Conférence Arctic Frontiers 2026 : Le vent tourne

Le 3 février 2026

Sous réserve de modifications

C’est un privilège d’être ici avec vous aujourd’hui dans la belle région du Sápmi, en Norvège.

La conférence Arctic Frontiers est plus pertinente que jamais. Je salue les discussions importantes qui y ont eu lieu dans la perspective de façonner l’avenir de l’Arctique.

J’ai grandi au Nunavik, dans le nord du Canada.

La culture et le mode de vie de ma famille étaient intimement liés à la terre.

Nous nous déplacions en canot ou en traîneau à chiens. Nous faisions la cueillette des baies et nous pêchions dans les eaux cristallines de la rivière George, où abondaient l’omble chevalier et le saumon atlantique.

Je me souviens que ma grand-mère, Jeannie, allumait notre radio à ondes courtes et captait parfois de magnifiques chansons inuites groenlandaises sur la BBC.

Elle disait : « Ce sont des gens comme nous qui vivent dans des contrées lointaines. Nous formons un seul et même peuple. »

Depuis des temps immémoriaux, les peuples autochtones parcourent le territoire et apprennent les uns des autres, dans le respect et la curiosité, ainsi que dans un esprit de paix.

Nous avons mis en commun la riche diversité de nos cultures, de nos arts, de nos sports et de notre spiritualité. Nous avons partagé les fruits de notre ingéniosité et de notre innovation.

Nous avons également traversé des épreuves semblables.

Le poids du colonialisme. Les méfaits du développement industriel.

Et, bien sûr, les menaces croissantes posées par les changements climatiques, qui compromettent les moyens de subsistance et les voies de navigation traditionnelles.

À travers les épreuves, nous n’avons jamais cessé de partager nos connaissances. Nous nous sommes soutenus mutuellement et nous avons compté les uns sur les autres.

Cela nous a donné la force de s’unir, aujourd’hui et pour l’avenir.

La vie dans l’Arctique est façonnée par les relations qui unissent les communautés autochtones depuis des générations.

Ces liens solides resteront intacts, quelles que soient les décisions prises dans des capitales lointaines.

Pendant des décennies, l’Arctique a été un havre de paix unique où la coopération internationale régnait, même lorsque les tensions étaient vives ailleurs.

Par exemple, à l’époque du rideau de fer, nous avons développé nos relations avec le Tchoukotka.

Aujourd’hui, le monde considère l’Arctique à nouveau comme une région prometteuse. Les enjeux de sécurité internationale passent au premier plan.

Il est donc plus important que jamais de perpétuer cette tradition de collaboration et de respect.

Une coopération constructive, renforcée par le leadership autochtone, a produit des effets remarquables au fil des ans.

Grâce au Conseil de l’Arctique et à d’autres tribunes, les connaissances autochtones ont stimulé les progrès scientifiques. Elles ont inspiré certaines des initiatives les plus ambitieuses en matière de gestion de l’environnement et de la faune dans l’Arctique. Les peuples autochtones ont le statut de participants permanents au Conseil de l’Arctique.

Encore aujourd’hui, le Conseil de l’Arctique est la seule organisation qui offre le statut de participant permanent.

La coopération respectueuse entre les États arctiques et les peuples autochtones a également consolidé la diplomatie.

Cette coopération a permis de résoudre des différends de manière pacifique.

L’accord frontalier (l’île Hans) conclu en 2022 entre le Canada, le Royaume du Danemark et le Groenland en est un exemple éloquent. Cet accord est l’aboutissement de négociations patientes et respectueuses valorisant le leadership des Inuits.

À maintes reprises, le travail accompli dans l’Arctique a démontré tout ce que l’on peut réaliser lorsque la coopération et la réconciliation sont au cœur des priorités.

Nous sommes à un moment décisif de l’histoire.

Les enjeux liés à l’Arctique concernent tous les peuples de la planète. Aujourd’hui plus que jamais, nous reconnaissons la profonde interconnexion de notre monde.

Nous devons continuer d’œuvrer ensemble dans un esprit de réconciliation et de respect envers les communautés arctiques.

C’est là que réside notre force.

Gardons donc le cap sur nos valeurs fondamentales, en portant le flambeau des droits de la personne, du développement durable, de la protection de l’environnement et de la solidarité avec les nations de l’Arctique et nos alliés de l’OTAN.

Un Arctique fort est un endroit qui offre aux peuples nordiques les outils et les possibilités dont ils ont besoin pour s’épanouir.

C’est un Arctique où les connaissances, le leadership et les valeurs autochtones orientent nos choix.

C’est un Arctique où les peuples nordiques, qu’ils soient en Norvège, au Groenland ou ailleurs dans la région, peuvent continuer de façonner leur propre avenir.

Je tiens donc à vous remercier tous et toutes du travail que vous accomplissez afin de soutenir les communautés arctiques et d’aider le monde à comprendre que l’avenir de l’Arctique appartient aux peuples de l’Arctique.

Demain, je me rendrai au Danemark, puis au Groenland. Je tiens à être claire : le Canada soutient fermement le peuple groenlandais, qui décidera lui-même de son avenir.

La vie dans l’Arctique a profondément changé depuis mon enfance.

De nouvelles réalités. De nouvelles technologies. De nouvelles connaissances scientifiques.

Pourtant, aujourd’hui, malgré les tensions croissantes, un fait demeure : la force et la stabilité de l’Arctique résident dans la résilience de ses peuples.

Ainsi, peu importent les décisions qui seront prises à l’avenir, qu’il s’agisse de faire avancer la recherche scientifique à l’aide des connaissances autochtones, de gérer les routes maritimes ou de renforcer les systèmes de défense, elles devront s’accompagner d’investissements dans les communautés arctiques.

Donnons à ces communautés les moyens de devenir véritablement autonomes.

La sécurité alimentaire. Des infrastructures fiables et des logements solides.

Des énergies propres et la connectivité. L’accès aux soins de santé, y compris en santé mentale, à l’éducation et à des moyens de subsistance durables.

Le sort des jeunes, surtout, me préoccupe.

Continuons de donner aux jeunes de l’Arctique toutes les chances d’avoir une vie saine et épanouissante dans un Arctique durable, une vie ancrée dans leur culture et leur langue et dans les relations profondes qu’ils entretiennent avec la terre et avec leurs semblables.

Merci. Thank you. Nakurmiik.