Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de l’édition 2006 du gala Œuvres magistrales

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Toronto, le jeudi 26 octobre 2006

En parcourant la liste des enregistrements qui ont été honorés au fil des ans dans le cadre du programme des Œuvres magistrales, il est difficile de ne pas y retracer des étapes symboliques de nos vies.

Des films comme Mon oncle Antoine, ou Les bons débarras; la musique de Starmania, ou celle de Gilles Vigneault ou d’Oscar Peterson; de merveilleuses émissions comme Les Beaux Dimanches; et bien sûr, le travail de pionnière de Barbara Frum comme journaliste à la radio.

Pour vous, les titres qui ont une signification particulière sont peut‑être The Friendly Giant, This Hour Has Seven Days, The Rowdyman, ou l’incomparable Canadian Railroad Trilogy.

D’autres auront conservé un souvenir mémorable des enregistrements de Norman McLaren ou des documentaires radiophoniques sur Glenn Gould.

Quelle que soit votre corde sensible, je suis convaincue que cette liste ne laisse aucun Canadien indifférent.

C’est pourquoi nous sommes tristes à l’idée que des œuvres magistrales comme celles-là pourraient disparaître à jamais.

Nous sommes portés à tenir ces œuvres pour acquises et, quand elles nous viennent à l’esprit, nous supposons que les bandes magnétiques ou sonores et les films, tous ces sons et toutes ces images, sont conservés dans des voûtes à température contrôlée, que ce soit celles de Radio-Canada, de l’ONF ou même d’Archives Canada.

Or, quiconque a déjà travaillé à la radio, à la télévision, au cinéma ou dans des studios d’enregistrement, sait évidemment que c’est toujours la folie furieuse dans ces environnements.

Et que, malheureusement, la volonté et les conditions de préservation ne sont pas toujours au rendez-vous. Que d’œuvres ont déjà été perdues, à jamais effacées de notre patrimoine?

Autrefois, les producteurs devaient se démener pour faire leur travail avec un budget très limité et des problèmes techniques constants. Leur priorité était de réaliser l’émission, de boucler le film pour qu’il arrive en salle ou d’enregistrer l’album et de le distribuer en magasin.

Il est vrai qu’autrefois, personne n’avait le temps de réfléchir à l’importance de préserver ces œuvres pour la postérité.

Très peu de gens, d’ailleurs, semblent se rendre compte à quel point ces anciens enregistrements sont fragiles.

À quel point les vieux films, les vieilles bobines sont vulnérables aux changements de température, aux conditions d’entreposage.

Aujourd’hui, nous le savons. Nous n’avons plus d’excuses.

Chaque enregistrement disparu est une perte terrible. Car ce que nous perdons, ce ne sont pas uniquement des souvenirs personnels, c’est une part de nous et de notre histoire.

À prime abord, on pourrait croire que ces œuvres, prises individuellement et au hasard, n’ont aucun rapport entre elles. Ainsi, y a‑t-il un lien entre Goin’ Down the Road et Les Variations Goldberg?

Y a-t-il un lien entre l’enregistrement radiophonique de Les Cloisons, une pièce de théâtre de Jacques Languirand et un épisode de l’émission de télévision si populaire, The Pig and Whistle?

Ce n’est pas immédiatement apparent. Mais à y regarder de plus près, je crois qu’un thème en ressort.

À travers ces œuvres si différentes, nous décernons un pays qui ne craint pas de rire de lui-même et qui ne craint pas de poser à ses dirigeants et à ses citoyens des questions profondes. Nous y décernons également un souci de professionnalisme et d’excellence dans les arts de la scène.

Ces enregistrements nous offrent un mélange de douceur et de force, d’intelligence et d’émotion profonde.

Un peuple au grand cœur, voilà ce que révèlent ces œuvres!

En résumé, elles nous aident à comprendre qui nous sommes et  d’où nous venons, afin que nous puissions mieux tracer notre parcours futur.

Grâce au Trust pour la préservation de l’audio-visuel, le Canada protège son patrimoine audio-visuel des ravages du temps.

Vous qui êtes appelés à jouer un rôle dans cette entreprise avez toutes les raisons d’être très fiers de ce que vous faites.

En préservant ces œuvres magistrales, et en secouant les industries de l’audio-visuel et le public canadien, vous aidez à protéger l’un des éléments constitutifs de notre identité.

Il s’agit là d’un travail essentiel, et je félicite le Trust AV pour son 10anniversaire. Je vous souhaite tout le succès possible dans les années à venir.

Merci beaucoup.