Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du 25e anniversaire des Prix Harry Jerome

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Toronto, le samedi 28 avril 2007

C’est pour moi un grand honneur de me joindre à vous ce soir pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire des Prix Harry Jerome.

Au cours des trois dernières décennies, cette cérémonie est devenue plus qu’une simple remise de prix. Elle a fini par incarner la puissance qui réside dans la solidarité et l’altruisme, cette puissance qui permet de transcender une tragédie et d’en faire un témoignage édifiant de l’endurance et de la créativité de  l’esprit humain.

C’est lors d’une froide soirée de décembre en 1982 que les futurs fondateurs de ces prix ont été informés de la mort soudaine d’un des plus grands athlètes que notre pays a connus : Harry Jerome.

Membre de l’Ordre du Canada, Harry Jerome avait remporté des médailles olympiques, brisé sept  records internationaux en athlétisme, et aidé à établir le premier ministère des sports du Canada.

S’étant joint aux milliers de personnes d’un bout à l’autre du pays pour pleurer la perte de ce héros national, la Black Business and Professional Association a décidé qu’il valait la peine de célébrer les exploits de cet homme, en créant une cérémonie annuelle d’hommage et de remise de prix en son honneur.

Forte de l’appui que lui a fourni le public au fil des ans, votre organisation a vu la cérémonie de remise des prix prendre de l’envergure, passant d’une modeste activité locale à une importante célébration nationale de l’excellence et de l’esprit communautaire.

Sachez que votre contribution n’est pas passée inaperçue.

Votre engagement à célébrer l’excellence touche les Canadiennes et les Canadiens.

Votre volonté d’honorer l’esprit de service communautaire ne nous laisse pas indifférents.

Et que dire de votre détermination de mettre en lumière les réalisations exceptionnelles de jeunes filles et de jeunes garçons, dont un grand nombre ont eu à  surmonter d’incroyables obstacles pour devenir des leaders extraordinaires. Vous devez, à juste titre, être fiers de ce que vous avez accompli!

En qualité de gouverneure générale du Canada, j’ai la conviction que vos efforts sont essentiels. En effet, vous nous rappelez le rôle que chacune et chacun de nous peut jouer dans l’édification d’une société encore plus forte et bienveillante.

Par vos efforts, vous nous montrez comment il est possible, en se donnant la main, de transformer des circonstances adverses en occasions de croissance personnelle, d’épanouissement mutuel et de solidarité.

Ces leçons revêtent une importance toute particulière de nos jours, car nous sommes témoins d’un effritement progressif et néfaste du respect des valeurs que sont l’altruisme et l’entraide.

N’est‑il pas de plus en plus fréquent de voir des gens adopter l’attitude du « chacun pour soi », ou ce que certains appellent la mentalité du « bling bling »?

Dans sa forme la plus extrême, cette attitude est cultivée auprès de personnes qui vivent dans le désespoir et l’aliénation par des éléments criminels qui, pour les attirer dans leurs filets, tentent de manipuler celles et ceux qui sont vulnérables, celles et ceux qui ont perdu toute illusion.

Combien de nous sont consternés d’apprendre que des enfants, aussi jeunes que 11 ou 12 ans, aboutissent dans les milieux du crime.

Je suis convaincue que nous nous trouvons, comme je l’ai souvent répété, à une croisée des chemins. Les enjeux et les possibilités propres à notre société en constante évolution nécessitent, plus que jamais, que nous fassions preuve d’ouverture d’esprit et de vigilance, afin de s’assurer que personne ne soit laissé pour compte.

Pour cela, il nous faut être en mesure de reconnaître l’aspect humain qui se cache derrière les situations d’exclusion et de  marginalisation.

Il nous faut être en mesure de nous rapprocher les uns des autres pour découvrir les valeurs que nous avons en commun.

Il nous faut être en mesure de redécouvrir notre capacité de forger des liens et de nouer des partenariats afin de pouvoir travailler tous ensemble pour le bien de la collectivité.

Ce sont là les objectifs que nous avons cherché à atteindre, et je vous félicite pour vos efforts.

Car n’oublions pas que notre capacité de prospérer en tant que société démocratique dépend de notre volonté de veiller à ce que chaque citoyenne et citoyen ait des chances égales de réussir.

