mais tous ceux que nous faisons aujourd’hui, au nom de ce même idéal de justice et de liberté pour lequel tant de femmes et d’hommes ont combattu au péril de leur vie.
Lundi dernier, ici même à Rideau Hall, c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai présenté les premières 46 Médailles du Sacrifice, dont 21 à titre posthume.
La Médaille du Sacrifice a été créée pour reconnaître d’une manière tangible et durable les sacrifices consentis par les membres des Forces canadiennes et par celles et ceux travaillant à leurs côtés, qui ont été blessés ou qui ont perdu la vie à la suite d’un acte hostile. La Médaille est également décernée à titre posthume à tous les militaires des Forces canadiennes décédés en service.
Plus que jamais, il importe de mettre en valeur le travail exemplaire de nos militaires, alors qu’ils s’emploient à rétablir sécurité et prospérité là où oppression et misère affligent enfants, femmes et hommes.
Voilà deux fois que je me rends en Afghanistan pour constater à chaque fois le travail remarquable effectué par nos militaires, de concert avec les travailleurs humanitaires et la société civile afghane.
Vous me permettrez de reconnaître ici le leadership exceptionnel de notre chef d’état-major de la Défense, le général Walter Natynczyk, qui m’a accompagnée lors de ma récente visite à Kandahar pour soutenir nos troupes sur le terrain et rencontrer des femmes et des hommes de la société civile afghane justement, y compris les élèves de l’école Sayad Pacha, une école que nous avons aidé à bâtir. Ces jeunes m’ont confié que leur rêve le plus grand est de pouvoir un jour marcher n’importe où sans craindre de déclencher une mine terrestre.
Nos militaires risquent leur vie pour assurer à ces enfants, et à toute la population afghane, un environnement sécuritaire. Nos militaires risquent leur vie pour les aider à s’épanouir et à prospérer.
Aussi, à titre de commandante-en-chef, suis-je extrêmement reconnaissante à Vos Altesses Royales de l’hommage qu’elles ont tenu à rendre aux membres des Forces canadiennes et du profond respect qu’elles leur ont témoigné tout au long de leur visite officielle au Canada.
Certes, les générations qui nous ont précédés ont payé un lourd tribut pour vaincre la barbarie devant laquelle le respect de la vie ne compte pour rien.
À une époque d’ouverture sans précédent et alors que nous avançons dans le XXIe siècle, le temps est venu pour nous de redéfinir les liens qui nous unissent les uns aux autres, de même qu’à toute forme de vie.
Comme en témoigne de façon éloquente le tableau de Morrisseau, les Premières nations d’Amérique, nos racines les plus profondes dans ce pays, nous ont légué cette sagesse ancestrale qui veut que toutes les formes de vie, humaine, animale, végétale, à quelque échelle que ce soit, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, sont inter-reliées.
Cette sagesse des Anciens résonne de tous ses échos dans un monde où nos sorts sont irrévocablement liés et où il devient impérieux de ne plus définir notre liberté exclusivement en fonction d’intérêts individuels, mais en fonction des intérêts du plus grand nombre.
Il n’y a qu’à voir les dérives qu’entraîne une logique commerciale sans garde-fous, où le chacun pour soi dicte les règles. L’une de ces dérives les plus criantes est très certainement la crise économique que nous traversons.
Comme je l’ai affirmé devant les membres de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation (l’Unesco), la science et la culture, où j’ai été invitée à prendre la parole le mois dernier, cette crise financière, « qui rudoie certaines de nos populations et en menace funestement d’autres, est en fait une crise des valeurs, qui appelle urgemment une éthique du partage ».
Une éthique qui exige que nous élargissions notre conception de la responsabilité citoyenne.
Car les enjeux de l’heure concernent la Terre entière.
Tout récemment, vous en appeliez vous-même, Votre Altesse Royale, de cette responsabilité collective, cette fois-ci face aux conséquences environnementales d’une croissance fondée sur le gaspillage des ressources, l’appât du gain et les décisions à courte vue.
« Manquer à nos obligations envers notre terre nourricière, c’est manquer à nos obligations envers l’humanité entière. » C’est ce que vous avez déclaré à la conférence Richard Dimbleby de 2009, tenue à Londres en juillet dernier.
C’est aussi le message que vous avez adressé au Parlement européen lors de votre visite officielle à Bruxelles en 2008.
« Notre approche, avez-vous dit, devra être courageuse et révolutionnaire, car le tic-tac fatal de l’horloge des changements climatiques s’accélère. La menace, pour reprendre votre expression, est unique dans l’histoire ».
Vous êtes vous-même passé de la parole à l’acte, que ce soit par la création d’un jardin et d’une ferme biologiques à votre domaine de Highgrove ou par votre engagement indéfectible à appuyer des pratiques agricoles durables et soucieuses de l’environnement.
Sachez, Votre Altesse Royale, que nous cultivons dans cette résidence une philosophie qui consiste à offrir à nos invités des produits du terroir canadien, depuis le contenu de vos assiettes à celui de vos verres.
C’est notre façon de célébrer la qualité de nos produits et notre savoir-faire en matière gastronomique. Si elle est un lieu de célébration, notre table est tout autant un lieu d’échanges et de réflexions.
Votre engagement à l’égard de l’environnement est une préoccupation de l’ensemble de la population canadienne.
La compagnie que vous avez fondée, Duchy Originals, vient en aide aux petits producteurs pour qu’ils puissent se tailler une part du marché et pour que les consommateurs aient accès à des produits naturels.
D’ailleurs, nous vous offrons ce soir un aperçu de ce qui se fait de mieux chez nous en la matière et avons réunis pour vous et pour la duchesse des chefs de file dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation et des arts de la table au Canada.
Nous sommes de plus en plus nombreux à être portés par un sentiment d’urgence.
Urgence d’agir pour freiner les processus de détérioration de l’environnement et pour préserver ce lien vital entre nous et la nature.
Urgence aussi d’en revenir à des valeurs plus collectives, donc plus humaines. Des valeurs qui nous rassemblent et qui ont une portée universelle.
Merci de nous les rappeler aussi vivement par votre engagement personnel.
Je tiens à remercier chaleureusement Vos Altesses Royales d’être venues témoigner leur affection au Canada et à sa population.
Nous espérons de tout cœur que vous garderez un souvenir mémorable de cette première visite que vous effectuez ensemble au Canada.
