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Halifax, le mardi 13 février 2007
Mon mari Jean‑Daniel Lafond et moi-même sommes ravis d’être ici, à Halifax, dans le cadre de notre première visite officielle en Nouvelle‑Écosse.
Et c’est un grand honneur d’accepter cette invitation sans précédent à prendre la parole devant votre assemblée législative, domicile de la première forme de gouvernement responsable de l’Empire britannique à l’extérieur de la Grande-Bretagne et où quatre de mes prédécesseurs ont été assermentés Gouverneur général du Canada.
Ce territoire imprégné d’histoire que vous représentez voit bon nombre des événements les plus décisifs qui ont contribué à façonner notre pays, et celui‑ci continue de stimuler l’imagination du peuple.
Un regard sur plus de quatre cents ans en arrière, et nous pouvons aisément constater que l’histoire de la Nouvelle‑Écosse est également celle du Canada.
Les premiers signes de cette ouverture si caractéristique au pays remontent au moment où les Premières nations Mi’kmaq ont accueilli les explorateurs européens sur ce territoire.
Une légende raconte qu’une femme Mi’kmaq a rêvé d’une île flottant vers la terre de son peuple. Sur cette île se trouvaient des arbres et des êtres vivants.
D’après la légende, c’est grâce à cette vision si les Mi’kmaq n’ont pas été effrayés à l’arrivée des premiers explorateurs sur leurs navires.
Au contraire, ils sont allés à leur rencontre, ils ont commercé avec eux et ils ont échangé des connaissances.
En 1605, Samuel de Champlain et Sieur de Monts ont fondé Port Royal.
Cet événement a marqué non seulement le début de la présence française en Amérique du Nord, mais aussi une rencontre historique entre les explorateurs européens et les membres des Premières nations.
La Nouvelle‑Écosse a également joué un rôle fondamental dans la lutte que se sont livré la France et la Grande-Bretagne au 18e siècle, notamment à la forteresse de Louisbourg.
Plus tard, votre province a accueilli de nombreux loyalistes de l’Empire‑Uni, lesquels ont choisi de rester sujets britanniques après que les colonies américaines situées au Sud aient obtenu leur indépendance.
Dans les années 1800, la Nouvelle‑Écosse a prospéré à titre de centre du commerce maritime, tout en enrichissant son patrimoine culturel unique.
En 1867, la province est entrée dans la Confédération comme l’un des quatre partenaires fondateurs de l’entreprise connue sous le nom de Canada.
Au XXe siècle, Halifax a continué de marquer l’histoire de son empreinte.
L’explosion dévastatrice de Halifax nous rappelle le rôle légendaire qu’a assumé la ville en tant que grand port naval.
Le Quai 21, quant à lui, a servi de point de passage à un nouveau commencement pour plus d’un million d’immigrants, de réfugiés et d’épouses de guerre.
Au propre comme au figuré, cette ville, ainsi que votre province, a nourri la création du Canada que nous connaissons aujourd’hui.
Lors de ma première visite du Quai 21 au printemps dernier, j’ai été profondément touchée par une exposition spéciale sur le chemin de fer clandestin, grâce auquel plus de 30 000 Noirs ont pu s’enfuir des États‑Unis pour échapper à l’esclavage.
En « suivant l’étoile du Nord vers la liberté » au Canada, ils étaient également à la recherche d’une vie meilleure.
Se faisant, ils ont aussi incité notre pays à renoncer à sa propre tolérance envers l’esclavage.
En ce Mois de l’histoire des Noirs au Canada, je crois qu’il est particulièrement important de méditer sur ce chapitre de notre histoire collective.
Et hier matin, lors de ma seconde visite au Quai 21, j’ai été profondément émue et inspirée par les histoires personnelles de courage et de ténacité d’un groupe diversifié de femmes immigrantes venant des quatre coins du monde, qui ont réalisé leur rêve, soit devenir des citoyennes réputées, utiles et socialement engagées.
Province House en soi évoque une histoire riche de leçons de liberté et de fondation d’un pays.
C’est ici, après tout, que Joseph Howe a assuré lui‑même sa défense contre le libelle diffamatoire monté de toute pièce à son encontre après qu’il eut dénoncé la corruption gouvernementale.
La joute oratoire qu’il a menée en 1835 dans cet édifice, en préconisant l’importance de la liberté d’expression, demeure légendaire parmi les journalistes de tout le continent.
Certes, même s’il s’agit de l’obstruction parlementaire la plus éprouvante de cette Assemblée, aucun d’entre vous ne risque d’avoir à prendre la parole pendant six heures d’affilée comme l’a fait Joseph Howe, mais au moins une de ses remarques mérite d’être mémorisée.