Il ne fait aucun doute pour moi que les jeunes sont au cœur de cet impératif. De plus en plus, nous voyons de jeunes Canadiennes et Canadiens s’affirmer et s’opposer à l’indifférence et à l’apathie.

Face à certaines des situations les plus horribles, ces jeunes refusent d’être victimes de leurs circonstances. Ils choisissent plutôt de tendre la main, faisant fi des frontières ethniques, raciales et linguistiques, des frontières entre hommes et femmes et de l’orientation sexuelle de chacun, pour bâtir, à leur manière, des espaces inclusifs et créatifs, propices au dialogue, aux échanges et à l’action collective, tant au pays qu’à l’étranger.

Cet après-midi, justement, j’ai passé deux heures avec une centaine de jeunes artistes urbains de Toronto. J’ai appris comment, avec l’aide du programme jeunesse ArtReach, ils utilisent l’art comme un outil pour habiliter leurs consœurs et confrères et leur permettre ainsi de changer les choses dans la ville.

Tout en reconnaissant les multiples obstacles auxquels ils font face, ils ont exprimé leur volonté inébranlable de défier le sort et d’établir des espaces de paix et de compréhension au cœur de certains des quartiers prioritaires de Toronto. Quel travail impressionnant!

Avec des ressources très limitées, ils ont su nous prouver  que ce ne sont pas nos circonstances qui déterminent nos vies. Permettez-moi de le répéter : ce ne sont pas nos circonstances qui déterminent nos vies. Vous en êtes d’ailleurs des exemples vivants!

Car dans la pauvreté, l’exclusion et le désespoir le plus grand, il y a des dizaines de femmes et d’hommes qui font l’impossible pour améliorer concrètement leur vie et celle de leurs communautés.

Il ne faudrait pas pour autant ignorer les problèmes qui subsistent. L’aliénation, l’apathie, la discrimination et l’indifférence sont malheureusement encore de tristes réalités.

Alors, nous, les femmes et les hommes qui formons ce pays, sommes en quelque sorte confrontés à un paradoxe.

D’une part, nous observons que les membres les plus vulnérables de notre société éprouvent une aliénation croissante.

D’autre part, nous assistons à l’émergence de nouvelles et stimulantes initiatives qui visent à solidifier la communauté et qui font directement appel au cœur et à l’intelligence des gens.

Notre défi consiste donc à trouver des façons de rapprocher ces deux réalités, de rallumer l’étincelle d’espoir, pour que tous les citoyens et citoyennes puissent œuvrer ensemble à la création d’une société où chacune et chacun pourra s’épanouir.

Je suis convaincue que les jeunes ont un rôle clé à jouer à cet égard. D’ailleurs, ils le font déjà!

C’est pourquoi nous devons encourager les jeunes dans leurs efforts pour bâtir un monde meilleur.

Nous devons les appuyer dans leur effort en quête de nouvelles avenues pour améliorer le sort de leurs quartiers et de leurs communautés.

Nous devons nous montrer très attentifs à leurs rêves, à leurs idées et à leurs aspirations.

Lors de mon installation comme 27e gouverneur général du Canada, je me suis engagée à rendre cette institution plus pertinente pour les jeunes Canadiennes et Canadiens, en faisant en sorte que leurs voix soient entendues.

C’est la raison pour laquelle je cherche à appuyer des initiatives qui visent à rapprocher les jeunes Canadiennes et Canadiens et qui les soutiennent dans l’établissement de nouveaux partenariats avec leurs homologues de toutes les régions du pays.

La Conférence canadienne du gouverneur général sur le leadership de 2008 est un exemple de telles initiatives. Elle rassemble un grand nombre de leaders de notre pays pour discuter des enjeux auxquels fait face le Canada. Vous en entendrez parler davantage dans les semaines et les mois à venir.

Grâce à votre souci de l’excellence et du bien-être communautaire, vous jouez un rôle de premier plan à cet égard, et je tiens à vous en féliciter et vous en remercier au nom de vos concitoyennes et vos concitoyens.

Je vous remercie de m’avoir invitée. Je suis tellement heureuse d’être ici ce soir pour célébrer Harry Jerome avec vous ainsi que les prix qui portent son nom. Mes félicitations à tous les récipiendaires.