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Montréal, le vendredi 16 février 2007
Ce qui nous rassemble ce soir est de première importance. Nous toutes et nous tous ici présents avons répondu à l’appel du cœur, à l’appel du sang et de la fraternité.
Bien sûr, les maladies ne connaissent pas les préjugés des hommes. Mais, force est de constater qu’elles s’acharnent parfois contre certains segments de la population.
Ainsi en est-il de l’anémie falciforme dont les ravages, ici même à Montréal, notamment au sein de la communauté haïtienne, et dans les Amériques, constituent en soi un appel à l’action.
Comme rester indifférents devant ces données?
L’anémie falciforme est l’une des plus grandes maladies génétiques au monde.
Une personne de race noire sur dix en porte le gène.
J’apprends avec consternation qu’environ 10 000 enfants en sont gravement atteints au Canada, et que le nombre de porteurs du trait falciforme pourrait se chiffrer à 45 000.
Ces statistiques sont tristes.
Elles sont éprouvantes.
Elles font que nous ne pouvons pas baisser les bras.
Voilà pourquoi j’ai tenu à être parmi vous ce soir, membres de l’Association d’anémie falciforme du Québec.
Je veux saluer vos efforts.
Votre volonté, en tant que parents et professionnels de la santé, a donné naissance à votre association en 1998, essentiellement pour jeter de la lumière sur une maladie méconnue, ou trop ignorée, quoique répandue, et pour venir en aide de mille et une façons aux personnes atteintes ainsi qu’à leurs proches.
Voilà, à mon sens, un exemple remarquable d’engagement citoyen qui rejaillit sur l’ensemble de la population et qui vous honore.
Je salue également le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine qui célèbre cette année son centenaire.
Cette institution a tenu aujourd’hui le Symposium québécois sur l’anémie falciforme dans le cadre de ses activités.
Grâce au travail acharné et, j’oserai ici recourir à un mot tombé en désuétude, grâce au dévouement de celles et ceux qui œuvrent au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le Québec est une figure de proue dans le domaine du dépistage des maladies héréditaires.
C’est justement dans le but de prévenir les complications et les décès chez les enfants atteints d’anémie falciforme que cliniciens et chercheurs ont entrepris d’établir un projet universel de dépistage et de diagnostic de cette maladie dans la région de Montréal.
À votre tour, vous donnez à tout le pays et au monde entier un exemple d’engagement professionnel à l’égard des plus éprouvés parmi nos concitoyennes et nos concitoyens.
Je vous en remercie chaleureusement.
Permettez-moi, aussi, en ce Mois de l’histoire des Noirs, de formuler le vœu que face à la maladie, ainsi que dans tous les autres domaines, nous travaillions ensemble et sans relâche à faire reculer les affres de l’exclusion et à desserrer l’étau des préjugés et de la discrimination, dont la jeunesse fait souvent les frais.
À titre de gouverneure générale du Canada, et en raison de cette différence que je représente, je souhaite de tout cœur que vous soyez nombreuses et nombreux à m’accompagner dans cette tâche.
Que nous formions ensemble un cercle des solidarités.
Que ce cercle s’élargisse au plus grand nombre possible, bien au-delà de nos appartenances communautaires.
Ce combat n’est pas celui d’une race.
Il est celui de femmes et d’hommes de cœur, de courage et de volonté.
Il est aujourd’hui notre responsabilité la plus grande.
Ce matin même dans, l’immense enceinte de la Cour suprême du Canada, je présidais à la célébration du 60e anniversaire de la citoyenneté canadienne. En 1947, le Canada était le premier pays du Commonwealth à affirmer en toute souveraineté que les femmes et les hommes qui y vivent ne seraient plus des sujets britanniques mais des citoyennes et des citoyens canadiens.
J’ai donc accueilli le serment de citoyenneté de 18 familles en provenance du monde entier. Des femmes, des hommes, des enfants qui, comme nous l’avons fait un jour, ont la possibilité d’ancrer dans ce pays de tous les possibles leurs rêves et leurs espoirs les plus grands. À l’histoire de ce pays nous avons ajouté la nôtre.
Nous l’enrichissons de notre parcours, de notre mémoire et de toutes nos initiatives constructives. Comme ce soir, comme chaque jour avec détermination, avec confiance. Je tenais à joindre aujourd’hui ma contribution à la vôtre. L’expression de ma citoyenneté à la vôtre. Nous sommes fiers. Nous sommes là. Ensemble.
Mille fois merci de votre invitation à ce gala, et avec l’espoir que plusieurs autres viennent marcher dans vos pas.
