Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du déjeuner avec les délégués au American College of Trial Lawyers US-Canada Exchange de 2007

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Rideau Hall, le jeudi 27 septembre 2007

SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS

C’est avec grand plaisir que je vous accueille à Rideau Hall et que je souhaite la bienvenue au Canada à nos invités spéciaux.

J’aimerais en profiter pour remercier la juge en chef de la Cour suprême du Canada pour le travail qu’elle accomplit en qualité de présidente du Conseil de l’Ordre du Canada.

L’Ordre du Canada, qui marque cette année son quarantième anniversaire, est la plus haute récompense du Régime canadien de distinctions honorifiques.

Cette marque de reconnaissance permet de souligner et de célébrer l’excellence dans toutes les sphères d'activités. 

Mais cette récompense est  aussi, et peut-être surtout, une source d’inspiration et une incitation à l’action.

Car comment ne pas voir une source d’inspiration en celles et ceux qui, par leurs gestes, leur dévouement, leur persévérance et leur engagement, ont pavé la voie d’un monde meilleur?

Comment ne pas saluer les actions de celles et ceux qui ont surmonté tous les obstacles, qui ont vu grand au lieu de se replier sur eux-mêmes, qui ont toujours cherché à se dépasser et qui ont fait de l’impossible leur ligne d’horizon?

Nos citoyennes et citoyens qui deviennent membres de l’Ordre du Canada reflètent ce qu’il y a de mieux en nous.

Je tiens également à vous dire toute l’admiration que j’ai pour votre organisation, l’ACTL, l’American College of Trial Lawyers.

Étant donné les nombreux éléments qui unissent nos deux pays, j’estime que ce collège d’avocats plaidants est un incomparable forum de discussions valables qui apportent autant, j’en suis convaincue, aux juristes canadiens qu’américains.

George Washington a prononcé cette célèbre phrase : « L’administration de la justice est le pilier le plus ferme d’un bon gouvernement. » Au Canada, c’est un principe qui nous tient à cœur. Tout au long de notre histoire, de l’Acte de Québec de 1774 jusqu’à notre Charte des droits—et depuis—nos lois ont aidé à façonner notre pays et notre société.

Par ailleurs, nombreux sont les juges, notamment la juge en chef McLachlin, qui apportent une aide inestimable à d’autres pays pour l’établissement de systèmes juridiques efficaces. Au cours de mes visites officielles en Haïti ainsi que dans plusieurs pays africains et en Afghanistan, j’ai pu constater à quel point leur travail est nécessaire dans les démocraties émergentes. 

Aujourd’hui, les citoyennes et citoyens des États-Unis et ceux du Canada ont recours aux tribunaux et aux systèmes juridiques pour trouver des solutions aux nouveaux défis dans une réalité sociale qui change constamment.

Je sais, par exemple, que vous avez abordé la question suivante : « Les libertés civiles dans une période où règne l’insécurité. » Voilà un sujet qui touche aussi bien la population d’ici et des États-Unis que les citoyennes et citoyens de tous les pays.

Il est évidemment difficile d’en arriver à un juste équilibre, car les juges et les avocats sont là pour aider à assurer notre sécurité et à protéger nos libertés. C’est pourquoi cet équilibre dont nous jouissons témoigne de la solidité du système en place dans nos pays respectifs, un système fondé sur la règle du droit, la démocratie et la justice.

Toutefois, les juristes ont d’autres enjeux de taille à relever, tant aux États-Unis qu’au Canada. Nul ne peut nier que la société évolue à un rythme très rapide et, en tant que piliers de la société, les systèmes juridiques et les tribunaux doivent évoluer eux aussi.

Ainsi, l’une des grandes questions qui pourrait être abordée est celle de l’équité d’accès au système juridique pour les personnes de milieux défavorisés.

Le président de l’ACTL a écrit au sujet de l’importance de renverser la tendance actuelle qui privilégie les procès devant jury et de l’importance de protéger l’indépendance de la magistrature.

Je conviens que ce sont là deux questions cruciales, et j’estime que l’idée de favoriser un meilleur accès pour les personnes démunies va dans le même sens.

Il est encourageant, par exemple, de voir que certaines et certains d’entre vous sont ouverts au concept de « justice réparatrice », ce modèle de justice traditionnel qui est propre aux communautés autochtones de nos deux pays.

Cette solution de rechange au système de justice pénal actuel est  parfois appelé  « cercle de sentences » ou « cercle de sentences autochtones ».

Ce modèle est de plus en plus reconnu à l’échelle internationale, surtout depuis la résolution adoptée par l’ONU en 2002 sur la politique et les pratiques de justice réparatrice.

Le Canada a constaté les bienfaits de cette approche, par exemple un taux de satisfaction plus élevé de la part des victimes et des  communautés, et la réduction des récidives.

Ce que toutes ces idées ont en commun, c’est la nécessité d’être ouverts au changement. Tout comme le rôle public qu’il m’a été donné de remplir, le système juridique est une institution permanente et fiable mais qui, en même temps, évolue constamment.

En effet, on modifie ou abolit d’anciennes lois, on débat des projets de loi et on adopte de nouvelles lois. Et en tout temps, les avocats et les juges, éclairés par leur savoir, leur sagesse et leurs concepts de ce qui est correct et de ce qui ne l’est pas, créent des précédents, ce qui aide nos sociétés à évoluer.

Votre travail est fascinant, et grâce au rôle clé que vous jouez, vous êtes en mesure d’assurer la justice pour toutes et tous et de concrétiser dans les faits la notion d’égalité. Je suis donc impatiente d’enrichir mes connaissances en vous écoutant.

En terminant, je souhaite à toutes et à tous le plus grand succès dans vos délibérations.

Je vous remercie beaucoup pour notre rencontre d’aujourd’hui.