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Port-au-Prince, le lundi 15 mai 2006
Je suis contente qu’on prenne ce temps ensemble. Je crois à l’école des femmes. Car c’est dans les mouvements de lutte contre la violence faite aux femmes dont j’ai fait partie au Québec, au Canada que j’ai beaucoup appris. C’est là que mon regard sur la société a changé.
J’ai réalisé à quel point nous, les femmes, de par notre condition et nos expériences, avons une façon bien à nous de regarder et de concevoir le monde.
Les réalités vécues par les femmes d’Haïti disent tout sur ce pays. Injustices, inégalités, celles qui ont et celles qui n’ont pas, les citoyennes de première zone et les éternelles laissées-pour-compte. Celles dont les efforts ne sont pas reconnus et qui ne comptent pour rien.
Je me réjouis d’ailleurs de voir dans cette salle des femmes de tous les milieux et de tous les horizons. De la capitale comme de la province. Des universitaires comme des paysannes. Mais toutes organisées, structurées, fortes de nombreuses expériences, courageuses et volontaires. Je vous félicite de cette ouverture qui est pour moi signe d’espoir. Un espoir qui repose sur vos forces conjuguées, femmes vaillantes qui portez ce pays sur vos épaules.
J’ai eu pour exemple deux femmes remarquables. Ma grand-mère et ma mère. Ma grand-mère qui a élevé seule ses cinq enfants, courbée du matin au soir sur sa machine à coudre et qui, avec les maigres ressources que lui rapportait la vente sur le trottoir des vêtements qu’elle confectionnait, a réussi à faire instruire ses garçons comme ses filles.
Ma mère aussi a élevé ses deux enfants seule. L’une et l’autre avait une grande fierté : leur autonomie financière. Elles m’ont appris que la reconnaissance du droit des femmes passait par la reconnaissance de leurs droits économiques.
J’ai appris d’elles à ne pas accepter que les femmes soient exclues de la société, qu’elles vivent dans la peur, l’isolement, l’humiliation et la violence souvent impunie.
Pour se soustraire à cela, leur principal ressort reste l’autonomie financière qui vous donne toujours la liberté de choisir. Je salue le travail que vous faites pour aider les femmes de ce pays à y arriver. Et, ce faisant, c’est Haïti toute entière que vous aidez.
Le Canada défend le principe de l’égalité pour les femmes. Et nous collaborons avec vous à plusieurs projets destinés à améliorer le sort des femmes d’Haïti et à soutenir leurs efforts dans les régions, dans la capitale, dans les petites communautés comme dans les villes. Dans l’espoir que nos actions combinées vous donnent une voix plus forte dans toutes les instances de la société haïtienne.
L’avenir d’Haïti passe par les femmes, nous le savons. La santé économique d’Haïti en dépend. Chaque injustice envers les femmes d’un pays le rend moins digne. Vous avez la possibilité de proposer un modèle d’inclusion qui transcende toutes les divisions et qui mobilise toutes les forces vives essentielles à la reconstruction d’Haïti. Celle que nous espérons depuis si longtemps.
Femmes d’Haïti, je vous salue et je vous dis mon affection et mon espoir pour vous. Je suis votre sœur par la naissance et désormais votre alliée.
