Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une visite à l’école Peter Pitseolak

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Cape Dorset, le vendredi 21 avril 2006

Je me faisais une joie de vous rencontrer et je suis heureuse que vous soyez sur les bancs de l’école après-midi. Votre accueil me touche profondément. En guise de remerciement et pour souligner le 80e anniversaire de Sa Majesté la reine Élizabeth II, je vous ai apporté un cadeau. Je remets aux écoles et à la communauté de Cape Dorset 30 livres pour enfants, écrits par des auteurs canadiens et publiés en inuktitut, en français et en anglais. J’espère qu’ils seront pour vous sources de connaissances et de plaisir.

Comme vous le savez, notre pays est né de la rencontre de plusieurs cultures, et celle du peuple inuit remonte au fondement même de notre histoire. Nous devons l’affirmer dans toutes les salles de classe de ce pays et notamment ici, au Nunavut, où les Inuits composent plus de 85 p. 100 de la population.

Tous vos efforts pour maintenir vos traditions, vos expériences et l’inuktitut sont une richesse non seulement pour vous, mais pour le monde entier. Vous êtes un signe d’espoir pour ceux et celles qui cherchent à préserver leur culture. Vous êtes un peuple unique et des modèles pour nous tous. Cela devrait vous encourager à continuer.

Je suis la maman d’une petite fille qui aura bientôt sept ans et qui s’appelle Marie-Éden. Elle est née comme moi dans le pays le plus pauvre des Amériques. Je tiens à ce que Marie-Éden et tous les enfants du Canada aient les moyens de s’épanouir. C’est pourquoi j’ai fait de vous, les jeunes, ma priorité. Je suis convaincue que l’avenir de vos communautés et du Canada tout entier repose entre vos mains, et qu’il faut bien préparer la jeunesse à prendre la relève. J’aimerais vous dire aussi que le présent repose sur votre bonheur et votre envie de vivre. Voilà la raison pour laquelle je suis venue sonder vos cœurs, comme je le fais avec ma propre fille.

Pour moi, il est essentiel de donner la parole à toutes les personnes de ce pays, les petits comme les grands, les jeunes comme les adultes. Chacune et chacun d’entre nous a la possibilité d’être heureux et d’améliorer le monde. Il faut se parler et savoir écouter. Les enfants du Sud ont tout à apprendre des enfants du Nord. Les enfants du Sud aimeraient rencontrer les enfants du Nord. Tous les enfants rêvent d’une même chose et c’est d’un monde meilleur. Et, pour le réaliser, il faut rester vivant et savoir que la vie est notre bien le plus précieux, même lorsque nous connaissons des épreuves qui nous feront grandir.

Je sais qu’il n’est pas toujours facile pour vous, les jeunes, de trouver votre place. Que vous êtes souvent tiraillés entre deux mondes : celui que vos parents et vos grands-parents ont connu et celui dans lequel vous vivez désormais. Mais l’un n’exclut pas l’autre, bien au contraire. Les deux sont complémentaires. C’est de là que vient votre force.

Peter Pitseolak, à qui votre école est dédiée, est un modèle en ce sens. Profondément attaché à la culture inuite, il s’est servi de l’écriture, qu’il avait apprise des missionnaires, pour raconter l’histoire de votre peuple. Il a aussi utilisé l’appareil photo et la caméra, des technologies associées à la modernité, pour témoigner de la présence inuite sur ce territoire.

L’éducation traditionnelle que vous transmettent vos aînés est une richesse inestimable. Demandez-leur de vous raconter, encore et encore, ces histoires qui ont marqué leur vie. Elles permettent de mieux comprendre et d’apprécier la culture dans laquelle vous grandissez et que vous ferez découvrir à vos amis du Sud. Mais sachez que les choses que vous apprenez à l’école sont tout aussi précieuses. Vous devriez vous sentir tout à fait à l’aise de partager ce que vous apprenez de vos aînés.

Souvenez-vous que plusieurs jeunes en ce monde n’ont pas votre chance et que, pour eux, aller à l’école est un rêve inaccessible. Cette possibilité n’existait pas pour bon nombre des aînés. Ma grand-mère disait toujours : « L’éducation, mes enfants, est la clé de la liberté. »  Ella avait raison. Il s’agit de la liberté de choisir. Car, grâce à l’éducation, beaucoup plus de choix s’offrent à vous.

J’aime bien raconter une aventure personnelle que j’ai vécue dans mon pays d’origine, Haïti, où j’étais retournée pour préparer un documentaire. Le hasard a voulu que je rencontre là-bas, dans le village où ma mère est née, un petit garçon, dont les parents étaient très pauvres, et qui faisaient plusieurs sacrifices pour que l’un de leurs enfants puisse étudier. Ce petit garçon qui marchait plusieurs kilomètres tous les jours pour se rendre à l’école m’a confié à quel point il était reconnaissant de l’aide de ses parents qui ne savaient ni lire ni écrire pour lui permettre d’obtenir une éducation pendant que ses frères et sœurs devaient travailler pour assurer la survie de sa famille. Il savait que grâce aux connaissances qu’il allait acquérir, il aurait un jour les moyens d’améliorer la vie des siens et de sa communauté. Il voulait devenir professeur ou médecin. Il voulait nourrir les esprits ou guérir les corps.

L’histoire de ce petit Haïtien me touche beaucoup. Pas seulement parce qu’elle parle du courage d’un jeune et de sa famille qui l’aide à réaliser son rêve. Mais parce qu’elle me rappelle à quel point nous sommes, en ce pays, tellement chanceux d’accéder aussi facilement à l’éducation. Je veux que vous en profitiez pleinement, en pensant à cette histoire. Et que vous sachiez de quel trésor vous disposez. Je remercie chaleureusement vos directeurs et vos professeurs qui vous guident dans cette quête de connaissances.

Mais si je suis ici aujourd’hui, c’est surtout pour vous entendre parler. J’aimerais que vous me racontiez comment vous vivez et ce que l’école a apporté à vos vies. Que vous me disiez aussi les difficultés auxquelles vous êtes confrontés. Et que vous me parliez de vos traditions que vous avez à cœur de préserver. Moi, à mon tour, j’aimerais parler de vous et de vos écoles partout où j’irai au Canada et dans le monde. Et j’ai besoin de votre aide pour qu’ensemble nous fassions reculer tous les préjugés qui naissent de l’incompréhension. Je veux que vous soyez des exemples pour tous les jeunes qui ont besoin d’espoir et qui ne demandent qu’à croire que tout est possible lorsqu’on y met du sien. Je suis fière de vous et je sais que je peux compter sur vous.

Je vous remercie de m’accueillir aujourd’hui. Je suis si heureuse de vous connaître. Maintenant, mangeons du gâteau.