Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Allocution prononcée devant l’Association des femmes d’affaires de l’Afrique du Sud

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Pretoria (Afrique du Sud), le mercredi 6 décembre 2006

Nous, Canadiennes et Canadiens, associons généralement l’Afrique du Sud à Soweto, parce que c’est à Soweto que l’archevêque Desmund Tutu et Nelson Mandela ont vécu et ont inspiré une génération entière.

Il est bon d’être ici parmi vous. C’est pour moi un véritable honneur.

Je vois cette première visite d’État en Afrique comme un périple de l’espoir. En Algérie, au Mali, au Ghana, et maintenant en Afrique du Sud, j’ai été à même de constater le travail essentiel qu’accomplissent les femmes dans chaque secteur de la société, aussi bien dans les centres urbains que dans les régions éloignées.

Je suis plus que jamais convaincue que s’il y a renaissance africaine, c’est parce que les femmes portent la moitié du ciel.

J’ai eu le privilège de rencontrer des femmes de tous les milieux.

Des femmes qui sont des expertes dans leurs champs d’activités respectifs.

Des femmes qui jouent un rôle clé en tant que ministres, parlementaires ou membres de forces de maintien de la paix.

Des femmes qui travaillent dans des secteurs vitaux tels que la santé, l’éducation et la justice.

Des femmes d’action, des femmes qui font bouger les choses et qui créent des capacités.

Je suis également très impressionnée par le travail exceptionnel des femmes qui, sans bagage universitaire et parfois même analphabètes, se dévouent sans compter pour le bien-être de leurs communautés.

Grâce à leur jugement, à leurs connaissances et à leur sagesse, elles enrichissent leurs concitoyennes et leurs concitoyens.

Ces femmes jouent un rôle fondamental dans la création d’un consensus social lorsqu’il s’agit de s’attaquer à des questions difficiles, mais inévitables, telles que la planification familiale, l’intégrité physique des jeunes filles, la violence contre les femmes, l’accès à l’éducation, la sécurité alimentaire, la prévention du crime et la protection environnementale.

Je dois avouer que je suis particulièrement touchée par la manière dont ces femmes, de divers horizons, peuvent réunir leurs efforts et travailler pour le bien de la collectivité.

J’ai toujours estimé que le véritable pouvoir des femmes repose dans leur aptitude à privilégier avant tout la dimension humaine dans toute situation. Les femmes ont le don de rassembler les gens et de favoriser l’esprit communautaire.

Habiliter les femmes, c’est donner du pouvoir à leur nation tout entière.

Je tiens à le répéter. Habiliter les femmes, c’est donner du pouvoir à leur nation tout entière.

Répétons le toutes ensemble …

Il s’agit de croire en nous, en notre capacité d’absolument être convaincues de changer les choses pour le mieux. Nous devons saisir toutes les occasions possibles de faire entendre nos voix et de participer pleinement au développement de la société.

Nous devons avoir foi en nos rêves et les réaliser.

Nous devons toujours être convaincues que tout est toujours possible.

Je vous vois ici devant moi et je ne peux m’empêcher de penser à votre contribution des plus valables au développement économique de l’Afrique du Sud.

J’apprends avec bonheur que le nombre de femmes occupant des postes de leadership dans les entreprises s’est accru dans les dernières années.

Il n’en demeure pas moins que les femmes sont encore sous-représentées dans tous les secteurs de la population active. Une raison de plus pour prendre très au sérieux votre responsabilité en tant que modèles pour la génération montante.

En votre qualité d’employeurs, vous voudrez axer vos efforts sur le problème du chômage en Afrique du Sud et chercher à accroître la représentation des femmes au sein de la population active.

L’esprit d’entreprise est vivant en Afrique et il prend souvent le visage d’une femme.

J’ai rencontré tant de femmes qui, grâce à une petite somme obtenue sous forme de microcrédit, ont réussi à créer des emplois, à réaliser des profits, à rembourser leur prêt, et à devenir financièrement autonomes, tout en améliorant les conditions de vie de leurs familles et de leurs communautés.