Aux jurés, entre les mains de qui reposait son sort, M. Howe a avoué :
« Lorsque je m'assois, dans la solitude de mes tâches et de ma profession, les seules questions que je me pose à moi-même sont : Qu'est-ce qui est bien? Qu'est-ce qui est juste? Qu'est-ce qui est favorable au bien public? »
Pouvoir parler franchement de l’injustice, sous toutes ses formes, constitue un élément essentiel de la notion de démocratie.
Et la capacité que nous avons au Canada d’exprimer nos opinions sans restriction, ni censure ni peur, est un cadeau précieux pour lequel des femmes et des hommes du monde entier se battent, et parfois même jusqu’au sacrifice de leur vie.
Sans la liberté d’expression, il nous serait impossible de parler ouvertement des injustices du présent ou du passé…
Que ce soit pour déplorer la violente expulsion des Acadiens en 1775, ou la plus récente destruction d’Africville à la fin des années 1960 et de la solidarité qui y régnait autrefois malgré le traitement terrible infligé à ses habitants appauvris, en vue d’en tirer des leçons.
Cette liberté que nous chérissons tous devrait également nous permettre de contester les circonstances qui désavantagent certains de nos compatriotes.
La liberté d’expression représente l’un des outils les plus puissants que nous possédions face aux injustices. Et chacun d’entre nous doit assumer sa part de responsabilité.
Car, comme Martin Luther King Jr. l’a si bien dit, « jusqu’à ce que nous soyons tous libres, aucun d’entre nous n’est libre ».
Le succès de la Nouvelle‑Écosse, tout comme celui du Canada, est compromis lorsque des membres de la communauté vivent dans la pauvreté ou sont exposés à des discriminations de toutes sortes.
À titre de gouverneure générale du Canada, j’ai promis d’utiliser mon Bureau pour attirer l’attention sur l’importance de briser de telles solitudes.
Je suis d’avis qu’il faille jeter à bas les murs de différence qui nous séparent toujours : ceux qu’imposent la géographie et l’âge, le genre et l’ethnicité, la langue et la religion, et l’éducation et la capacité.
Comment abolir ces barrières entre nous?
En s’écoutant les uns les autres.
En luttant contre l’indifférence.
En travaillant de concert.
En collaboration, nous pouvons trouver des solutions à cette aliénation sociale qui conduit certains de nos compatriotes à l’isolation et au désespoir.
Je suis en faveur d’une société où des Autochtones, des citoyens britanniques et d’origine française, des Afro‑Canadiens et des personnes de toutes les origines peuvent vivre ensemble dans un esprit de respect mutuel.
Bien qu’il y ait toujours place à l’amélioration, ensemble, nous invoquons une réussite qui est hors de la portée de bien des sociétés.
Et la liberté d’expression que vous entretenez soigneusement au sein de cette Assemblée s’avère essentielle pour la conforter.
Je suis très honorée d’avoir eu la chance d’ouvrir ce dialogue ici aujourd’hui, et je me réjouis à la perspective de le poursuivre.
Pendant notre séjour ici, mon mari et moi-même faisons de riches rencontres avec un grand nombre de communautés néo‑écossaises. J’ai été fortement impressionnée par l’équipe et les jeunes résidents de Phoenix House, dont les histoires étaient tellement encourageantes. Et la fête culturelle donnée hier soir au Black Cultural Center était si émouvante que tout le chemin parcouru par la société canadienne ne pouvait passer inaperçu.
Et hier, mon mari a rassemblé, pour la toute première fois à l’Université Dalhousie, des dirigeants de communautés francophones, des étudiants et des représentants de l’université. Grâce à cette discussion inédite, les participants ont forgé de nouveaux liens et découvert de nouvelles façons de collaborer. Cette rencontre a été un rappel criant que la survie de la langue française n’est pas chère uniquement aux Francophones, à qui d’ailleurs, ne revient pas toute la responsabilité.
Les gens de la Nouvelle‑Écosse que vous, membres de cette honorable Assemblée, représentez, ont des questions importantes à discuter, des histoires inspirantes à raconter et des leçons précieuses à nous apprendre.
Je suis toute ouïe. Et j’aimerais remercier les membres de cette institution historique pour m’avoir invitée à être la première gouverneure générale à prendre la parole devant cette Assemblée législative, ainsi que la population de la Nouvelle‑Écosse.
Merci infiniment pour m’avoir donné l’occasion de m’adresser à vous aujourd’hui.
