Rassemblement national sur les sépultures anonymes

Le 8 septembre 2023

Sous réserve de modifications

Bonjour,

Je tiens tout d’abord à reconnaître que nous sommes réunis sur le territoire des Kanien’kehà:ka (Mohawks). Je présente mes respects aux gardiens traditionnels de ces terres et de ces eaux.

Je tiens également à vous remercier de votre présence. Je sais que plusieurs d’entre vous éprouvent des difficultés personnelles en raison des incendies de forêt qui ravagent Yellowknife et d’autres communautés à travers le pays. Votre volonté de participer à ce rassemblement et d’écouter les voix des Survivants, malgré l’adversité avec laquelle vous êtes confrontés, est source d’inspiration.

C’est un honneur pour moi de me joindre à vous à l’occasion de ce cinquième Rassemblement national sur les sépultures anonymes.

Je suis fière d’être ici avec vous aujourd’hui.

Tout ce que nous faisons, nous le faisons pour nos enfants.

...Nous nous efforçons de leur offrir un monde meilleur.

...Nous leur procurons un foyer, une communauté.

...Nous nous consacrons à leur bien-être en tant que parents, grands-parents, proches, amis ou voisins.

...Nous leur transmettons une identité, une langue, des traditions et une culture.

...Nous les aimons, et ils comptent sur nous pour les protéger.

Toutes ces choses, nous le faisons pour nos enfants.

Et pourtant...

Ce pays a abandonné nos enfants...

Ce pays a abandonné les enfants autochtones.

Nos enfants ont été arrachés à leur foyer et placés de force dans des pensionnats et dans d’autres lieux où il leur était interdit de parler leur propre langue autochtone... où ils ont été dépouillés de tout - de leur culture, de leurs traditions, de leurs biens, de leur famille, et même de leur nom.

Ces actes traumatisants ont laissé des séquelles profondes dans nos esprits. Permanentes. Douloureuses.

Et pendant très longtemps – trop longtemps – ces séquelles sont restées cachées. Ignorées. Pendant des années, la perte, la peur et les appels des mères, des pères, des frères, des sœurs, des grands-parents, des oncles, des tantes et des communautés ont été ignorés. Des enfants ont disparu dans des pensionnats et d’autres institutions, enterrés dans des tombes anonymes, oubliés et effacés. Mais ils n’ont pas été oubliés par leurs familles, par leurs communautés, par leurs peuples.

Aujourd’hui encore, certaines personnes refusent de reconnaître ce qui s’est passé dans les pensionnats en termes d’abus, de négligence et de racisme. Même si le négationnisme relatif aux pensionnats est peu répandu, il est néanmoins présent. Ce négationnisme se manifeste par des attaques – en ligne, dans les médias et par la profanation de lieux de sépulture. Ces attaques visent à prendre le contrôle de la narrative de l’histoire des peuples autochtones.

Malgré le refus de certains d’accepter ces réalités, ou peut-être en raison de ce refus, nos voix se sont faites de plus en plus puissantes. La Commission de vérité et réconciliation a parcouru le pays pour recueillir des témoignages et des éléments d’information sur cette période tragique, et a diffusé ses conclusions et ses appels à l’action à l’ensemble de la population canadienne. Il y a deux ans, une révélation liée à la tragédie liée aux pensionnats a frappé la conscience collective nationale : la localisation précise des sépultures anonymes d’enfants d’un pensionnat de Kamloops. D’autres révélations ont suivi.

D’autres communautés ont fait des annonces similaires : la découverte d’autres tombes anonymes d’enfants ayant fréquenté des pensionnats. C’étaient des enfants innocents dont l’histoire sera désormais connue. Ces enfants ne seront plus jamais oubliés.

Le travail que vous accomplissez permet de garder leur souvenir vivant. Votre travail met en cause le négationnisme et les faux récits. Vous êtes à l’écoute des survivants et vous leur donnez la parole. Votre travail fait passer un message important :

Nous vous voyons.

Nous vous entendons.

Nous vous croyons.

Nous vous soutenons.

Ensemble, nous progressons en mettant l’accent sur :

la guérison,

le respect,

l’engagement,

l’empathie.

Tout commence par la vérité.

Les Canadiens ne peuvent plus dire « je ne le savais pas ». Aujourd’hui, nous admettons tous les aspects de notre histoire, les bons comme les mauvais côtés.

Nous ne pouvons ramener ces enfants à la vie. Mais nous pouvons nous donner les moyens d’assurer la survie et l’épanouissement de nos traditions et de nos communautés. J’ai constaté ce qui arrive lorsque les peuples autochtones se mobilisent pour faire valoir leurs intérêts. Étant moi-même Autochtone, je suis fière de contribuer à ce processus, que ce soit maintenant en tant que gouverneure générale ou tout au long de ma carrière, où je me battais pour les droits des peuples autochtones.

Le changement est en cours, même s’il reste lent. Les progrès sont toutefois bien réels.

