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Halifax, le lundi 12 février 2007
C’est un grand honneur pour moi de me joindre à vous ce soir pour célébrer l’histoire et la culture néo-écossaises d’origine africaine. Je suis très émue de voir briller dans votre regard la fierté de ce riche héritage qui est le vôtre.
Vos prestations ont fait jaillir dans mon esprit de puissantes images de ces pionniers néo-écossais d’origine africaine, femmes et hommes sans nombre qui ont travaillé sans relâche pour aider à bâtir le pays que nous partageons aujourd’hui.
Je constate toutefois avec tristesse que beaucoup de Canadiennes et de Canadiens ne savent pas que la Nouvelle-Écosse est le berceau de l’une des plus anciennes communautés africaines du continent. Aujourd’hui encore, plusieurs d’entre nous fermons les yeux sur l’apport des Noirs à la société canadienne.
Cependant, je crois que votre communauté a démontré, maintes et maintes fois, que l’histoire de la présence africaine au Canada ne peut plus être passée sous silence. Partout, cette histoire doit être racontée et célébrée car elle représente un important chapitre de l’histoire de notre grand pays.
Savons-nous que les esclaves noirs ont formé l’essentiel de la main-d’œuvre qui a bâti Halifax?
Savons-nous que des centaines de loyalistes noirs ont sacrifié leur vie pour défendre ce qui allait devenir la Confédération canadienne?
Et bien, moi, je sais ceci : sans les luttes menées par vos ancêtres, je n’aurais pu devenir la première femme noire à être nommée gouverneure générale du Canada. Vos ancêtres se sont libérés, contre vents et marées, de la vase du racisme et de la ségrégation pour que toutes les Canadiennes et tous les Canadiens puissent jouir de solides assises en matière de liberté et de justice.
Vous souvenez-vous de Portia White, l’une des plus grandes chanteuses que le Canada ait jamais connues? Elle a travaillé d’arrache-pied pour faire tomber les barrières du racisme qui ont failli l’empêcher d’atteindre une renommée internationale.
Vous avez sûrement déjà entendu parler de Viola Desmond, une autre Néo-Écossaise. En refusant de s’asseoir dans la « section pour gens de couleur » à l’ancien théâtre Roseland, elle a contribué à mettre fin à la ségrégation raciale en Nouvelle-Écosse et dans le reste du pays, et ce, plusieurs années avant que Rosa Parks ne pose un geste similaire aux États-Unis.
Et comment pourrais-je ne pas mentionner l’honorable Mayann Francis, chef de file dans les domaines des droits de la personne, de la santé et du droit, récemment nommée 31e lieutenante-gouverneure de la Nouvelle-Écosse? Quel patrimoine impressionnant!
N’oublions pas non plus le sénateur Donald Oliver qui déploie des efforts remarquables en vue d’assurer aux minorités des chances égales de réaliser leurs rêves au Canada.
En cette année du 40e anniversaire de l’Ordre du Canada, je me dois également de saluer le grand dramaturge Walter Borden et la professeure Wanda Thomas Bernard, deux Néo-Écossais engagés d’origine africaine, récemment investis de l’insigne de l’Ordre du Canada.
Le Canada d’aujourd’hui ne serait pas tout à fait le même sans l’apport vital de la communauté autochtone noire de la Nouvelle-Écosse.
Et je crois donc que nous avons, chacun et chacune d’entre nous, le devoir de faire en sorte que votre histoire, qui est en réalité notre histoire à toutes et à tous, ne soit jamais oubliée et qu’elle fasse partie intégrante de notre mémoire collective. Plus ces vérités historiques seront connues, plus notre pays pourra se libérer du legs empoisonné de l’esclavage et de l’injustice, dont le souvenir continue de miner notre capacité à vivre ensemble dans l’harmonie.
Comme vous le savez, beaucoup reste à faire. Que le racisme soit caché ou qu’il s’exprime ouvertement par des graffitis sur un mur, il continue d’enfoncer ses racines insidieuses dans la terre fertile de l’indifférence et de la peur de l’autre.
Nous devons donc nous lever toutes et tous ensemble en tant que compatriotes et dire au monde entier, en nous inspirant des paroles d’un vieux chant negro-spiritual, que nous ne céderons pas.
Nous ne céderons à l’esprit de la haine qui cherche à dresser l’un contre l’autre des voisins.
Nous ne céderons pas à la discrimination raciale qui ferme la porte aux minorités en quête d’emploi.
Nous ne céderons pas aux forces de la terreur et de la destruction qui cherchent à intimider certaines de nos communautés les plus vulnérables.
L’histoire troublante d’Africville me revient à l’esprit. Ici aussi, les forces conjointes de l’ignorance et de l’injustice ont détruit ce qui constituait jadis l’âme vive de la Nouvelle-Écosse d’origine africaine. Face à ce triste dénouement, la résistance inébranlable de votre communauté, laquelle en fait toute sa force, est pour moi une puissante source d’inspiration.
Je dis cela parce que votre histoire n’est pas seulement un récit de douleur et de souffrance. Non. C’est également une histoire porteuse d’espoir et de renouveau. Elle nous rappelle que, même au plus fort de la tempête, il y a, en Nouvelle-Écosse, un baume pour apaiser les souffrances et les blessures de l’âme.
Voyez comment vous vous êtes ralliés pour amasser des fonds afin de construire un nouveau bureau pour la Black Loyalist Heritage Society.
Voyez comment, après toutes ces années, les anciens résidents d’Africville se donnent la main pour ranimer ce sentiment d’appartenance qu’ils partageaient jadis.
Voyez comment votre communauté s’est regroupée pour changer les circonstances qui ont contribué à la mort de Martaze Cortaze Provo et de Brandon Courtney Beals.
Votre force et votre détermination à triompher de l’adversité me montrent, ainsi qu’au reste du pays, que l’esprit de solidarité est toujours bien vivant au sein de la communauté néo-écossaise d’origine africaine. Je vous encourage donc à tirer profit de cette solidarité et à en transmettre l’esprit aux prochaines générations.
Nous vivons à une époque où la compassion, la solidarité et la communauté sont érodées peu à peu par l’indifférence et l’autosatisfaction. Cette attitude du chacun pour soi, ou ce que certains d’entre vous appelez la mentalité « bling bling », produit des individus davantage concernés par le nom de marque de leur nouveau chandail que par le bien-être de leur prochain. « Y a-t-il un témoin? Quelqu’un? ».
Je pense donc que le temps est venu pour tous les Canadiens — femmes et hommes, jeunes et aînés — d’élever la voix et d’entonner une nouvelle chanson, peut-être même un rap.
Une chanson qui témoigne du pouvoir inébranlable des communautés de trouver des solutions concrètes à des problèmes qui semblent insolubles.
Une chanson qui nous inspire, toutes et tous, à tendre la main à nos voisins, aux jeunes en particulier, pour qu’ensemble nous bâtissions un monde meilleur.
Une chanson qui nous incite à tenir bon, même dans les moments les plus difficiles.
Ainsi donc, en tant que gouverneure générale du Canada, je suis avec vous ce soir pour vous appuyer dans votre démarche visant à bâtir une communauté plus forte et plus prospère.
En ce 200e anniversaire de l’adoption de la loi qui a aboli la traite des esclaves en Grande-Bretagne, profitons du Mois du patrimoine africain pour réfléchir à notre passé. Encourageons toutes les Canadiennes et tous les Canadiens à reformuler le vœu si cher à Martin Luther King de nous « hisser hors des sables mouvants de l’injustice raciale sur le roc solide de la fraternité ».
Merci.
