Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du forum sur les arts urbains

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Vancouver, le jeudi 24 janvier 2008

Comment ça va?

Je tiens d’abord à vous remercier de l’accueil chaleureux que vous nous avez réservé ce soir. C’est un honneur pour moi et pour mon mari, Jean-Daniel, d’être de retour ici dans le Downtown Eastside pour célébrer en votre compagnie le premier anniversaire des forums sur les arts urbains de la gouverneure générale en sol canadien.

Dès ma nomination au poste de gouverneur général, j’ai voulu faire de l’institution que je représente un espace de parole où prévaudraient les valeurs si importantes que sont la tolérance et le partage et où des gens ordinaires, femmes et hommes, pourraient se tendre la main dans un esprit de solidarité.

Et les jeunes étaient au cœur de ce projet.

Au cours de ma carrière de journaliste, j’ai pu constater à quel point les jeunes ont des idées. Des idées nouvelles et audacieuses qui représentent autant de solutions prometteuses aux défis actuels Or, trop souvent, nous sous-estimons la valeur et l’importance de ces idées. C’est une mentalité qu’il nous faut changer.

Par ailleurs, j’ai aussi rencontré des jeunes qui avaient baissé les bras. Ces jeunes avaient le sentiment d’être laissés pour compte et estimaient que la société leur avait tourné le dos. Ce sentiment d’aliénation constituait un terreau fertile pour les milieux criminels, que j’appelle des prédateurs, qui profitaient de ces jeunes désillusionnés afin de les attirer dans leurs filets.

Je me suis alors demandé comment pourrais-je rapprocher l’institution que je représente des jeunes et de leurs préoccupations? Comment pourrais-je m’assurer qu’elle ait un sens pour eux? Comment pourrais-je en faire un espace d’écoute où leurs voix seraient  entendues et leurs points de vue, pris au sérieux?

C’est alors que m’est venue l’idée de poser ces questions aux principaux intéressés, les jeunes!

La première année et demie de mon mandat et tout au long des visites officielles que j’ai effectuées dans les treize provinces et territoires du Canada, je me suis fait un devoir de rencontrer des jeunes, aussi bien en milieu urbain que rural, afin de les entendre me dire ce que je pouvais faire pour eux.

Deux suggestions se sont dégagées de nos discussions.  

Les jeunes m’ont dit :

« Nous voulons que les gens comprennent le travail que font les artistes urbains  pour transformer le désespoir et l’indifférence en lueur d’espoir et en changement social. »

« Nous voulons avoir davantage d’occasions de faire connaissance avec d’autres jeunes et de travailler avec des leaders de notre société. »

Pour donner suite aux souhaits des jeunes, j’ai lancé les forums sur les arts urbains de la gouverneure générale. C’est un projet qui rassemble des jeunes, des décideurs, des récipiendaires de l’Ordre du Canada, des philanthropes et des leaders communautaires. On y discute ensemble de la façon dont l’art peut devenir un outil fort utile nous permettant de créer des communautés et des quartiers dynamiques, de réfléchir à des situations et à des enjeux spécifiques, de donner une voix à celles et ceux qui n’en ont pas et d’approfondir notre questionnement sur ce que signifie notre citoyenneté. Bref, il s’agit là d’un exercice qui fait appel à la solidarité.

Jusqu’à maintenant, je dois dire que l’expérience est absolument formidable.

Par exemple :

À Calgary, à la Quickdraw Animation Society, de jeunes artistes m’ont raconté comment ils avaient, grâce au film et à l’animation, échappé à la dépression et à des situations de violence.

À Toronto, à la Whippersnapper Gallery, ils m’ont expliqué comment le hip hop, la peinture et le « spoken word » leur ont sauvé la vie, leur ont permis d’échapper au milieu des gangs, et les ont aidés à retrouver le pouvoir des mots.

À Winnipeg, à la Graffiti Gallery, ils m’ont montré comment les arts urbains servent d’outils pour éliminer de leurs quartiers les drogues, les gangs et la violence. Ils ont même réussi, depuis, à mettre sur pied un projet communautaire qui fait de leur quartier un endroit où l’on peut vivre en sécurité.