Pour certaines Africaines, c’est une microentreprise qui les aide à sortir de la pauvreté.

Je suis donc ravie de souligner que le Canada joue un rôle actif à cet égard, en injectant des ressources considérables pour appuyer les initiatives de microfinancement en Afrique.

Je suis également heureuse de voir que les Africaines n’hésitent pas à s’engager dans des domaines non traditionnels, que ce soit comme mécaniciennes, ingénieures, chefs d’entreprise et, bien sûr, comme politiciennes.

Les hommes sont impressionnés, sinon dépassés, par la détermination, les réalisations et, disons-le, l’entêtement des Africaines.

J’oserais même dire que votre président reconnaît que les femmes qui sont au gouvernement travaillent mieux et avec plus d’acharnement que les hommes.

Le Canada croit à l’égalité des sexes. Il est encourageant de voir que de nombreuses Africaines commencent à occuper des postes de leadership dans divers secteurs d’activités.

Pensons à Wangari Maathai, lauréate du prix Nobel de la paix, qui pousse le monde entier à l’action pour sauver notre environnement. Pensons à Ellen Johnson-Sirleaf, présidente du Libéria et première femme d’Afrique à être élue chef d’État.

Ici, en Afrique du Sud, j’ai été impressionnée d’apprendre que 30 pour cent des membres du Cabinet et de l’assemblée législative sont des femmes. Ce taux est plus élevé que dans bien d’autres pays, y compris le mien!

Ces femmes sont responsables de portefeuilles importants.

Et n’oublions pas qu’il y a trois femmes juges qui siègent à votre cour constitutionnelle.

Et votre président adjoint est une femme. Une autre femme brillante que j’ai eu le plaisir de rencontrer hier.

Outre les exemples notoires de ce genre, il y a d’autres femmes qui sont également des chefs de file au sein de leurs communautés locales; elles sont enseignantes, professionnelles de la santé, administratrices et, bien sûr, femmes d’affaires.

Votre rôle en qualité de femmes d’affaires est d’une grande importance pour vos communautés respectives et pour la société en général. En faisant tourner la roue du commerce, lorsque vous achetez des biens et des services de fournisseurs ou que vous recrutez des employés pour votre entreprise, vous créez une prospérité qui, en fin de compte, profite à tous.

Je sais que vous êtes nombreuses, dans cette pièce, à posséder le désir de réussir et de vous surpasser. Récemment, j’ai appris qu’on trouve sur le site Web de votre association une section très informative intitulée « What Women Want » (Ce que veulent les femmes).

Fondée sur les résultats d’un sondage effectué en 2005, cette section contient une foule de renseignements sur des sujets tels que les relations entre deux personnes, le VIH/sida, et sur le nombre de femmes qui voudraient devenir présidente du pays.

Un des résultats que j’ai trouvé particulièrement intéressant porte sur l’attitude des Sud‑Africaines face au travail. Il s’avère que plus de la moitié des répondantes s’estimaient très privilégiées d’avoir un emploi, compte tenu du grave problème de chômage qui sévit.

Cependant — et c’est ce que j’ai trouvé encourageant —  près du quart des répondantes ont dit que leur travail actuel n’était qu’une étape en vue d’obtenir un meilleur emploi.

Ces femmes comprennent la sagesse du proverbe qui dit que « Le travail est la médecine des pauvres. » Car à mesure qu’on trouve un emploi plus rémunérateur, cela aide à améliorer notre sort et celui de nos familles, et à gravir les échelons de la prospérité.

Le Canada et les entreprises canadiennes s’affairent également dans d’autres secteurs, favorisant la prospérité ici, en Afrique du Sud, que ce soit au moyen d’investissements, de partenariats commerciaux, ou de l’import-export.

C’est un fait que l’Afrique du Sud est, de loin, le plus important partenaire commercial du Canada en Afrique subsaharienne. Les intérêts canadiens en Afrique du Sud sont importants et ne cessent de croître.

Pour vous en donner une idée concrète, sachez que le commerce entre nos deux pays a doublé au cours des cinq dernières années.

