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Halifax, le mardi 29 mai 2012
Je vous remercie de m’avoir invité ici aujourd’hui pour conclure cet important congrès des collèges et instituts technologiques.
Permettez-moi de commencer par une simple question. Naturellement, comme vous êtes vous-mêmes à la fois des enseignants et de grands penseurs, vous savez que les questions simples sont souvent celles auxquelles il est le plus difficile de répondre!
Ma question est la suivante : Qu’espérons-nous accomplir avec ce rassemblement ici, à Halifax?
Je vais tenter d’y répondre du mieux que je peux : avec une histoire.
L’histoire se déroule sur un autre continent — au Brésil — où je suis allé récemment en visite officielle, à titre de gouverneur général.
Cette visite a été pour le moins fascinante. Ceux parmi vous qui sont allés au Brésil savent qu’il s’agit d’un pays merveilleusement dynamique et diversifié. Il l’a toujours été, mais aujourd’hui, les Brésiliens semblent avoir encore plus d’énergie et de motivation.
La trajectoire de la nation brésilienne est impressionnante. Le Brésil est considéré comme un chef de file politique, économique et culturel partout dans les Amériques et ailleurs. Sao Paulo bouillonne d’innovation et de productivité et pour la première fois, en 2016, les Jeux olympiques auront lieu en Amérique du Sud, à Rio de Janeiro.
Plus important encore, depuis dix ans, le Brésil a fait beaucoup de chemin sur la voie de l’élimination de la pauvreté et de l’inégalité des revenus.
Ce sont des développements remarquables, mais la raison pour laquelle j’envisage avec autant d’optimisme l’avenir du Brésil, c’est l’importance croissante que donnent les Brésiliens à l’apprentissage.
Je ne parle pas de l’apprentissage pour certains privilégiés, mais plutôt de l’apprentissage pour tous. Il y a quelques années, le Brésil est arrivé à la croisée des chemins — un point critique, où il fallait prendre des décisions d’une portée considérable.
À la croisée des chemins, les Brésiliens ont délibérément choisi le genre de société qu’ils voulaient.
Ils ont reconnu que le bien-être des pays et des populations, dans le contexte d’une complexité grandissante et de la mondialisation, dépendra de notre capacité à développer et à faire avancer notre apprentissage.
Ils ont pris conscience du fait que les connaissances, plus que les forces militaires ou le produit intérieur brut, leur serviraient de passeport vers la réussite au 21e siècle.
Ils ont vu que l’apprentissage et l’innovation sont fondamentaux pour édifier des communautés averties, prospères et bienveillantes.
En connaissance de cause, le Brésil a choisi l’éducation, l’édification d’une société apprenante, qui repose sur l’égalité des chances et l’excellence.
Les Brésiliens se tournent vers le monde pour y parvenir — notamment vers le Canada, qui constitue à plusieurs égards un partenaire idéal pour l’apprentissage puisqu’il est depuis toujours déterminé à garantir l’égalité des chances et l’excellence dans l’éducation, mais aussi dans une société diversifiée, multiculturelle.
Maintenant que j’ai décrit le contexte, permettez-moi de vous raconter l’histoire que je vous ai promise il y a un moment.
C’est l’histoire de deux femmes indigènes très courageuses et déterminées, qui m’ont été présentées à Brasilia, l’impressionnante capitale du Brésil.
Ces deux femmes sont venues à Brasilia du nord-est du Brésil pour parler de leur participation au programme Mulheres Mil — aussi connu sous le nom de projet des 1000 femmes. Vous connaissez peut-être ce partenariat, qui repose sur un modèle élaboré par le Red River College pour adapter les programmes de formation aux besoins culturels spécifiques des femmes autochtones au Manitoba.
Rapidement, un certain nombre de collèges regroupés au sein de l’Association des collèges communautaires du Canada ont offert leur savoir-faire au ministère brésilien de l’Éducation, avec l’appui de l’Agence canadienne de développement international. Les Brésiliens ont fait appel au leadership des collèges canadiens, pour rejoindre des populations marginalisées et sous-représentées — c’est ainsi qu’est né le programme Mulheres Mil.
Pour avoir eu le privilège de rencontrer en personne deux participantes à ce remarquable programme, je peux vous dire qu’une certaine lumière brillait dans leurs yeux.
J’ai reconnu cette lumière. Comme j’ai été enseignant et administrateur d’université pendant une bonne partie de ma vie et de ma carrière, au fil des ans, j’ai eu la bonne fortune de rencontrer de nombreux étudiants passionnés et enthousiastes.
Dans leurs yeux, j’ai vu la soif de compétences et de connaissances, celle des gens qui connaissent le pouvoir de l’apprentissage et qui sont déterminés à profiter au maximum de leurs études.
Et c’est exactement ce qu’elles font. Ces deux femmes sont des mères déterminées à gagner leur vie et à donner une vie meilleure à leurs enfants en apprenant.
En les écoutant, j’ai compris que nous étions témoin de la force bénéfique la plus puissante au monde — l’amour d’une mère pour ses enfants.
L’une d’entre elles m’a dit ce qui suit au sujet de l’impact du programme Mulheres Mil :
« Il nous a sauvé la vie. »
Imaginez comment vous vous sentiriez si vous étiez la première personne de votre famille à obtenir un diplôme ou à apprendre à lire. Imaginez à quel point un tel accomplissement changerait votre vie et vos perspectives.
