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Édition 2006 du gala Œuvres magistrales
Toronto, le jeudi 26 octobre 2006
SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS
« La mémoire est l’avenir du passé » Cette formule de l’écrivain Paul Valéry résume fort bien l’enjeu de la culture au XXIème siècle qui repose sur le maintien de la mémoire audiovisuelle.
Assurément la mémoire audiovisuelle est essentielle à la survie de l’humanité, mais c’est une mémoire fragile. À l’échelle internationale, 80% des archives sont menacées de disparition. C’est vrai dans les pays pauvres qui n’ont pas les moyens techniques et financiers d’assurer les opérations de sauvegarde et de survie; c’est vrai aussi dans les pays riches, aux États-Unis par exemple — mais aussi au Canada — si les dirigeants refusent de s’engager clairement dans la préservation du patrimoine audiovisuel.
Peut-on garder le silence et accepter que s’efface pour toujours le patrimoine audiovisuel du XXème siècle?
Des situations extrêmes peuvent nous donner indirectement une réponse et une leçon. En Afghanistan, par exemple, les images reviennent de loin et l’ont échappé belle. Sous le régime des taliban, de septembre 1996 à décembre 2001, le cinéma et la télévision ont été bannis, de même que la radio et la chanson, et, ont été remplacés à longueur de jour par les litanies du Coran.
Pendant tout ce temps, au péril de leur vie, des fonctionnaires ont caché des bandes sonores, des films d’actualités et des fictions. 14000 heures de télévision et 30000 heures de radio ont été ainsi sauvées. Elles sont aujourd’hui essentielles pour contribuer à reconstruire le tissu social du pays. Car il ne peut y avoir d’avenir pour une population qui ne plus reconstituer son passé.
Il y a là une grande leçon pour nous, mieux nantis en moyens de conservation et qui oublions trop souvent à quel point, sans soins particuliers, notre patrimoine audiovisuel est confronté au temps et menacé par l’éphémère.
On sait maintenant que les supports analogiques ne résistent pas au temps et qu’ils condamnent le patrimoine mondial audiovisuel à être le protagoniste d’une tragédie moderne : celle de la mort de notre mémoire collective. Pourtant cette tragédie est évitable. Passer de l’analogique au numérique pourrait sauver toute la mémoire du monde.
Je viens de le rappeler : la technologie numérique promet une vie longue et renouvelable à ce patrimoine. Il faut donc que notre société mette tout en œuvre pour protéger cette mémoire audiovisuelle dont la valeur est inestimable et qui souffre déjà d’une dégradation invisible et inaudible. Elle fait partie du trésor de l’humanité au même titre que les pyramides ou les cathédrales.
Selon l’UNESCO, le patrimoine audiovisuel mondial, hors cinéma, est évalué à 200 millions d’heures, partagées également entre télévision et radio. Selon les supports, l’espérance de vie des documents varie de quelques années, mais j’ai retenu une seule donnée : d’ici dix ans, tout aura disparu.
Il y a urgence en la demeure. De nombreux documents existent sur des supports fragiles et désuets. Certains ne sont plus lisibles car les appareils de lecture ont disparu.
Je sais à quel point les membres du Trust pour la préservation de l’audiovisuel du Canada sont sensibles à ces propos. Je sais aussi que vous travaillez à souligner l’importance de la conservation et de l’exploitation du patrimoine audio-visuel canadien. Le Gala annuel des Œuvres magistrales en est une preuve éclatante. Je suis évidemment de tout cœur avec vous et je vous assure de mon appui le plus fervent.
Merci.