L’année dernière, nous avons accueilli le pape dans notre pays dans le cadre de son voyage de pénitence. Le pape est venu ici pour écouter, pour engager le dialogue et pour reconnaître le traumatisme causé par l’Église catholique.  Nous avons eu droit à des excuses. L’archevêque de Canterbury de l’Église d’Angleterre a posé le même geste, en présentant ses excuses pour le « crime atroce » des pensionnats autochtones.

Comment continuer à mobiliser les gens pour que nous passions de l’écoute aux mesures concrètes? Quelle est la prochaine étape? Ces excuses sont-elles porteuses de sérénité?

Le fait est que le monde est en proie à de nombreux défis. Les Canadiens et Canadiennes vivent quotidiennement des difficultés économiques considérables. Les conflits, les changements climatiques et la hausse des catastrophes naturelles mettent à mal notre planète. Ces problèmes sont souvent écrasants et peuvent entraîner une fatigue empathique et compassionnelle. Autrement dit, nous demandons aux gens de se préoccuper de beaucoup de choses, ce qui peut provoquer un épuisement émotionnel.

Permettez-moi de vous proposer trois mesures pour y remédier.

Premièrement, prenez soin de vous.

Travailler au nom d’enfants qui ont perdu la vie, ou au nom de familles qui cherchent à tourner la page, peut être épuisant sur le plan émotionnel. Il faut savoir reconnaître les signes de stress et les problèmes de santé mentale. Nous devons prendre le temps de guérir notre cœur et notre esprit.

La guérison se produit différemment pour chaque personne. La guérison est un cheminement, pas une fin en soi. La guérison prend du temps. La guérison évolue à son rythme. Mais elle finit par se produire.

Deuxièmement, faites de l’éducation une priorité et partagez vos histoires aussi largement que possible.

Partagez les histoires des enfants qui sont morts et de ceux qui ont souffert. Chacun de ces enfants avait un nom, des espoirs, des rêves, des inquiétudes et des joies.

Chacun avait un potentiel qui ne se réalisera jamais. Ce sont des pertes pour les familles, pour les communautés et pour notre pays.

Des rassemblements comme celui-ci offrent un cadre idéal pour partager ces histoires.

Je vais mettre à profit les leçons que je vais tirer ici et les faire connaître à la population canadienne, comme je l’ai fait depuis que je suis devenu témoin honoraire de la Commission de vérité et de réconciliation, en 2014. Trouvez d’autres intervenants qui feront la même chose : enseignants, parents, dirigeants, gouvernements, entreprises, organisations. Permettez à d’autres – Autochtones et non autochtones – de vous aider à porter ce poids et à diffuser les connaissances.

Troisièmement, et pour terminer, il est important de nous rappeler ce que nous avons déjà accompli.

Nous avons fait plus de progrès qu’il y a 5, 10 ou 20 ans. Nous avons assisté à des avancées sur la voie de la réconciliation, notamment :

  • des excuses présentées par les églises et par les gouvernements qui géraient les institutions,
  • la répudiation des doctrines de la découverte,
  • une rencontre personnelle entre Sa Majesté le roi Charles III et les chefs autochtones nationaux dont les échanges ont porté sur la réconciliation et les moyens de la faire avancer,
  • et la reconnaissance unanime par la Chambre des communes que le régime des pensionnats a constitué un génocide.

Nous avons également assisté à une vague de soutien de la population canadienne à mesure que de nouveaux enfants ont été retrouvés dans des tombes anonymes. Des familles et des communautés entières se mobilisent pour trouver des moyens de rendre hommage à la mémoire de ces enfants et aux lieux où ils ont été enterrés. Nous discutons des prochaines étapes et des ressources dont les communautés ont besoin, que ce soit en matière de matériel ou de services de santé mentale.

Il est important d’associer la santé mentale et la santé physique, car les deux vont de pair. Sans l’une ou l’autre, il est difficile de fonctionner.

Beaucoup a été fait. Mais il reste encore beaucoup à faire. Lorsque je regarde les personnes présentes, en particulier les jeunes, je me sens rassurée de savoir que notre travail de réconciliation se poursuivra avec la prochaine génération.

Toutes les personnes ici présentes doivent être intégrées au processus. Vos opinions et vos idées doivent être entendues et prises en compte.

L’espoir est une grande source de motivation. Et il y a de l’espoir. J’ai de l’espoir. Et je crois en vous tous. Vous êtes notre espoir.

J’ai déjà évoqué l’importance des mots suivants :

Guérison

Respect

Engagement

Emphatie

Vérité

Je souhaite conclure en vous proposant un dernier mot : la paix 

...La paix pour les familles qui connaissent enfin la vérité.

...La paix pour nous-mêmes qui guérissons et aidons les autres à guérir.

...La paix pour les enfants qui peuvent enfin se reposer, car leurs histoires sont préservées.

Je suis honorée de collaborer avec vous dans votre travail, et de faire connaître votre histoire aux Canadiens et Canadiennes.

Merci.