Northrop Frye a écrit ce qui suit :
« L’analphabétisme est un problème tout aussi fondamental que celui de ne pas manger à sa faim ou d’être sans toit. »
L’une des participants au programme Mulheres Mil — qui était analphabète, mais qui sais maintenant lire — a dit qu’être analphabète est comme être aveugle et que, maintenant, elle voit!
En travaillant ensemble, les Canadiens et les Brésiliens donnent aux femmes défavorisées du nord et du nord-est du Brésil l’occasion de perfectionner leurs compétences et leur apprentissage. Ce qui est si essentiel, c’est que ces femmes transmettent déjà leur passion de l’apprentissage à leurs propres enfants, en cherchant à garantir leur éducation.
Et grâce à la merveilleuse réciprocité qu’inspire si souvent l’apprentissage, certaines d’entre elles veulent même devenir enseignantes!
Ce programme innovateur a pour effet net d’augmenter les réserves d’une ressource humaine particulièrement précieuse : l’espoir.
Il s’agit du genre d’espoir qui transcende les barrières linguistiques et culturelles et dont tous les gens ont besoin.
Le développement humain, ne l’oublions pas, revient au fond à donner un plus grand choix aux gens pour qu’ils puissent mener une vie qu’ils apprécient. Et l’éducation — bien qu’elle n’offre aucune garantie — reste néanmoins le principal moyen qui nous permet d’élargir nos choix et de nous épanouir comme êtres vivants.
Il est certain que des programmes comme Mulheres Mil conduiront à l’édification d’une société apprenante à la fois plus avertie et bienveillante.
La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, en est convaincue. Reconnaissant la réussite remarquable du projet des 1000 femmes, la présidente Rousseff a récemment annoncé que ce programme sera déployé à l’échelle nationale, pour rejoindre 100 000 femmes d’ici 2014.
Il s’agit là d’un merveilleux exemple de notre capacité de bâtir un monde meilleur en faisant appel à la créativité, à la collaboration et à la compassion. Il nous enseigne qu’il faut commencer à petite échelle — comme ici, à l’échelle du collège — pour prendre ensuite de l’envergure et avoir un impact encore plus grand.
En effet, comme j’en ai parlé avec la présidente Rousseff : pourquoi se limiter à 100 000 femmes? Pourquoi ne pas chercher à aider les millions qui vivent encore dans la pauvreté au Brésil et dans le monde entier — y compris ceux qui sont marginalisés ou mécontents ici, au Canada?
Nous pouvons faire plus. Nous le devons.
Je tiens à féliciter l’Association des collèges communautaires du Canada pour son leadership, ainsi que les nombreuses personnes et les nombreux établissements qui ont contribué à la réussite de Mulheres Mil.
Je sais qu’il y a beaucoup d’autres réussites en cours dans les communautés de partout, au Canada et à l’étranger, auxquelles participent les collèges pour développer les compétences, les capacités et l’apprentissage.
Au début de mon allocution, j’ai demandé ce que nous espérions accomplir. La réponse, c’est que nous voulons enrichir d’espoir la vie des gens grâce à l’apprentissage.
Nous sommes aussi ici pour apprendre les uns des autres et nous enrichir mutuellement de nos diverses expériences de l’enseignement. Dans cet esprit, je veux vous inviter à poursuivre votre apprentissage comme enseignants, innovateurs et dirigeant de nos collèges.
Comme vous le savez, notre plus grand potentiel réside dans ce que nous avons encore à apprendre.
À titre d’établissements apprenants, les collèges doivent constamment se poser la question suivante : que nous enseigne notre expérience de l’enseignement? Pour reprendre l’exemple de tout à l’heure, que pouvons-nous apprendre de ces 1000 femmes? Que pouvons-nous apprendre des conditions dans lesquelles elles vivent, et que nous apprennent-elles au sujet de la résilience, de l’innovation et de la créativité? Je peux vous assurer que pour vivre dans la pauvreté, il faut avoir une abondance des trois.
Comme enseignant, Ernest Boyer a écrit que le processus de la découverte et de l’application des connaissances est dynamique — beaucoup comme la frontière floue entre l’enseignant et l’élève. Voici ce qu’il dit :
« Une nouvelle compréhension intellectuelle peut découler de toute application — qu’il s’agisse d’un diagnostic médical, de servir des clients en psychothérapie, d’élaborer des politiques publiques, d’une création architecturale, ou de travailler avec des écoles publiques. Toutes ces activités, en théorie et en pratique, sont vitalement reliées entre elles et se renouvellent les unes les autres. »
Dans le monde d’aujourd’hui, l’apprentissage — et l’enseignement — n’ont pas de fin. Ils ne devraient jamais cesser non plus.
Les collèges et instituts technologiques occupent une place unique, au cœur de nos écoles, de nos milieux de travail, de nos communautés et de notre monde. Vos établissements ont des racines locales, mais comme en témoigne ce congrès, votre réflexion est mondiale.
Vous faites le lien entre la théorie et la pratique et, comme j’aime à le dire, ce qu’il y a de plus pratique au monde, c’est une bonne théorie générale qui a constamment besoin d’être mise à l’épreuve et perfectionnée en fonction de la réalité.
Je tiens à vous remercier de vous être réunis pour discuter d’apprentissage et d’innovation, ainsi que pour servir d’inspiration au monde entier par l’espoir que vous donnez.
