BLOGUE : De retour du Brésil

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26 juillet 2007

par Son Excellence Michaëlle Jean                 

 Cela s’est passé comme dans un rêve, un voyage chargé d’intensité et de rencontres qui resteront gravées dans nos mémoires. Le Brésil vit un tournant, cela est évident. Non seulement sur le plan économique et de par sa position sur les marchés du monde, mais également sur le plan humain. Les langues se sont déliées et l’on aborde de front certaines questions qui auparavant étaient jugées trop sensibles. À Salvador, le débat que nous avons eu avec une salle comble après la projection des films Tropique Nord (de Jean-Daniel Lafond) et Âme noire (de Martine Chartrand) sur le racisme, la discrimination, l’ intégration difficile tels que vécus au Canada a eu une incroyable résonance pour le public brésilien. La télévision nationale du Brésil a diffusé les deux films ainsi que la discussion. Ce qui nous a émus, c’était que nous puissions nous rencontrer autour de défis communs. Le Brésil comme le Canada est une terre de métissage et de diversité où il importe de définir les valeurs rassembleuses, apprendre à vivre ensemble par-delà les différences, agir sur les mentalités et les préjugés. Plusieurs journalistes m’ont demandé comment il était possible que la fonction de gouverneur général du Canada et de facto chef de l’État soit occupée par une personne qui n’a pas pris naissance au pays? Voilà qui témoigne d’une incroyable ouverture et d’un grand sens de la citoyenneté, selon eux.

À l’université de Bahia, nous avons rencontré un groupe de recteurs membres de l’Association brésilienne des études canadiennes et de nombreux étudiants avec lesquels l’échange a été des plus riches. Il a beaucoup été question de la lutte contre l’exclusion sociale, dans chaque communauté où nous sommes allés et dans chacune des rencontres avec la population, y compris lors de mes entretiens avec le président Lula et avec les différents gouverneurs des États et maires des villes. Dans ce pays où les inégalités sont criantes, les fossés énormes, les Brésiliens sont de plus en plus nombreux et de plus en plus conscients de la nécessité de faire du développement humain une priorité. Pour la première fois dans l’histoire du Brésil, un président veut s’attaquer au racisme, à la pauvreté endémique, à la faim, favoriser l’accès pour tous à l’éducation. Rien n’est simple. Dans les quartiers urbains défavorisés, densément peuplés parfois de 200 000 habitants et plus, sous le contrôle d’organisations criminelles qui recrutent parmi les plus désœuvrés leur propre milice, la violence fait rage, les confrontations avec les forces de l’ordre sont brutales, la mort par balle est la première cause de décès chez les jeunes. Le courage des associations de la société civile qui travaillent au sein de ces quartiers est remarquable. Leur ingéniosité également dans l’art d’impliquer les jeunes, de les mobiliser, d’inclure leurs propres solutions et perspectives, afin de les tenir loin des griffes des mafias locales, de leur donner confiance et des raisons d’espérer.
Les prises de conscience et de parole sont toujours sans réserve et des plus engagées autour des enjeux sociaux. Tout se dit et se discute avec beaucoup de tonus.

São Paulo est une gigantesque capitale économique qui compte presque autant d’habitants que le territoire canadien tout entier, métropole étourdissante, une forêt de gratte-ciels, un dédale de ponts, d’autoroutes, de tunnels et d’échangeurs bondés. Dans le discours que j’y ai prononcé, devant la chambre de commerce Canado-brésilienne qui regroupe les chefs d’importantes entreprises, banquiers et investisseurs,  j’ai tenu à marier investissements, affaires et responsabilité sociale. Ils ont été nombreux à venir me parler de leurs initiatives citoyennes (bourses d’études, mentorat, logement social, environnement, etc.). Il n’y pas de prospérité possible sans une vision pour le développement durable. Il est de toute première importance de ramener l’humain au centre des préoccupations, des décisions et des actions.

Nous avons aussi transporté à São Paulo le premier Point des Arts à l’étranger, pour une discussion qui a réuni pendant trois heures une trentaine d’artistes, d’universitaires et de gestionnaires du secteur de la culture, Brésiliens et Canadiens, autour de la question de la création et des nouvelles technologies. La mondialisation n’est pas qu’échanges commerciaux, mais aussi des initiatives communes faites de rencontres, de partages d’idées et de solidarités. Parlant de solidarité transcontinentale, le Brésil et le Canada sont fiers de leur coopération en Haïti au sein de la MINUSTAH et des progrès réalisés. Les ententes trilatérales Canada-Brésil-Haïti sont porteuses et les résultats probants sur le terrain, sur le plan de la sécurité, de la santé comme de la reconstruction.

Je salue le dynamisme, l’extraordinaire implication des délégués et leur enthousiasme à faire de cette rencontre avec la société brésilienne un espace d’échanges à poursuivre et d’actions à mener ensemble.