Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de l’avant-première canadienne d’une pièce de Peter Brook à l’Usine C

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Montréal, le mardi 10 avril 2007

Merci de cette invitation en ce lieu où mon mari Jean-Daniel Lafond et moi-même avons éprouvé tant de bonheur.

Car le théâtre est un pur bonheur.

Et le théâtre est un lieu d’échange.

Échange entre les praticiens, toutes ces équipes, qui élaborent la représentation.

Échange, également, entre les interprètes et les spectateurs qui se retrouvent face à face pour l’espace d’un instant, suspendu dans le temps et dans un lieu.

Et pour avoir lieu, le théâtre a besoin d’un espace où s’inscrire.

Pour prospérer, il lui faut des scènes polyvalentes pour rejoindre son public.

Il y va de la pérennité de nos modes d’expression et de la vitalité du dialogue citoyen que célèbre à cor et à cri le projet théâtral depuis ses origines.

Or ce lieu, cet espace où nous nous retrouvons, répond à cette exigence.

Lieu d’exploration, de recherche et de création, l’Usine C est l’un des points de convergence de la culture française dans les Amériques, dont nous célébrerons le quatre-centième anniversaire l’an prochain.

Je salue ce soir l’Usine C, sa cofondatrice, ses artisans, ses partenaires et son public.

Le théâtre, selon Bernard Dort, est le lieu d’une « utopie heureuse ». Voilà qui dit encore mieux le pur bonheur que j’évoquais tout à l’heure.

C’est-à-dire lieu d’une coexistence idéale de diverses démarches artistiques et de diverses conceptions du monde.

Quel bonheur en effet que d’accueillir en ce lieu de tous les possibles l’un de ses créateurs les plus inspirés.

C’est Peter Brook qui disait qu’au théâtre, « on écrit sur une ardoise qu’on peut toujours effacer ».

Ce qui ne s’efface pas, toutefois, c’est votre conviction profonde, M. Brook, que le langage que nous pratiquons dans la vie quotidienne n’est pas forcément celui de l’invention, mais celui de notre propre aliénation.

Ce sont vos mots. Troublants, mais si justes : la création comme une façon, un moyen, de déjouer notre aliénation.

Permettez-moi d’y entendre ce soir, avec vous, un plaidoyer percutant sur la nécessité et la responsabilité que nous avons tous de placer la culture au cœur de nos vies.

Car c’est par la culture que nous sommes appelés à nous dépasser et à nous donner plus de liberté.

Merci.