Forum de perfectionnement professionnel de la Communauté nationale des gestionnaires

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Toronto, le mardi 5 mai 2011

 

Lorsque l’on m’a demandé de venir vous adresser la parole aujourd’hui et de vous faire part de ma vision du Canada du point de vue de la fonction publique, j’ai accepté avec plaisir.

J’ai un profond respect pour la fonction publique du Canada, et je me réjouis de cette occasion qui m’est donnée de vous le dire. Si vous ne retenez qu’une seule chose de mes propos, ce matin, que ce soit ceci : j’ai la conviction que depuis plusieurs décennies, le Canada a bénéficié amplement de l’apport dévoué et désintéressé de son corps de fonctionnaires professionnels. Notre fonction publique est l’une des caractéristiques de notre pays qui font l’envie du reste du monde.

Le travail des gestionnaires qui dirigent la fonction publique est d’importance cruciale. C’est à vous qu’il incombe de fournir des conseils, des programmes et des services de qualité à la population canadienne, et de mettre de l’avant et de promouvoir les valeurs et les intérêts de notre pays sur la scène mondiale.

Depuis mon installation, en octobre dernier, j’ai eu le plaisir d’avoir des rencontres et de collaborer avec des professionnels de partout dans la fonction publique. Je ne pourrais pas m’acquitter de mes fonctions de gouverneur général sans le soutien des fonctionnaires.

D’ailleurs, par un phénomène d’assimilation assez curieux, je suis maintenant l’un de vous, du moins en partie.

Comme vous, je suis un fonctionnaire canadien non élu et non partisan. Mais contrairement à vous, je n’avais jamais eu un « vrai » emploi avant le 30 septembre dernier. Je suis entré à l’université quand j’avais 18 ans, et j’ai trouvé l’endroit si agréable et si invitant que j’y suis resté jusqu’à l’âge de 69 ans.

Et pourtant, tout ce que j’ai appris d’important dans la vie, je l’ai appris de mes enfants. Mes cinq enfants — cinq filles — sont au service du public. Donc, quand on m’a proposé cette nomination — ce dont j’ai été très honoré — j’ai rompu le cordon ombilical avec l’université, et j’ai suivi les traces de mes enfants dans le monde de tous les jours.

Le jour de mon installation à titre de gouverneur général, mon discours avait pour thème  « Une nation éclairée et bienveillante : une vocation de service ».

Mon but était double : d’abord, exprimer une vision simple que les Canadiens et les Canadiennes pourraient saisir facilement, puis inviter mes concitoyens et mes concitoyennes à participer pleinement à la réalisation de cette vision.

Il est donc très à propos que ce matin, j’aie l’honneur d’adresser la parole à un groupe de femmes et d’hommes qui ont voué leur carrière à répondre à cette vocation et à servir le public.

Je suis également heureux d’être des vôtres en cette dernière journée du Forum de perfectionnement professionnel de la Communauté nationale des gestionnaires, où vous vous penchez sur les tendances futures dans le secteur public.

Il s’agit là d’un sujet passionnant et stimulant, qui revêt une grande importance pour notre pays.

Comme vous le savez, le Canada célébrera son 150e anniversaire en 2017. Dans cette perspective, j’ai invité les Canadiens et les Canadiennes à réfléchir à ce qu’ils peuvent faire pour rendre notre pays plus éclairé et plus bienveillant. J’aimerais donc, dans cette veine, vous poser trois questions.

Que voulons-nous que le Canada soit devenu dans six ans, quand il atteindra l’âge de 150 ans?

Quel rôle la fonction publique jouera-t-elle pour nous aider à y arriver?

Quelles sont les traits caractéristiques de ceux et celles qui vont constituer notre fonction publique?

Être « éclairé » et être « bienveillant », cela peut nous servir à bâtir notre vision de notre pays pour l’avenir, mais cela peut aussi nous aider à façonner la fonction publique de demain.

L’aspect « éclairé » nous viendra des trois A : acquérir, analyser et surtout appliquer judicieusement les connaissances pertinentes.

La valeur des connaissances se mesure toujours à l’usage que l’on en fait. Comment être plus éclairé dans notre bienveillance? Le Canada peut être un leader mondial sur le plan des connaissances — un pays éclairé — mais nos efforts doivent server à aider les gens, y compris ceux qui sont désabusés et marginalisés. C’est là que l’on devient « bienveillant ».

Dans notre cheminement vers le pays dont nous rêvons, une chose est sûre : la fonction publique jouera un rôle essentiel.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Permettez-moi de reculer de quatre siècles jusqu’à Samuel de Champlain, fonctionnaire et premier gouverneur — du moins dans les faits — de ce que nous appelons maintenant Canada.

