Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du cinquantième anniversaire du Conseil des Arts du Canada

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Rideau Hall, le mercredi 28 mars 2007

Jean-Daniel et moi sommes ravis de vous accueillir à Rideau Hall dans la salle de bal transformée pour cette occasion que nous voulons festive. Cinquante ans du Conseil des Arts, cela se fête!

Il est des coïncidences heureuses.

Le hasard a voulu que le Conseil des Arts du Canada et moi-même fêtions notre cinquantième anniversaire la même année, et aujourd’hui est l’anniversaire de sa présidente, Karen Kain.

Nous estimons que cette association avec un organisme voué aux arts et à la culture est une bonne étoile dans ma carte du ciel. Je suis sûre que Karen est d’accord avec moi.

Car, de toutes les formes que peut prendre la parole citoyenne, celle qu’empruntent  et qu’explorent nos artistes est, pour moi, l’une des plus fortes.

C’est une parole qui naît de la liberté et qui cherche à décloisonner nos horizons.

C’est une aventure où les artistes nous emportent avec eux dans ce dépassement d’eux-mêmes.

Nous célébrons aujourd’hui cinquante ans d’audace et d’effervescence, intimement liés à l’histoire de ce pays.

Ce n’est pas à vous, chers amis, que je rappellerai le rôle fondamental du Conseil des Arts dans la vie culturelle du Canada, ce rôle d’accompagnement et de formation d’une relève.

Je suis toujours émue d’entendre les artistes remercier le Conseil avec ferveur lorsque je remets les Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène, pour la littérature, pour les arts visuels et médiatiques.

Leurs témoignages sont le plus grand remerciement que puisse espérer le Conseil des Arts du Canada en cette occasion festive.

Mais à la reconnaissance des artistes, j’aimerais ajouter la nôtre.

Le Conseil des Arts du Canada sait plus que quiconque que les artistes ne s’inscrivent pas en marge du réel.

Il sait au contraire que les artistes ne font aucune concession pour chercher à en exprimer toutes les possibilités.

Le Conseil sait aussi que les artistes ne nous proposent pas un « produit », mais une vision du monde.

Et le Conseil déploie tous les efforts pour que cette vision rejoigne le plus grand nombre.

La culture naît de ce dialogue.

La culture se vit toujours au présent.

Et c’est dans la vigueur de ce présent que se tient la promesse de l’avenir.

C’est justement parce qu’elle s’enracine dans le présent que la culture  est aussi appelée à devenir la leçon que l’on retient des civilisations passées.

La culture solidifie en le réinventant « ce monde en réfection », pour reprendre la belle expression du regretté Robert Dickson.

J’en veux pour preuve ce que me disent les jeunes partout où je vais à leur rencontre.

À Halifax, de jeunes Noirs ont choisi la poésie pour interroger leurs origines et exprimer leurs aspirations.

À Québec, à la maison Dauphine, qui ouvre ses portes aux jeunes de la rue, ils m’ont dit que les arts les aidaient à se redresser dans le monde et à explorer leur capacité de faire.

À Toronto, ils voient dans les arts une possibilité salutaire d’apporter leur contribution personnelle à une œuvre collective.

À Calgary, ils n’hésitent pas à affirmer que les arts sauvent des vies.

À Iqaluit, le hip hop se renouvelle aux contacts des danses traditionnelles et manifeste leur singularité et leur envie de solidarité.

Les jeunes de ce pays revendiquent le droit de repousser les limites de la création, et nous devons les entendre, les voir, les lire.

Tout acte de création est à la fois un appel à la liberté et, selon la formule d’Hélène Dorion, un « acte de rapprochement ».

Je rêve pour ma part d’un rapprochement entre les générations.

Qu’il me soit permis, en ce  cinquantième anniversaire du Conseil des Arts du Canada, de vous lancer cette invitation à  revigorer le dialogue entre les artistes accomplis et les artistes émergents, pour que des œuvres se perpétuent et que d’autres se créent.

Vendredi dernier, à l’occasion de la remise des Prix du Gouverneur général pour les arts visuels et médiatiques, j’ai été témoin d’une rencontre fabuleuse et porteuse d’avenir.

De jeunes artistes ont profité de leur présence à Rideau Hall pour s’entretenir avec le lauréat Fernand Leduc.

Laissez-moi vous dire que, de part et d’autre, des étincelles fusaient. Ces jeunes artistes s’émerveillaient de se retrouver face à un maître et le maître se réjouissait de voir son œuvre parler à la relève.

Voilà, à mon sens, la façon idéale de rehausser notre potentiel créatif.

Voilà aussi pourquoi nous sommes si redevables au Conseil des Arts du Canada qui, en veillant à l’essor de nos artistes, assure la régénération de notre vie culturelle.

Jean-Daniel et moi sommes fiers de saluer ce soir tous les artistes de ce pays et, avec elles et eux, d’une voix unanime et reconnaissante, de souhaiter longue vie au Conseil des Arts du Canada.