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12 juin 2007
par Son Excellence Michaëlle Jean
Deux femmes journalistes ont été tuées en moins d’une semaine en Afghanistan. La femme que je suis, l’ancienne journaliste aussi, réagit avec effroi et un sentiment d’outrage.
En apprenant la terrible nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de penser aux craintes et aux préoccupations dont plusieurs femmes afghanes, parmi elles des journalistes, m’avaient fait part lors de ma récente visite dans leur pays toujours au bord du chaos.
C’est précisément lors de la Journée internationale de la femme que j’avais décidé de me rendre à Kaboul pour rendre hommage à leur courage et à l’espoir que leurs réalisations incarnent pour les femmes du monde entier.
J’avais d’ailleurs dit, à cette occasion, au président Karzaï ma conviction que la reconstruction de ce pays passe nécessairement par les femmes afghanes. Je le répète aujourd’hui avec la même conviction : « Donnez du pouvoir aux femmes et vous verrez reculer la pauvreté, l’analphabétisme, la maladie et la violence. »
La journaliste Zakia Zaki représentait justement ces femmes qui résistent et reconstruisent leur pays. Âgée de 35 ans, elle dirigeait la Radio Sohl (la radio de la paix), enseignait à des petites filles et était elle-même la mère de six enfants. C’est parce qu’elle prônait l’émancipation des femmes afghanes que Zakia Zaki devenait une menace aux yeux de ceux qui l’ont réduite au silence, mais aussi parce qu’elle n’avait pas hésité à parler haut et fort durant le règne despotique des Talibans. Ils ne sont plus au pouvoir, mais continuent de répandre la terreur qui pousse encore de nombreuses femmes à rester cachées chez elles ou sous leur burka.
L’association indépendante des journalistes afghans a condamné ce meurtre et souligne qu’il traduit combien il est difficile pour les journalistes et surtout pour les femmes de travailler dans ce contexte. « Elle croyait en la liberté d’expression, c’est ce qui l’a tuée » ont-ils déclaré.
Je veux renouveler mon soutien sans faille aux femmes afghanes et leur envoyer le message que nous sommes avec elles. Vous aussi, vous pouvez ici leur exprimer votre solidarité.
Chaque fois que l’une d’entre elles est assassinée, c’est une partie du grand rêve de justice, de liberté et d’égalité pour l’humanité qui est mortellement atteint.