À Montréal, à la Maison des jeunes de la Côte-des-Neiges, ils m’ont parlé de la façon dont les arts urbains ont contribué à la réadaptation de jeunes contrevenants et ont permis de réduire la violence et d’unir les gens autour de projets communs.

À Ottawa, à la Saw Gallery, ils ont partagé avec moi leurs frustrations face à l’indifférence et leur désir de multiplier les occasions pour les jeunes d’exprimer leurs préoccupations d’une manière créative. Depuis, ils ont établi un comité des arts urbains dans le but de rallier les efforts des jeunes artistes dans la ville.

Ce qui me fascine, c’est de constater que, d’une ville à l’autre, les enjeux, les difficultés et les initiatives sont semblables.

Fait encore plus remarquable, les jeunes veulent tous travailler avec vous!

Dans chaque centre urbain, le message était le même : « Nous voulons établir des liens avec des artistes d’autres villes canadiennes et de différentes régions du monde. »

Même durant mes visites officielles et mes visites d’État en Amérique latine et en Afrique, j’ai rencontré des artistes urbains dans des quartiers parmi les plus pauvres d’Haïti, du Brésil et d’Argentine.

Eux aussi ont parlé des répercussions des projets artistiques sur leurs collectivités.

Ils m’ont exprimé également leur désir d’établir des liens avec des artistes urbains au Canada. Eux aussi veulent travailler avec vous!

Je dois avouer que je trouve fort attrayante cette idée d’un réseau national et international des arts urbains. Cela vaut la peine qu’on y donne suite, d’autant plus que, peu importe où au pays, les jeunes me disent qu’ils veulent participer à cette initiative. Je suis d’ailleurs impatiente de rencontrer de jeunes artistes de toutes les régions du Canada et de l’étranger, l’an prochain, lors du Forum national de la gouverneure générale sur les arts urbains.

Entre temps, je vous encourage à vous joindre au forum en ligne sur les arts urbains, À l’écoute des citoyens, récemment ajouté au site Web de la gouverneure générale.

Comme je l’ai souligné à vos pairs dans d’autres villes, sachez que si je suis ici ce soir, parce que je suis convaincue que vous êtes porteurs de changement.

Je crois en vos paroles d’espoir.

Et je crois que toutes les Canadiennes et tous les Canadiens ont beaucoup à apprendre de ce que vous faites.

Car j’ai pu constater le rôle essentiel que jouent les arts — que ce soit le rap, le multimédia, la sculpture, le « spoken words », la poésie, le film, le graffiti, la peinture, le théâtre, le locking ou popping —lorsqu’il s’agit de raviver l’espoir et le désir d’améliorer la vie de nos concitoyennes et concitoyens.

En terminant, permettez-moi de souligner la présence parmi nous de membres de l’Ordre du Canada, la distinction la plus prestigieuse au pays. Malgré leur emploi du temps chargé, ces femmes et ces hommes ont pris la peine de venir ici pour vous écouter.

Nini Baird, Stella Jo Dean, Leila Getz, June Goldsmith, John Gray, Carol Gail Herniquez, David Lui, Timothy Porteous, Gordon Smith, Milton K. Wong et Paul Wong : Veuillez vous lever, s’il vous plaît.

Chacune et chacun de vous avez contribué au mieux-être de la société et ce, d’une manière exceptionnelle. C’est un privilège de vous avoir parmi nous.

Je tiens également à remercier tout particulièrement le Centre A, RAW, Intersections, Maestro Fresh Wes, le BC Ministry of Children, l’équipe de NOW, Soul Jam et tant d’autres grâce à qui cet événement a pu avoir lieu.

Et surtout, je veux entendre ce que vous avez à dire.

Je veux connaître vos projets et leur fonctionnement.

Je veux comprendre comment ces projets ont changé votre vie et celle des gens autour de vous.

Je veux savoir comment nous pourrions travailler ensemble en vue de bâtir un monde plus humain, qui se préoccupe du sort de chacune et de chacun.

Car, après tout, il n’en tient qu’à nous d’agir.

Alors, sans plus tarder, à vous la parole!