Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une discussion avec les jeunes de la Coady International Institute

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Dartmouth, le mercredi 14 février 2007

Permettez-moi de prendre la parole un instant pour vous saluer, pour remercier la Coady International Institute, et tout particulièrement Mary Coyle, d’avoir organisé cette rencontre avec vous.

J’aimerais laisser le plus de temps possible à la discussion car vos idées et votre approche du développement international m’intéressent au plus haut point.

C’est pour moi un immense plaisir que d’entendre s’exprimer des jeunes qui croient que la santé démocratique de notre monde passe avant tout par l’engagement citoyen.

Je suis convaincue que notre discussion d’aujourd’hui sera l’occasion d’affirmer et de célébrer ce même esprit de solidarité qui vous anime et qui nous réunit, vous et moi.

Sans doute, à l’origine de votre engagement, se trouve la conviction profonde que vous pouvez changer le monde pour le mieux, réduire les écarts de toutes sortes entre les êtres vivants et mieux partager notre savoir-faire et nos richesses.

Eh bien, laissez-moi vous dire, vous avez mille fois raison.

Ce que vous faites, tous ces gestes que vous posez, à l’école, dans votre quartier, dans votre communauté, et même dans d’autres pays, tous ces gestes, n’en doutez pas, sont en train d’inspirer toute une génération de jeunes.

Vous êtes des modèles.

Vous êtes en train d’élargir notre vision du monde.

Je crois en votre engagement.

Je crois en votre volonté de traduire vos idées en gestes.

Parce que je crois au pouvoir de dire oui à l’humanité, et non au « chacun pour soi ».

Parce que, comme vous, je crois que l’approche la plus fructueuse du développement des communautés repose sur l’entraide, le dialogue et le partage.

Je le sais parce que je suis née en Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques.

Je sais que les solutions ne peuvent venir que des citoyennes et des citoyens qui se prennent en main.

Des citoyennes et des citoyens qui joignent leurs efforts, leurs forces et leurs idées à ceux des autres à l’autre bout du monde.

Se crée alors un cercle de solidarités, qui peut être planétaire, et dans ce cercle les uns accompagnent les autres qui ont parfois besoin d’un coup de pouce.

À mes yeux, seule une telle philosophie d’accompagnement représente la voie de l’avenir.

L’avenir du monde est une responsabilité partagée.

Nous sommes toutes et tous gagnants lorsqu’on invente ensemble des moyens de lutter contre la pauvreté.

J’ai pu le constater lors d’un récent voyage en Afrique.

Mary Coyle faisait partie justement de la délégation canadienne qui m’accompagnait en novembre dernier à l’occasion de ma première visite d’État dans cinq pays d’Afrique, soit l’Algérie, le Mali, le Ghana, l’Afrique du sud et le Maroc.

Je tiens d’ailleurs à préciser que la jeunesse était représentée au sein de cette délégation.

Car, dans ces pays, la jeunesse est souvent nettement majoritaire et porteuse de solutions.

L’une des conclusions que je tire de cette expérience fabuleuse est que le savoir dont vous, les jeunes, êtes les détenteurs, et votre volonté d’agir, constituent les moyens les plus puissants d’apaiser la faim, d’étancher la soif, de répandre les connaissances.

Partout où je suis allée en Afrique, j’ai rencontré des diplômés de la Coady International Institute et des travailleurs de l’aide canadiens qui s’efforçaient, avec leurs partenaires africains, de trouver des solutions à des problèmes concrets.

De voir ainsi le travail de certains jeunes sur le terrain et de mesurer l’apport de leur contribution dans les yeux et le discours de celles et de ceux avec lesquels ils avaient noué des rapports de collaboration et d’amitié a été pour moi une leçon déterminante, que j’ai envie de partager avec l’ensemble des jeunes au pays.

Après tout, seule la chance a fait en sorte que nous soyons du côté le mieux nanti du monde. Cette chance, je le crois profondément, ne va pas sans responsabilité.

La responsabilité de créer justement, et j’ajouterai nécessairement, des possibilités pour celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Sachez, chers amis, que ce vous avez accompli et ce que vous comptez accomplir est un démenti radical du vieux préjugé, encore tenace de nos jours, selon lequel les jeunes de nos sociétés sont blasés et foncièrement individualistes.

Ou, disons-le franchement, le préjugé qui consiste à considérer les jeunes comme de simples consommateurs sans conscience sociale.

Or, rien n’est plus faux.

Vous en êtes la preuve irréfutable.

Mon vœu le plus cher est que d’autres suivent votre exemple et que nous envisagions d’autres façons de vivre ensemble.

Des façons plus justes.

Des façons plus équitables.

Des façons, osons le mot, plus humaines.

Cela vaut autant pour les pays du tiers-monde que pour nous, ici, en ce pays de tous les possibles, comme je le rappelais dernièrement à la conférence annuelle d’Ingénieurs sans frontières.

N’oublions pas qu’il existe sur ce territoire un tiers-monde que nous ne pouvons plus ignorer.

Admettons une fois pour toutes que le tiers-monde n’est pas toujours loin.

Regardez autour de vous.

Et vous verrez que les difficultés avec lesquelles certaines et certains d’entre nous sont aux prises nécessitent également des approches dont vous êtes les ardents défenseurs.

Je vous invite à y réfléchir.

Après tout, les raisons pour lesquelles vous avez décidé de donner autant de vous-même pour le mieux-être collectif n’existent pas qu’au bout du monde, mais également ici au Canada. Pensez, par exemple, aux nombreuses communautés autochtones du Canada dont l’accès à l’eau potable et aux services de santé est insuffisant, et qui sont livrées au désespoir et à un sentiment d’impuissance.

Comment pourriez-vous ou faites-vous pour tendre vous aussi la main vers elles? Avec ce même esprit de partenariat et de solidarité…

Comment pourriez-vous ou faites-vous pour vous inspirer ici de votre expérience acquise à l’étranger?

C’est sur ce défi que je termine mon allocution d’ouverture pour faire place à la discussion.

J’ai hâte de vous entendre.