Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la cérémonie d’admission à titre de membre honoraire du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada

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Ottawa, le lundi 29 janvier 2007

Je suis particulièrement ravie de me joindre à vous aujourd’hui.

Sachant qu’il y a moins d’une centaine de membres honoraires sur un nombre total de 41 000 membres, je suis consciente du privilège qui m’est donné d’être en si honorable compagnie…

C’est en effet un grand honneur pour moi que d’être associée à une institution nationale aussi importante.

Depuis maintenant près de quatre-vingts ans, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada œuvre au nom des médecins spécialistes du Canada et de leurs patients.

Outre ses fonctions officielles, telles que l’accréditation de programmes de résidence pour les spécialités et l’administration d’examens de certification, le Collège royal joue au Canada un rôle public qui est d’une grande envergure.

Au fil des ans, votre organisation s’est fait le défenseur très respecté du droit des Canadiens à des soins de santé accessibles et de grande qualité.

L’Institut canadien de la sécurité du patient est un exemple du genre d’initiatives qui s’inscrivent dans vos objectifs. En témoigne également votre participation active au débat public sur l’avenir des soins de santé, une question qui préoccupe grandement la population du pays.

Or, ce rôle public et votre engagement de tous les instants en vue du maintien de soins de la plus grande qualité deviendront de plus en plus cruciaux dans les années qui viennent.

Nul n’ignore que la croissance de notre population et le pourcentage grandissant d’aînés exerceront des pressions de plus en plus fortes sur le régime de soins de santé au Canada.

Il est urgent de trouver des solutions à cette situation, afin de pouvoir donner un regain de vie à notre régime de soins de santé, qui est l’un des meilleurs au monde. Récemment, j’ai eu l’occasion de voir l’autre extrême de ce que nous possédons ici; j’ai rencontré des gens qui se battent pour prodiguer des soins dans des circonstances presque inimaginables.

En novembre dernier, ma première visite d’État m’a conduite dans cinq pays d’Afrique, l’Algérie, le Mali, le Ghana, l’Afrique du Sud et le Maroc. J’étais accompagnée d’une délégation qui représentait les forces vives de la société civile au pays.

Au Mali, par exemple, nous avons pu constater les conséquences désastreuses des mutilations génitales et des mariages et grossesses précoces sur la santé des femmes.

J’ai tenu à saluer les initiatives et les réalisations des ONG et de nombreuses communautés maliennes qui, avec le soutien du Canada, luttent contre ces pratiques souvent mortelles et viennent en aide aux fillettes et aux femmes qui en sont victimes.

Au Ghana, nous avons rencontré des mères désespérées de voir leurs enfants emportés par la maladie, parce qu’elles doivent franchir des kilomètres pour arriver à la clinique la plus proche.

Et là aussi, comme au Mali, nous avons constaté le travail éreintant et quotidien des femmes et des fillettes pour aller chercher l’eau et la porter sur d’importantes distances sans la moindre garantie qu’elle soit potable.

En Afrique du Sud, nous avons vu les effets dévastateurs du VIH/sida, ce fléau qui touche des millions d’hommes, de femmes et d’enfants. C’est toute une génération qui risque d’être anéantie.

Deux millions d’enfants sont aujourd’hui orphelins en Afrique du sud.  Rendons hommage aux grands-mères qui doivent en assumer la responsabilité, avec trois fois rien. Par leurs gestes, ces femmes nous apprennent tant sur la force de la solidarité.

La profession médicale prend tout son sens, et j’ajouterais sa noblesse, sur ce continent où les populations sont affligées par de nombreuses maladies que l’on a les moyens de traiter facilement aujourd’hui, à condition d’y avoir accès.

Plusieurs de ces maladies sont la conséquence du manque d’eau potable, de la dégradation de l’environnement, ou de l’absence d’infrastructures sanitaires de base.

Permettez-moi de saluer ici le travail inspirant de plusieurs de vos collègues que j’ai pu voir à l’œuvre en Afrique. Infirmières et médecins soutiennent sans relâche les efforts de leurs partenaires africains en vue de soulager des souffrances, de prévenir des fléaux, de sauver des vies.

Pour nous, Canadiennes et Canadiens, les réalités du tiers-monde sont presque inimaginables, étant donné tout ce que nous avons l’habitude de tenir pour acquis.

Cela ne veut pas dire pour autant que nous devrions prendre notre régime de santé pour acquis. Nous tous, fonctionnaires, travailleurs de la santé et patients, devons joindre nos efforts pour trouver des solutions aux problèmes particuliers que connaît notre système de soins de santé.

Mieux que quiconque, vous savez qu’une population vieillissante impose des contraintes énormes à un système qui fonctionne déjà à pleine capacité.

Certains parmi vous avez peut-être entendu parler du combat de ma mère contre la maladie d’Alzheimer et des difficultés considérables que cela a représenté pour ma famille et moi.

Celles et ceux qui vivent le même genre d’épreuve — et nous sommes de plus en plus nombreux chaque jour — en connaissent toute l’ampleur.

C’est une épreuve qui nous affecte sur plusieurs plans. C’est une situation qui nous épuise  physiquement et moralement, qui nous fait vivre tant d’émotions… comme l’amour, l’impatience, la tristesse, le soulagement, la rage, le regret, la peur, l’espoir, la gratitude.

J’éprouve une douleur d’une telle intensité à voir cette femme, ma mère, autrefois si forte, si dynamique, si sensible au monde qui l’entourait, si intellectuellement curieuse, se refermer lentement sur elle-même, et aujourd’hui complètement dépourvue de cette autonomie qui lui était si précieuse.

L’une de mes plus grandes sources de réconfort tout au long de ce malheur est la bonté et le soutien que m’accordent les nombreux professionnels de la santé qui ont aidé, et qui continuent d’aider ma mère et moi, notamment des médecins spécialistes.

Ces spécialistes font sans cesse preuve de compassion, de patience, d’attention et d’obligeance.

Nous avons de la chance, dans ce pays, de pouvoir compter sur tant d’excellents médecins qui travaillent dans chaque branche de la médecine.

Permettez-moi, en terminant, de vous dire les deux raisons pour lesquelles je vous suis si reconnaissante. Je vous remercie tout d’abord pour l’honneur singulier que vous me décernez aujourd’hui.

Et je tiens également à remercier chacune et chacun de vous, au nom des hommes, des femmes et des enfants de ce pays, pour ce que vous faites quotidiennement.

En leur nom, je loue le travail des médecins spécialistes du Canada ainsi que les efforts du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Je vous encourage à continuer à faire entendre votre voix dans les années à venir pour le bien de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens.

Merci.