La force de nos relations commerciales se reflète dans la volonté constante de nos deux pays —  fondée sur un intérêt réciproque —  de libéraliser davantage l’environnement du commerce international.

Le Canada, avec la coopération de l’Afrique du Sud, est toujours déterminé à conclure une entente significative et valable dans le cadre des négociations de l’Organisation mondiale du commerce.

Nous cherchons tous deux à en arriver à une entente qui soit équitable et qui soit favorable aux intérêts des pays en développement.

Le Canada et l’Afrique du Sud sont tous deux profondément convaincus que la création d’un système de commerce libre et juste est essentielle, si l’on veut que les pays en développement connaissent un jour une croissance économique durable.

Je suis fort heureuse de souligner que, peu importe le secteur industriel, tous les investisseurs canadiens en Afrique du Sud se font un devoir de contribuer à l’atteinte des objectifs de la politique d’émancipation économique des Noirs.

Certaine grands investisseurs canadiens ont également mis en place des programmes complets permettant d’atténuer les effets néfastes du VIH/sida sur leurs travailleurs et les familles de ces derniers, en investissant de manière substantielle dans l’éducation concernant cette maladie, dans les soins de santé et dans des initiatives permettant d’accroître les possibilités d’emploi durable en milieu rural.

L’Afrique du Sud tient ces initiatives canadiennes pour un modèle de comportement que devraient adopter d’autres investisseurs.

Mais le plus important, ce sont les investissements canadiens qui, conformément aux priorités du gouvernement sud-africain en matière de développement des compétences, créeront des emplois durables axés sur le savoir en Afrique du Sud.

Tous ces développements sont très prometteurs pour le peuple sud-africain, mais il n’y a aucun doute qu’il reste encore beaucoup à faire.

Il est impératif que les Sud-Africaines et les Sud-Africains possèdent les compétences voulues pour réussir dans ces nouvelles industries.

Malgré les progrès des dernières années, les Africaines accusent encore un retard par rapport aux hommes, et ce dans toute l’Afrique, que ce soit leur niveau d’alphabétisme ou de scolarité.

Il faut commencer d’abord par l’éducation.

Comme l’exprimait si bien ma grand-mère, Dejanira, « le savoir est la clé du pouvoir et de la liberté. »

Tout au long de l’histoire, l’éducation a été le grand « niveleur » qui a permis aux gens d’acquérir l’expertise, les titres de compétence et la crédibilité qui anéantissent les fausses barrières fondées sur le milieu social ou le privilège.

L’éducation nous donne les outils requis pour apporter une contribution valable à notre monde.

Vous êtes toutes des chefs de file dans vos domaines, et dans vos quartiers. Vous êtes des modèles de réussite, vous qui avez confronté maints défis et obstacles qui ne cessent de s’élever devant vous.

En cette année du 50anniversaire de la marche historique des femmes sur les Édifices de l’Union, j’estime que  l’occasion est bien choisie pour célébrer le potentiel des Sud-Africaines et pour regarder l’avenir avec espoir et armés d’une mission nouvelle.

Sur ce continent, dans ce pays, les jeunes forment la grande majorité de la population et sont en quête d’espoir, de perspectives d’avenir et surtout, pour la majorité d’entre eux, de modèles de comportement.

Les femmes peuvent être une source d’inspiration pour les enfants de cette nation.

Vous et vos concitoyens et concitoyens avez tant accompli en si peu de temps.

Je sais qu’il vous reste encore un bout de chemin à faire, mais quand je vois toute cette magnifique diversité de visages et d’âges dans la salle, il ne fait aucun doute dans mon esprit que vous avez pour responsabilité de réussir et de travailler sans relâche à l’habilitation des Sud-Africaines.

Mais pour y parvenir, les femmes doivent pouvoir s’épanouir sans contraintes et sans peur. C’est un droit fondamental.

Comme le dit le président Mbeki, « Aussi longtemps que séviront la violence contre les femmes, le viol d’enfants, de jeunes et de femmes âgées, nous devons reconnaître que nous sommes encore loin de réaliser le but critique qu’est l’émancipation des femmes. »

Je vous remercie de tout cœur.