Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une visite à l’école intermédiaire Lawrence Heights

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Toronto, le mercredi 14 juin 2006

… Je ne sais par où commencer …

Permettez-moi donc tout d’abord de remercier la directrice, Janice Searles, de m’avoir accueillie dans votre école et d’avoir rendu cette journée possible. Je suis consciente de tout le travail qu’exige pour vous ce genre de visite, et je tiens à ce que vous sachiez à quel point j’apprécie ce chaleureux et très spécial et unique accueil.

J’aimerais également remercier M. Terrance Saunders et tous les autres professeurs qui ont collaboré pour mener à terme cette production. Ce spectacle remarquable comporte de si nombreux aspects que, outre le talent et l’imagination, il est évident que vous y avez mis tout votre cœur!

Et enfin, je tiens à dire un « grand merci », du fond du cœur, à tous les élèves qui ont fait revivre cette histoire.

Je suis éblouie par l’énergie et le talent que vous possédez. Les mots ne suffisent pas à exprimer à quel point je suis touchée par ce merveilleux cadeaux que vous m’avez offert! Merci! Merci beaucoup!

Quelle réalisation extraordinaire! Vous avez réussi, par le biais d’une belle musique, de décors intéressants et de bonnes  performances, à saisir les éléments de la vie d’une personne. C’est tout un exploit! Bravo!

Dans la première lettre que M. Saunders avait envoyée pour m’inviter, il disait souhaiter que ce spectacle puisse transmettre un « message d’espoir » destiné à tous les Canadiens. Vous y êtes bel et bien parvenu, et cela grâce aux artistes et aux producteurs.

Il est clair que mon histoire, c’est aussi celle de nombreux Canadiens. C’est une histoire semblable à celle de plusieurs de vos parents et grands-parents qui ont été obligés de quitter leur pays et de venir au Canada pour y commencer une nouvelle vie.

Certains parmi vous croient peut-être que je dis cela à la légère, mais croyez-moi, bien que j’habite aujourd’hui à Rideau Hall, je ne suis pas pour autant née dans un palais, loin de là!

J’ai connu la pauvreté, la violence aussi, et la tristesse. Je sais ce que c’est que de craindre pour sa vie et de rêver de s’enfuir vers un avenir meilleur.

Le message que j’aimerais laisser aux élèves ici présents, le message que chacune et chacun devrait retirer de l’histoire de ma vie, c’est que ce qui fait du Canada un pays merveilleux, c’est que tout y est possible.

En travaillant assez fort, on peut parvenir à réaliser tout ce qu’on veut.

Vous, les élèves de cette école, vous avez toute la vie devant vous.

Rien n’est impossible. Toutes les portes vous sont ouvertes! Dites-vous bien que vous pouvez devenir des écrivaines, des écrivains, des enseignantes, des enseignants, des scientifiques, des comédiennes, des comédiens. Vous pouvez choisir les affaires, ou la politique, ou le journalisme, ou le sport, ou n’importe quel autre domaine.

Au Canada, vos origines ne vous empêcheront jamais d’aller aussi loin que vous le désirez, d’exceller. Et ce n’est pas le statut social de vos parents qui va déterminer ce que vous pouvez devenir.

Je sais que, dans la vie, il y a des gens qui vous diront : « Tu ne peux pas faire cela », ou « Tu n’as pas ce qu’il faut », ou encore « Les gens comme nous n’avancent jamais. »

Surtout, ne croyez rien de tout cela.

Très nombreuses sont les histoires de personnes fortes et ambitieuses, sûres d’elles, sûres de ce qu’elles étaient capables de faire et qui se sont accroché à leurs rêves, alors que tous ceux qui les entouraient les décourageaient.

Ce serait mentir que de vous dire que c’est facile. Le succès vient au prix d’un travail acharné et de beaucoup de sacrifices. Cela signifie qu’il faut parfois savoir dire « non » à des amis; faire ce que vous savez que vous devez faire plutôt que ce que vous aimeriez faire.

Mais cela en vaut la peine.

Pour les adultes, les parents, les enseignants, cela en vaut la peine quand on peut voir la lueur dans les yeux de jeunes qui vous disent que la raison pour laquelle ils retournent à l’école, c’est parce que personne de leur entourage n’a jamais obtenu un diplôme universitaire et qu’ils veulent être les premiers.

Cela vaut la peine pour moi d’occuper la fonction de gouverneur général, puisque cela me permet de discuter avec celles et ceux qui défendent les sans-abri et de transmettre leur message aux plus hautes sphères du gouvernement.

Et cela en vaut la peine aujourd’hui, en cette journée où vous êtes si nombreux à vous intéresser assez à ma vie au point de me rendre ce superbe hommage. Un hommage que je ne suis pas près d’oublier et que je chérirai pour le reste de mes jours.

Aujourd’hui, vous avez montré à tout le monde ce que vous êtes capables de faire. Ne l’oubliez pas.

Ne doutez jamais de vos capacités. Accrochez-vous à vos rêves. Travaillez fort, ici à l’école et dans la vie. Vous serez étonnés de voir tout ce que vous pouvez accomplir.

Visez haut! Cela en vaut la peine!

Merci beaucoup.