Champlain est très mal compris. Les livres d’histoire le dépeignent en grand explorateur et en conquérant. Mais comme le souligne David Fisher, historien et lauréat du prix Pulitzer, dans son livre intitulé Champlain’s Dream, Champlain était en réalité un innovateur qui a consacré sa vie à bâtir une société qui reposait sur le respect de la loi, la diversité, la tolérance, l’inclusivité et la paix.

Selon moi, Champlain avait une vision qui est aussi pertinente de nos jours qu’elle l’était il y a quatre cents ans, et il peut encore nous en apprendre beaucoup sur le leadership dans une époque de changement et d’instabilité.

Par exemple, Champlain n’a pas tardé à reconnaître qu’il était à la merci de ceux qui l’entouraient. Comme explorateur, il a pris soin de se renseigner sur la géographie et sur la société du Nouveau Monde auprès des baleiniers et des pêcheurs basques et auprès des premières nations de la région. D’ailleurs, la colonie de Port-Royal n’aurait pas pu survivre à son premier hiver en 1605 sans le soutien généreux de ses voisins autochtones.

Champlain a également prêté un regard attentif aux tentatives de colonisation antérieures, pour que les leçons de l’histoire orientent son propre cheminement. La valeur qu’il attachait à la justice et à la primauté de la loi lui a donné la légitimité voulue pour guider son peuple dans des conditions de misère presque inimaginables.

Champlain devait rendre des comptes et au roi de France, et à ceux et celles dont il était le chef. Mais il savait aussi que pour réussir, il faut parfois prendre des risques calculés.

Comme vous le voyez, même si les choses ont beaucoup évolué en ce XXIe siècle, les défis du leadership ne changent pas.

Dans votre tâche quotidienne, vous subissez souvent des pressions immenses pour répondre aux attentes de vos gestionnaires, de votre personnel, de la population canadienne que nous servons tous, et même de citoyens d’autres pays.

Mais je pense que vous partagez aussi les convictions de Champlain, sa vision à long terme d’une société plus juste, plus pacifique et plus prospère. Voilà le rêve qui l’a soutenu face aux épreuves qu’il a dû affronter à court terme.

C’est là que je reconnais l’idéalisme qui vous a amenés à vouer votre vie au service du public. Un idéalisme qui est au cœur même du pays plus éclairé et plus bienveillant auquel nous aspirons.

Il y a plusieurs années, quand j’étais président de l’Université de Waterloo, l’ancien greffier du Conseil privé, Kevin Lynch, s’inquiétait du fait que la fonction publique réussissait de moins en moins à attirer les étudiants les plus qualifiés. Il nous a demandé si nous pouvions organiser un salon de l’emploi dans la région de Waterloo, ce que nous avons fait.

Pendant deux jours, 80 sous-ministres et sous-ministres adjoints sont venus parler d’emplois dans la fonction publique et rencontrer des candidats potentiels. Ils avaient le pouvoir de faire des offres d’emploi séance tenante.

Ce fut un vif succès. Plus de mille étudiants de l’Université de Waterloo et d’institutions environnantes se sont présentés, dont plusieurs n’avaient auparavant aucun intérêt pour la fonction publique. Ils m’ont fait part de trois découvertes étonnantes qu’ils y avaient faites :

  1. l’idéal de servir le public;

  2. la vaste gamme de possibilités de carrière; et

  3. la rapidité avec laquelle on se voit confier des responsabilités, et l’étendue de ces responsabilités.

Ainsi comme vous le savez, une combinaison gagnante comme celle-là est un outil de recrutement persuasif. Le défi consiste maintenant à donner à ces fonctionnaires la latitude voulue pour qu’ils tirent pleinement parti de leurs talents et qu’ils assument avec enthousiasme leur part de leadership.

Vous allez discuter aujourd’hui des tendances d’avenir au sein de votre profession, de l’évolution dynamique que vous ressentez tant de l’intérieur de la fonction publique que de l’extérieur. Si vous le permettez, je voudrais en profiter pour vous lancer le défi de redéfinir le professionnalisme et le leadership dans la fonction publique canadienne à l’approche du 150e anniversaire de notre pays et pour les années qui suivront.

Comme à l’époque de Champlain, le succès dépendra du respect que nous porterons à la loi, à la légitimité et au pluralisme, ainsi que de notre aptitude à innover et à collaborer.

Cette conférence démontre le souci que vous éprouvez déjà quant à la question du leadership, et je tiens à vous féliciter d’y participer. Je veux aussi souligner les dix années d’existence de la Communauté nationale des gestionnaires — une autre réalisation digne de mention.

Le travail que vous accomplissez, tous et chacun, pour la population canadienne ne passe pas inaperçu. Les gestionnaires transforment les principes et les objectifs en réalités, et c’est pourquoi votre contribution est essentielle à la réalisation d’un Canada plus éclairé et plus bienveillant.

Je vous remercie.