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4 septembre 2007
par Son Excellence Michaëlle Jean
Après quelques semaines de repos bien mérité, au retour de la visite d’État au Brésil qui a été, comme chaque fois, des plus intenses. Il faut dire que tout mis ensemble, mon agenda des derniers mois aura été riche en événements et discussions tenues partout au Canada avec des associations et lors de forums avec de nombreux citoyens. En deux ans de mandat (eh oui, déjà!) j’ai pu apprécier les efforts, les préoccupations, les aspirations des Canadiennes et des Canadiens à travers le pays. J’ai également vu plusieurs d'entre eux à l’œuvre à l’étranger qui s'investissent sur des projets passionnants où la solidarité fait des miracles et renforce les raisons de croire que tout est possible lorsqu’on décide de faire ensemble. Partout, j’ai accordé une attention toute particulière au travail des jeunes dans leurs quartiers, leurs milieux de vie, dans nos grandes villes comme dans nos plus petites communautés même les plus isolées.
Ma rentrée a d’ailleurs été marquée par une série de rencontres, cette fois à Montréal. J’ai été très émue de retrouver à la prison de Bordeaux un groupe de détenus et d’ex-détenus pour la plupart âgés de moins de 30 ans impliqués dans ce formidable projet de radio intitulé « Souverains anonymes » qui leur permet d’être entendus au-delà des murs en se disant souverains d’eux-mêmes, donc responsables. J’aime encourager cette réflexion qu’ils mènent autour du concept de responsabilité citoyenne, partant de ce qui les a conduits en prison, de ce qu’ils veulent accomplir pour mieux réintégrer la société non seulement à leur sortie mais dès à présent. Leurs témoignages sont troublants et ils ont les mots pour tout dire, à la fois là où ils ont échoué, le contexte social, les situations d’exclusion, d’isolement, qui les ont amenés à basculer dans l’illégalité. Ils le font, cela dit, sans jamais se poser en victimes mais en assumant l’entière responsabilité de leurs actes et en dégageant les leçons à tirer non seulement pour eux-mêmes mais avec l’idée d’agir auprès d’autres jeunes confrontés aux mêmes situations qu’ils ont vécues et pour prévenir. Je vous invite à écouter l’émission enregistrée lors de notre discussion.
J’ai aussi passé plusieurs heures dans le quartier Côte des Neiges réputé pour sa diversité. L’événement réunissait pour la première fois une centaine de représentants de 8 quartiers du grand Montréal. Étaient présents en grande majorité des jeunes qui voulaient me faire partager leurs façons d’utiliser les arts comme outils de transformation sociale, pour lutter contre la délinquance, vaincre le désarroi, briser l’isolement, mobiliser les énergies, organiser des festivals et d’autres activités sociales et culturelles. Des maires d’arrondissements, des membres de l’Ordre du Canada reconnus pour leur soutien à la jeunesse et à la culture, un haut responsable des services de police communautaires de la ville. Les échanges de plus de deux heures ont fait naître des projets de collaborations, et jeté de nombreux ponts entre les groupes, les organisations et les générations.
Quel bonheur et quel éblouissement en soirée que de vivre la Falla 2007 de la Tohu, l’école du cirque qui constitue un véritable catalyseur dans le quartier St Michel en rassemblant les jeunes les plus vulnérables autour de réalisations qui leur permettent d’acquérir des connaissances et des compétences, de travailler et d’explorer leurs forces et leurs possibilités. C’est par milliers que les résidents du quartier participent à ce rendez-vous annuel autour d’une falla, la mise à feu d’une sculpture gigantesque d’art éphémère hautement symbolique. Et comme me disaient les jeunes falleros de cette année, ce qui importe ce n’est pas l’œuvre en elle-même mais la somme des efforts investis pour la réaliser et ce qu’ils ont appris en s’appliquant à la créer. Le moment est toujours magique et haut en couleurs et il jette surtout la lumière sur l’esprit de communauté qui prévaut malgré tout dans St Michel rendu plus tristement célèbre pour les problématiques sociales dures, les gangs de rue, la violence, la pauvreté que pour les nombreuses initiatives positives et efficaces.
Je vais continuer de soutenir ces initiatives sur le terrain et à rendre compte de ce qu’il est possible de réaliser et de créer par la force de l’imagination et dans un effort collectif.
