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Point des arts au High Performance Rodeo
Calgary, le samedi 19 janvier 2008
Je suis très heureux de revenir à Calgary afin de poursuivre cette réflexion collective sur la culture dans une ville qui connaît un boom économique sans précédent. Ce questionnement sur l’actualité et le devenir d’une ville, à laquelle participe une multitude d’acteurs de la communauté, rejoint nos préoccupations à Rideau Hall. Depuis presque deux ans, la gouverneure générale et moi-même profitons des remises des Prix du Gouverneur général, ainsi que de nos visites officielles dans les provinces et territoires pour tenir ces forums du Point des arts. Ces conversations portent sur le rôle et la fonction sociale des créateurs et de la création dans la société, et permettent à ceux qui font vivre la culture au quotidien de faire entendre leur voix. C’est donc avec grand plaisir que nous avons répondu à l’invitation de One Yellow Rabbit et que nous revenons à Calgary, avec notre petite équipe, pour y tenir un 21e Point des arts.
La vitalité des communautés artistiques locales constitue peut-être la plus grande force de la culture canadienne. D’un océan à l’autre, comme mon épouse et moi avons le privilège de le constater, les créateurs, les décideurs, les chercheurs et, de plus en plus, le grand public commencent à prendre conscience que la culture doit être placée au centre de la vie communautaire comme le tissu essentiel du « vivre ensemble ». À notre époque où le dialogue des cultures s’impose comme l’un des enjeux majeurs de la société canadienne, cette effervescence et cette diversité locales prennent une importance fondamentale. Alors que les villes sont au cœur des migrations démographiques, que leurs populations sont de plus en plus diversifiées, la culture urbaine se présente, plus que jamais, comme le foyer de l’hybridation culturelle et de la créativité. L’enjeu pour la culture et les arts est de permettre le développement de nouvelles formes d’expression fondées non pas sur le conflit ou la violence, mais sur le partage des espaces. Et c’est dans les villes que cet apprentissage de la cohabitation socioculturelle s’amorce; c’est dans les rues et les places publiques des Toronto, Halifax, Vancouver et Montréal de ce pays que l’on apprend jour après jour à vivre ensemble.
Aujourd’hui, nous ancrerons dans l’espace et le temps ces valeurs, ces convictions profondes sur le rôle fondamental, voire vital de la culture dans le développement des communautés. Nous réfléchirons et dialoguerons sur les paramètres à travers lesquels Calgary évolue à l’heure actuelle. Notre point de départ est ce boom économique récent, qui est tributaire de l’exploitation pétrolière et qui définit largement cette ville. Mais il sera surtout question des conséquences de cette richesse financière nouvelle et quasi-instantanée sur la communauté et sa culture. À tous les niveaux, les effets du boom ont été immédiats, rapides et profonds. J’aimerais d’ailleurs introduire une anecdote à ce sujet. Sortant d’une de nos rencontres avec Michael Green, un membre de mon équipe avait compris non pas qu’il serait question de l’art au temps du boom, mais plutôt de l’art au temps des bombes. Alors que nous n’aborderons pas ici la question du terrorisme et de son influence sur la culture, qui pourrait d’ailleurs faire l’objet d’une autre rencontre, cette confusion m’a rappelé que le boom et les bombes ont des effets semblables sur les sociétés et sur les êtres humains qui les composent : tous les deux modifient le paysage des villes, tout en chambardant leur équilibre, leurs dynamiques, leurs conditions de vie et leur identité.
L’apparence architecturale et urbanistique de Calgary, ainsi que sa composition démographique se sont transformées grâce à son économie forte et dynamique. Mais comment l’ensemble de la communauté choisit-elle d’interpréter cette ville nouvelle? Quelles identités lui prête-t-on collectivement, à travers la place faite aux jeunes générations et aux femmes, les politiques culturelles gouvernementales, les partenariats et les initiatives locales? Alors que les ressources financières sont plus que jamais disponibles et accessibles, comment le mécénat contribue-t-il à insuffler de la créativité, mais aussi du sens à Calgary? Autrement dit, comment concilier le rôle de cité marchande et celui de cité culturelle?
Ces questions, latentes mais intrinsèques au contexte calgarien, la communauté y répond au quotidien, à travers ses actions et ses décisions. Les responsabilités des acteurs communautaires, depuis les décideurs et mécènes jusqu’aux artistes et citoyens, sont donc de plus en plus grandes à l’égard de la culture qui n’est plus un luxe superflu, mais un élément dynamique essentiel de la socialisation et de la démocratie. J’aimerais aujourd’hui vous entendre sur la manière typiquement calgarienne de travailler ensemble à l’édification d’une culture urbaine riche, singulière, diversifiée.
En me préparant pour notre rencontre, deux exemples me sont venus en tête; deux cas de villes qui, après avoir établi leur dynamisme économique, ont su devenir des centres culturels de premier plan. D’une part, Venise, dès ses origines au 7e siècle, s’est développée à partir du commerce, tirant profit de sa situation privilégiée entre l’Orient et l’Occident. Au Moyen-âge, cette cité marchande devint une République maritime dont la domination commerciale s’étendait à toute la Méditerranée. Et lors de la chute rapide de son économie, au 16e siècle, c’est sa richesse culturelle qui lui a permis de persister et de rayonner sur l’Europe, de faire l’envie des autres capitales et cités d’arts et de culture, tant dans les domaines des beaux-arts, de la musique, de la littérature que de l’architecture. En plus d’inciter certains des grands artistes de l’époque à s’y installer, son célèbre carnaval attirait déjà les voyageurs.
D’autre part, Dubaï, l’un des Émirats arabes unis, a plus récemment choisi de diversifier son économie, qui reposait en grande partie sur les énergies fossiles, en se tournant vers les secteurs des nouvelles technologies et du commerce, mais surtout sur l’industrie touristique. Alors que le pétrole représente désormais moins de 6% de son PIB, Dubaï est reconnue internationalement pour son architecture, son patrimoine, ses attractions et sa consommation de luxe. Sa vie culturelle est le reflet de la métropole cosmopolite qu’elle est aujourd’hui et comprend, entre autres, un festival international du film qui, tout comme celui de Calgary, a choisi de présenter mon dernier film Le Fugitif ou les vérités d’Hassan.
Venise et Dubaï, à des moments différents, ont ainsi démontré l’importance que joue la culture dans la prospérité et la longévité des villes marchandes.
Que nous soyons ensemble aujourd’hui à questionner Calgary démontre bien votre volonté de faire vibrer votre ville, et de montrer au reste du pays et du monde qu’elle est bien plus qu’une ville pétrolière. Comment Calgary prépare-t-elle son avenir? Comment la culture et les arts y vivent-ils, et comment la société civile les prend-elle en considération dans le développement de la ville? Aujourd’hui, ce Point des arts offre un espace de dialogue et vous donne l’opportunité, à vous qui inventez et forgez Calgary, de partager vos réflexions, vos préoccupations et vos expériences.
