Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’un dîner officiel offert par le premier ministre du Nunavut

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Iqaluit, le mardi 18 avril 2006

C’est un honneur pour mon mari Jean-Daniel Lafond et moi-même de nous retrouver parmi celles et ceux qui ont contribué à la naissance de ce territoire et qui assurent son évolution et notre souveraineté.

J’ai un souvenir très net de la création du Nunavut au printemps de 1999. Nous nous étions attroupés dans la salle de nouvelles pour regarder la carte du Canada redessinée. Nous avons regardé attentivement et avec émerveillement l’immense superficie de ce nouveau territoire étoilé de noms inuits : deux millions de kilomètres carrés; vingt pour cent de toute la superficie du Canada.

Nous nous sommes mis à nous rappeler les étapes de cette grande aventure vers l’autonomie gouvernementale. Votre prise de conscience, au tournant des années 1970, de la nécessité de gérer vous-mêmes votre territoire, vos ressources et votre population pour préserver votre identité, votre culture, vos langues, votre savoir ancestral. La signature, en 1992, de l’entente visant la création du Nunavut. Et la reconnaissance du statut officiel du territoire le 1er avril 1999. Il n’avait fallu que trente ans au peuple inuit pour réaliser ce rêve plus grand que nature.

Cette aventure se poursuit aujourd’hui et elle est pleine de promesses. Cela dit, et vous le savez mieux que quiconque, les défis restent grands. Le passage vers un mode de vie plus sédentaire; le manque d’infrastructures alors que la population ne cesse d’augmenter; la difficulté de plusieurs familles à joindre les deux bouts dans une économie de marché; la nostalgie des aînés; la détresse des jeunes, écartelés entre la tradition et un avenir qui leur semble bouché. Voilà autant de situations qui vous préoccupent et qui ne doivent pas nous laisser indifférents. Car, du Nord au Sud, nous sommes tous concernés.

La violence faite aux femmes et le suicide chez les jeunes inuits me touchent particulièrement. Le respect absolu de la dignité des femmes, leur droit à la sécurité, de même que la nécessité de raviver l’espoir des jeunes, voilà qui est primordial et qui relève de notre responsabilité collective. Il y va de notre capacité de construire un monde nouveau où nous pourrions vivre mieux, un monde où l’on ferait une plus grande place au dialogue entre les hommes et les femmes, entre les cultures et les générations. Un monde dont nous pourrions être si fiers.

À titre de gouverneure générale, je me suis engagée à briser les solitudes. Par solitudes, j’entends toutes les formes d’exclusion nées de l’incompréhension et des préjugés fondés sur l’âge, le sexe, le statut social, la race, les croyances ou les capacités. Je veux que chacune et chacun ait voix au chapitre. Je veux aller au-devant des préoccupations des jeunes, des aînés, des femmes, des familles, si dures soient-elles. Je veux rencontrer les citoyens dans leurs villages, leurs écoles, leurs centres communautaires et culturels. Je veux aller là où ils vivent. C’est dans cet esprit que je suis venue à votre rencontre, ici à Iqaluit, et bientôt à Cape Dorset, où je réaliserai un vieux rêve : dormir dans un igloo, cet habitat si intimement lié à votre mode de vie ancestral.

J’ai la certitude que le présent s’enrichit de l’expérience du passé. Et, en route vers l’avenir, chaque mot compte, chaque geste importe. Le monde est sans limites pour celles et ceux qui voient loin et qui rêvent grand. Chacune et chacun d’entre nous faisons partie de la solution aux problèmes auxquels nous sommes confrontés.

Monsieur le Premier ministre, Nunavutoises et Nunavutois, je vous remercie de cet accueil chaleureux que vous nous avez réservé, à moi et à mon mari. Ce que nous avons vu et entendu à ce jour parmi vous est d’une telle richesse. Les sujets importants que nous avons abordés, les histoires touchantes que vous avez partagées avec nous, les leçons que vous nous avez apprises. Sachez que vous trouverez toujours en nous des alliés.

Et je formule enfin le vœu que ce premier voyage officiel au Nunavut ne soit que le début d’une longue et fructueuse collaboration. Je souhaite de tout cœur revenir parmi vous, ici, dans un avenir rapproché.