Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la cérémonie du Souvenir pour le 90e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy

Ce contenu est archivé.

Ottawa, le lundi 9 avril 2007

À 5 h 30 précises, un matin gris et froid dans le nord de la France, explosait un incroyable tonnerre de tirs.

Au son de ce fracassant et terrible signal, les soldats du Corps canadien — les quatre divisions regroupées, à ce moment-là — sont sortis de leurs tranchées pour avancer vers un objectif qui, aux dires de plusieurs, était imprenable.

En vain, les Français avaient déjà tenté un assaut, et les Britanniques également, avec pour seul résultat des dizaines de milliers de blessés et de morts.

Tôt le matin, en ce lundi de Pâques il y a 90 ans, les Canadiens ont conquis la crête de Vimy.

Le général canadien sir Arthur Currie, l’un des maîtres d’œuvre du plan de bataille — et aussi l’un de ceux que commémore le Monument aux Valeureux, juste en face — dirait qu’il s’agit du « jour le plus mémorable qu’ait connu le Corps canadien. »

Ce fut le jour où le jeune pays qu’était le Canada s’est taillé une place bien à lui.

À bien des égards, nous pouvons dire que notre confiance en nous en tant que Canadiennes et Canadiens, l’indépendance avec laquelle nous nous exprimons sur la scène mondiale, et l’estime dont nous jouissons auprès de la collectivité mondiale, nous le devons au courage et au sacrifice manifestés ce jour-là, il y a bien longtemps.

Alors que nous sommes réunis ici, aujourd’hui, devant le Monument commémoratif de guerre du Canada pour souligner le 90e anniversaire de cet événement décisif de notre histoire collective, un grand nombre de nos concitoyennes et de nos concitoyens se sont rassemblés devant le Monument de Vimy, en France.

Ensemble, nous honorons le souvenir de celles et ceux dont le courage exemplaire est une source d’inspiration pour nous tous — qu’ils aient participé à l’effort de libération à Vimy ou qu’ils continuent à appuyer par solidarité des populations dans le monde entier.

Aujourd'hui une partie de notre jeunesse répond encore à l'appel, endosse l'uniforme et s'engage sans compter, au nom du Canada et aux côtés de la communauté internationale, dans des régions difficiles du monde où il est impérieux de  construire et de maintenir la paix, Pas plus tard qu'hier, six de nos soldats l'ont payé de leur vie, deux autres ont été blessés, soufflés par une mine meurtrière dans le sud de l'Afghanistan.

Il y a exactement un mois j'étais à leurs côtés à Kandahar. J'ai été touchée par leur détermination à toute épreuve, par leur courage face aux nombreux dangers et par leur sens du devoir d'assister des populations dans leur aspiration et leur droit à la sécurité, à la stabilité, à la justice et aux conditions favorables pour se développer.

Qu'il me soit donné de saluer en votre nom ces soldats, leurs familles, leurs proches, leurs amis : qu'ils sachent qu'ils ne sont pas seuls dans cette épreuve hors du commun, qu'ils sachent que le pays tout entier les accompagne du fond du cœur et avec le plus grand respect.

Je suis enchantée de voir tant de jeunes visages ici parmi nous et de savoir qu’environ 5 000 autres jeunes Canadiennes et Canadiens sont à la crête de Vimy en ce moment même.

Car vous, jeunes de ce pays, avez un devoir de mémoire à l’égard de celles et de ceux qui ont sacrifié leur propre jeunesse, parfois même leur vie, au nom d’un idéal de justice et de liberté.

L’héritage qu’ils nous ont légué doit franchir le temps.

Et la mémoire est plus forte que la pierre des monuments.

C’est grâce à elle que nous ravivons en ce jour la flamme du souvenir pour mieux éclairer le chemin devant nous au cœur des tourments qui affligent l’humanité.

Ne l’oublions jamais.