Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du 10e anniversaire de l’Alliance nationale pour les enfants et les jeunes

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Ottawa, le mardi 14 novembre 2006

C’est pour moi un tel honneur de me joindre à vous aujourd’hui, alors que vous célébrez votre 10anniversaire et vous apprêtez à vous lancer dans une nouvelle et stimulante aventure, maintenant que vous portez le nom d’Alliance nationale pour les enfants et les jeunes.

Après avoir reçu votre invitation, j’ai fait des lectures pour me renseigner davantage sur votre organisation, et j’ai été fascinée par les efforts extraordinaires que vous avez déployés pour que les besoins et les droits des enfants figurent au sommet de votre programme national. Grâce aux diverses ressources que vous avez réussi à rassembler, aux nouveaux partenariats que vous avez pu nouer et au dialogue que vous avez facilité sur une panoplie « d’enjeux complexes », vous nous avez vraiment aidés à mieux comprendre les défis auxquels les enfants font face au Canada.

Nous devrions tous nous montrer très attentifs aux besoins et aux droits des enfants, car ne sont‑ils pas souvent les membres les plus vulnérables de la société? Le travail exemplaire que vous accomplissez à cet égard démontre bien l’engagement que vous avez pris de faire en sorte que tous les enfants du Canada puissent jouir de leurs droits et des possibilités qui s’offrent à eux.

Avant de faire carrière comme journaliste à la télévision vers la fin des années 1980, j’ai moi-même œuvré pour améliorer les capacités du secteur des ONG—dans mon cas, il s’agissait de combattre la violence contre les femmes. Je sais trop bien quels défis doivent être surmontés lorsqu’on travaille dans le cadre d’énormes collaborations, pour tenter de faire le consensus et briser les « silos » isolés. Il peut être parfois assez exigeant d’œuvrer dans le secteur non lucratif et bénévole; souvent, il faut faire les choses « sans budget », travailler inlassablement pendant de longues heures pour rédiger une multitude de versions d’un rapport.

Mais, au bout du compte, tous ces efforts en valent la peine, particulièrement en ce qui vous concerne, puisque les problèmes qui se posent aux jeunes Canadiennes et Canadiens demeurent énormes.

Je dois avouer qu’en tant que gouverneure générale du Canada, mais également en tant que mère d’une fillette de sept ans, les défis auxquels les jeunes doivent faire face dans notre société me préoccupent au plus haut point.

C’est la raison pour laquelle j’ai voulu que les jeunes figurent en tête de liste des priorités de mon mandat. J’ai toujours eu la profonde conviction que l’avenir de notre pays et du monde repose entre leurs mains; il importe donc de déployer tous nos efforts pour leur offrir, dès à présent, l’environnement le plus enrichissant possible, un environnement qui favorise leur plein épanouissement de sorte qu’ils deviennent des êtres forts, confiants, déterminés.

Peu après mon installation comme gouverneure générale, j’ai entrepris un périple des plus intéressants qui m’a amenée à voyager d’un océan à l’autre. Cette aventure m’a permis de rencontrer des Canadiennes et des Canadiens et de connaître leurs préoccupations, leurs aspirations et les efforts qu’ils font pour améliorer le bien-être de leurs communautés. Dans chaque  province et territoire que j’ai visités, j’ai pris le temps de m’asseoir avec des jeunes pour les entendre me parler de leurs points de vue sur le présent et l’avenir de notre pays.

Trop souvent, nous considérons les jeunes comme des fauteurs de troubles ou comme des « cas »  nécessitant une protection.

Vous connaissez ces vieux clichés : « les jeunes sèment le trouble », « ils ne savent pas ce qu’ils veulent », « ils se fichent de tout ».

De telles attitudes ont eu pour effet de nous priver de certaines des ressources les plus riches de notre pays : les idées, le dynamisme et l’énergie créatrice des jeunes Canadiennes et Canadiens.

J’ai rencontré un grand nombre d’enfants et de jeunes qui m’ont parlé des obstacles qu’ils doivent surmonter pour se faire entendre. Ils m’ont parlé du refus de la société de leur accorder le même respect qu’aux adultes. Et ils ont également expliqué comment l’indifférence de la société fournit aux éléments criminels l’occasion de manipuler et d’attirer facilement à eux celles et ceux qui ont perdu tout espoir et qui se sont aliénés.

En contrepartie, les jeunes m’ont également parlé de projets très prometteurs auxquels ils travaillent pour apporter des changements positifs au sein de leurs communautés. Ils m’ont fait part de certaines idées  quant aux façons dont nous pourrions tous collaborer  pour rejoindre les jeunes les plus isolés de notre société. Or, il arrive trop rarement que nous entendions parler de ces efforts pourtant très intéressants et qui témoignent clairement de l’engagement des jeunes, leur désir de contribuer à l’édification d’une société plus juste.

Les jeunes ont indéniablement besoin d’espaces, où ils peuvent se sentir à l’aise de faire entendre leurs voix. Souvent, trop peu répondent adéquatement, et avec force hésitations, à leurs cris de détresse et à leurs idées créatrices.

D’autres ne voient dans les jeunes que les leaders de demain, refusant de les reconnaître en tant que les leaders d’aujourd’hui et de les inclure dans la communauté.

Il est crucial que nous permettions à nos jeunes de faire entendre leurs voix, particulièrement les voix de celles et de ceux que la société a exclus.

Nous devons les accompagner dans la poursuite de leurs rêves et de leurs aspirations.

Chaque jeune a la capacité d’imaginer un monde meilleur et de travailler en vue de réaliser ses rêves.

Ne pas tenir compte de ce potentiel revient à perdre une partie de ce que nous sommes en tant que pays.

Il y a à peine un mois, j’assistais à un débat ouvert à Toronto, avec 200 jeunes de foyers d’accueil ou confiés à la protection de la jeunesse. J’ai été touchée par leur honnêteté. J’ai parfois été troublée par les expériences qu’ils ont vécues. Mais j’ai été encouragée par le dynamisme de leurs idées et par leur foi inébranlable dans leur capacité de changer les choses pour le mieux.

J’étais là, entourée d’un groupe de gens que plusieurs membres de notre société avaient déjà laissés pour compte.

Quelle magie que de voir briller dans leurs yeux une étincelle d’espoir et de fierté, lorsque je leur ai demandé de me raconter leurs histoires, de m’expliquer comment ils voyaient le monde, et de me faire part de ce qu’ils comptaient faire pour apporter des changements significatifs dans leurs communautés. J’ai été tout à fait impressionnée!

En tant que 27e gouverneur général du Canada, je me suis engagée à faire de cette institution un espace vivant, où les jeunes peuvent faire entendre leurs voix. J’ai également promis d’agir comme un tremplin afin de pouvoir transmettre aux décideurs les préoccupations et les aspirations des jeunes Canadiennes et Canadiens.

C’est avec le plus grand enthousiasme et par divers moyens, dont le nouveau volet de notre site Web intitulé À l’écoute des citoyens, que je compte accompagner les jeunes dans leurs efforts pour changer leurs communautés d’une manière positive. Mais je ne peux le faire seule.

La somme de vos efforts et de vos contributions peut changer de façon significative la vie de nos enfants.

Encore une fois, je vous remercie pour votre invitation et vous félicite à l’occasion de votre anniversaire.