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Ottawa, le lundi 29 octobre 2007
Comment ça va?
Quel honneur vous me faites aujourd’hui. Jamais je n’aurais cru qu’un jour une école porterait mon nom. C’est un geste qui me va droit au cœur.
Laissez-moi vous regarder.
Comme vous êtes beaux.
Tous ces sourires et tous ces yeux lumineux.
Êtes-vous toujours aussi sages?
Je me souviens avec bonheur de mes premières années d’école. Mon école à moi, elle était à la maison. C’est ma mère, ma mère qui était enseignante, qui l’a fondée.
Elle l’avait appelé « Le Bocage ». C’est joli ce mot, le bocage. Vous savez ce que ça veut dire «bocage»? C’est un jardin, mais un jardin de grands arbres, comme un parc.
Ma maman a appelé son école «Le Bocage» parce qu’elle trouvait que le savoir, la connaissance, ça se cultive comme des fleurs et des plantes, et que ça porte fruits.
Et elle avait raison, ma maman, de croire qu’apprendre, c’est comme faire son jardin.
Ici, vous apprenez ici à lire, à écrire, à compter. Vous apprenez à vivre ensemble aussi. Vous découvrez combien le monde est vaste, immense et riche de possibilités.
C’est ça, l’éducation. C’est s’ouvrir à tout ce que la vie a de plus beau et de mieux à offrir. Et il faut en profiter à plein de ce temps que vous passez à l’école pour apprendre.
Plus vous saurez de choses, plus vous pourrez faire de choix pour aller au bout de vos rêves.
Je suis la maman d’une petite fille de huit ans qui s’appelle Marie-Éden.
Marie-Éden est née comme moi dans le pays le plus pauvre des Amériques, Haïti.
Peut-être y en a-t-il parmi vous qui, comme Marie-Éden et moi, sont nés dans un autre pays que le Canada?
Sur cette île du Sud d’où nous venons, ma fille et moi, comme dans beaucoup de pays sur la Terre, les enfants n’ont pas tous la chance d’aller à l’école. Soit parce qu’il n’y a pas d’école, soit parce que, tout petits déjà, on les envoie aux champs. On demande aux filles de prendre soin des plus petits ou de faire le ménage.
Dans certaines régions du monde, c’est la guerre qui empêche les enfants qui pourraient aller à l’école de s’y rendre en toute sécurité.
Il arrive aussi que l’on refuse aux filles le droit d’y aller et de s’instruire comme les garçons.
Et pour ces enfants, aller à l’école, c’est un rêve qu’ils ne peuvent pas réaliser.
Alors chaque matin, lorsque vous marchez jusqu’ici, que vous prenez l’autobus ou que vous vous faites reconduire par vos parents, ayez une pensée pour ces enfants qui n’ont pas la chance que vous avez.
C’est une grande chance.
Je veux que vous profitiez pleinement de cette chance que d’autres n’ont pas. Et que vous sachiez de quel trésor vous disposez.
Je vais vous demander d’applaudir chaleureusement vos directeurs et vos professeurs qui vous aiment et qui ont envie de faire de vous des savants, des championnes et des champions.
Il faut leur dire souvent que vous les aimez aussi et reconnaître qu’ils travaillent très fort, que pour vous.
Vous savez, il est plutôt rare que l’on construise des écoles de nos jours, parce qu’on en a déjà beaucoup. Or, votre école, une école francophone de l’Est de l’Ontario, est toute récente, toute neuve.
Je suis convaincue que l’avenir de la culture et de la langue françaises repose entre vos mains.
Soyez fiers d’apprendre le français et de le parler. Et dites partout autour de vous que cette langue est belle, que vous aimez chaque mot et qu’avec le français, vous pouvez communiquer avec des millions d’autres personnes dans le monde.
Cette école porte mon nom, mais elle est à vous. Elle est à votre image. Vous l’enrichissez de vos idées, de votre imagination, de votre énergie, de votre joie de vivre, parfois d’un peu de vos chicanes aussi, et de vos amitiés.
Merci de m’avoir accueillie avec autant de chaleur, avec tous vos sourires, et sachez que je compte bien revenir vous voir et vous écouter me raconter tout ce qui se passe de bon et de merveilleux dans votre école.
Merci.
