Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du forum jeunesse : Ultra méga-giga : une mission capitale

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Rideau Hall, le jeudi 18 octobre 2007

Nous sommes une société inter-reliée.

Il est fini le temps où les frontières du village définissaient notre façon de voir le monde.

L’évolution des technologies de l’information, comme la messagerie instantanée, font qu’une nanoseconde seulement sépare désormais une ado d’Iqaluit de sa consœur à Vancouver.

L’horizon de nos vies s’est élargi d’une manière incommensurable, tout comme notre capacité de communiquer les uns avec les autres d’un bout à l’autre du pays.

Là où des barrières existaient autrefois et nous séparaient les uns des autres, des amitiés sont nées. Des amitiés inimaginables il y a à peine 50 ans.

S’il y a tout lieu de se réjouir de ces changements, il serait faux de croire que la fibre optique est un  gage d’harmonie sociale.

Car n’oublions pas que des problèmes subsistent. Des problèmes dont j’aimerais discuter avec vous aujourd’hui, pour tenter de répondre à des questions que je me pose souvent :

Comment raviver l’esprit de solidarité à l’échelle planétaire, alors que nous vivons dans un monde réduit à l’étroitesse « du chacun pour soi », un monde habité par le matérialisme à outrance?

Comment pouvons-nous encourager cette ouverture à l’autre dans un monde où la diversité ethnique et religieuse de plus en plus grande entraîne parfois un mouvement de repli derrière des identités et des traditions rigides?

Comment faire davantage pour protéger notre planète dans un monde où plusieurs baissent les bras devant la détérioration progressive d’écosystèmes fragiles?

Comment les jeunes peuvent-ils aider à créer un monde où régnerait une culture marquée au signe de la  compassion, la fraternité et la paix, alors que les voix des jeunes sont rarement prises au sérieux quand vient le temps de prendre des décisions?

En tant que mère d’une fillette de huit ans qui s’appelle Marie-Éden, je suis consternée de voir de plus en plus de gens se sentir impuissants face à l’exclusion sociale et à l’indifférence.

C’est là une des grandes tragédies de notre temps, car la vulnérabilité qui en découle dilue les convictions et la passion sans lesquelles il devient impossible de  changer le monde.

Ma devise, « briser les solitudes », est à l’image du monde dont je rêve, un monde où les femmes et les hommes, jeunes et moins jeunes, œuvrent ensemble à l’édification d’une société dont nous pouvons tous être fiers. Et je suis convaincue que vous, les jeunes de notre pays, avez un rôle clé à jouer à cet égard.

Vous apportez des solutions à cet enjeu qu’est le « vivre ensemble ».

Vous vivez la diversité et la fraternité.

Vous êtes soucieux de notre environnement.

Et si vous voulez que vos voix soient entendues, c’est parce que vous savez que vous avez beaucoup à apporter.

Au cours des deux dernières années de mon mandat, j’ai été touchée par les rencontres que j’ai eues avec tant de jeunes à travers le pays qui, avec beaucoup d’entrain et de volonté, joignent leurs efforts et contribuent à l’amélioration de la vie dans leurs quartiers, leurs communautés, leurs villes.

Lors de quatre stimulants forums d’arts urbains à Calgary, Toronto, Winnipeg et Montréal, j’ai appris comment les jeunes œuvrent de concert avec d’autres gens pour  faire échec au crime et à l’indifférence, grâce à l’animation, aux documentaires vidéo, à la poésie, au rap, aux graffiti et autres arts médiatiques. Et j’ai pu en constater les résultats positifs.

Durant ma visite à l’Établissement de détention de Montréal, j’ai vu comment de jeunes détenus utilisent une émission radiophonique communautaire intitulée Souverains anonymes, qui leur enseigne la responsabilité citoyenne, tout en leur permettant  de rejoindre le monde extérieur.

Dans les Territoires du Nord-Ouest, j’ai rencontré de jeunes membres de la nation dénée qui travaillent d’arrache-pied pour préserver leurs anciennes traditions et sensibiliser la population canadienne à l’importance de la préservation de l’intégrité écologique du parc national Nahani.

Là où je suis allée, les messages étaient les mêmes, et je cite : « Nous voulons un meilleur monde pour nous-mêmes, et pour celles et ceux qui nous suivront. »

Et à l’occasion de visites d’État à l’étranger, j’ai constaté à quel point c’est de ce même espoir que vivent les jeunes, de cette même volonté d’agir et à travers les mêmes modes d’expression. Je n’oublie pas ces jeunes garçons qui au Brésil m’ont dit « la solidarité est une responsabilité… »

Vous êtes de véritables leaders, et votre détermination est pour moi une grande source d’inspiration. Ceci dit, je demeure préoccupée.

Car trop peu de Canadiennes et de Canadiens sont à l’écoute de votre message d’espoir et de détermination.

Trop peu de Canadiennes et de Canadiens sont au courant des efforts que vous déployez pour apporter des changements sociaux au sein de vos communautés, de vos quartiers.

Trop de Canadiennes et de Canadiens se font de la jeunesse une image de violence et de délinquance, image que leur renvoient les écrans de télévision.

Cet état de choses me trouble énormément.

C’est la raison pour laquelle je veux que cette institution que je représente soit un espace de parole pour les jeunes, un espace où leurs voix peuvent être entendues d’un bout à l’autre de notre vaste pays, un espace où leurs aspirations peuvent être source d’inspiration pour l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens, un espace où vous pouvez unir vos efforts, rassembler vos idées et rêver d’un monde idéal.

D’où l’importance de cette occasion offerte par la Commission de la capitale nationale en ce 150e anniversaire du choix d’Ottawa comme capitale nationale.

Cela vous permet de mettre  votre créativité au profit du bien collectif, d’exprimer vos idées sur les grandes questions auxquelles sont confrontés les Canadiennes et les Canadiens, et de créer de nouveaux réseaux avec des gens du pays tout entier.

Sachez que je suis extrêmement heureuse que vous ayez décidé de partager ce précieux moment avec moi, ici à Rideau Hall.

Et je suis impatiente de voir votre vidéo, d’écouter ce que vous avez à dire, et de savoir quels moyens vous comptez prendre pour partager les fruits de votre travail avec les Canadiennes et Canadiens d’un bout à l’autre du pays.

J’espère également que le  dialogue que nous avons entamé ce matin se poursuivra longtemps après la clôture de ce forum. En fait, j’ai créé un forum en ligne spécial sur le site À l’écoute des citoyens pour permettre à nos concitoyens de se joindre à notre discussion.

N’oubliez pas de passer le mot. Et restons inter-reliés! Car vous avez tant à dire, et nous avons tant à apprendre de votre travail.

Merci.