Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une table ronde sur le logement parrainée par la Fédération canadienne des municipalités

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Vancouver, le mercredi 23 janvier 2008

Permettez-moi tout d’abord de remercier le maire Sam Sullivan de m’avoir invitée à me joindre à vous cet après-midi pour discuter d’une question qui me tient à cœur depuis longtemps : l’itinérance.

Cette visite que j’ai entreprise dans l’Ouest canadien s’inscrit dans la foulée des efforts que je déploie depuis le début de mon mandat à titre de gouverneure générale du Canada. J’ai voulu aider à apporter un nouvel éclairage à ce problème qui nous touche toutes et tous.

Comme le souligne fort à propos votre rapport, Sustaining the Momentum, le besoin de logement touche maintenant un ménage canadien sur six.

C’est dire que l’itinérance au Canada prend un nouveau visage.

On le voit au nombre grandissant de familles qui en sont réduites à vivre dans la rue.

On observe que de plus en plus  de travailleuses et de travailleurs  n’arrivent pas à trouver de logement permanent.

Et que dire des Autochtones dont le rêve d’une vie meilleure à l’extérieur de la réserve a été anéanti face aux dures réalités de la pauvreté et de l’exclusion auxquelles ils ont été confrontés une fois arrivés en ville.

Ou encore ces réfugiés et ces immigrants qui ont quitté la misère dans leur pays d’origine pour en retrouver une autre ici, dans ce pays de tous les possibles.

Sans oublier tous ces jeunes qui troquent le rejet et la violence du foyer contre les dangers de la rue.

Comme vous l’affirmez si justement, « le logement, une problématique fondamentale qui a des répercussions sur les individus aussi bien que sur les collectivités, est un facteur déterminant de la santé et du bien-être. »

C’est un problème qui affecte des individus et des familles, mais dont les graves conséquences se font également sentir sur le bien‑être de notre pays. Car il faut se rappeler qu’une démocratie saine repose sur sa capacité de veiller à ce que tous ses membres puissent s’épanouir.

Et vous avez raison. Il y a bel et bien un mouvement ou, si j’ose dire, une convergence d’efforts et de visions observable d’un bout à l’autre du pays.

La semaine dernière, par exemple, j’étais à Calgary, où j’ai eu l’occasion de participer à une table ronde très stimulante au Mustard Seed Street Ministry.

Cet organisme a été fondé par Pat Nixon, un ancien jeune de la rue. Soutenu par des milliers de bénévoles et un personnel dévoué, cet organisme fournit un éventail de services aux sans-abri de Calgary.

Durant la discussion, j’ai été touchée de voir le nombre impressionnant de citoyennes et citoyens ordinaires et de membres de différentes sphères de la société comme les secteurs à but non lucratif, gouvernemental, des affaires, de la santé et du maintien de l’ordre, qui œuvrent ensemble à l’élimination  de l’itinérance.

Ils m’ont dit quelque chose d’essentiel, et je tiens à le rappeler ici.

Fournir un logement à une personne sans abri n’est en fait que la première étape vers une vie saine et épanouie.

Ils ont fait valoir la nécessité de fournir des services et une aide psychosociale aux personnes nouvellement logées; de mieux faire comprendre le rôle primordial que les intervenants responsables des cas devraient jouer pour faciliter la transition de la rue au foyer et de combler l’écart qui sépare ce qu’on appelle le « milieu de la rue » et celui des « logés ».

Disons les choses telles qu’elles sont : l’itinérance est une question complexe. Il nous faut voir au-delà de la brique et du mortier pour envisager d’autres façons de s’attaquer au problème. Des façons plus holistiques. Des façons plus équitables. Des façons, osons le mot, plus humaines.

À cet égard, ma visite dans le quartier Downtown Eastside a été à la fois touchante et révélatrice.

Au cours des discussions auxquelles j’ai participées au Downtown Eastside Women’s Centre et à l’Atira Women’s Resource Society et lors de mes promenades à pied dans le quartier, j’ai pu constater à quel point l’itinérance entraîne l’exclusion de tant de gens, que ce soit ici à Vancouver ou dans d’autres villes.

Portez votre regard sur les visages de quelques résidants du quartier. Voyez la tristesse, le désespoir et le sentiment d’avoir été abandonné par la société.

C’est tout simplement inacceptable.

Heureusement, j’ai également été témoin des efforts héroïques que déploie une multitude de femmes et d’hommes pour aider celles et ceux qui vivent des moments difficiles. Un travail qui porte ses fruits, d’ailleurs.

J’ai pris connaissance de formes semblables d’engagement citoyen dans des villes comme Regina, où le maire Pat Fiaco et les résidants du quartier urbain North Central ont décidé de « prendre le taureau par les cornes » et de trouver une solution innovatrice au problème du logement.

C’est ainsi que des résidants autochtones, de nouveaux immigrants et bien d’autres travaillent ensemble à la construction de nouvelles maisons pour leurs voisins et à la revitalisation de leur quartier. N’est-ce pas incroyable!

Sachez que je retournerai dans le Downtown Eastside demain soir pour assister à une réunion avec 150 jeunes résidants du quartier et d’autres parties de la ville. Ce forum sur les arts urbains s’inscrit dans la tournée nationale que j’ai entreprise pour faire connaître comment des artistes urbains utilisent l’art pour lutter contre le crime juvénile et la violence des gangs et, du même coup, pour donner aux jeunes les moyens d’améliorer leurs quartiers.

C’est très important, car n’oublions pas que les initiatives de nos jeunes sont aussi au cœur de la solution. Ce serait une erreur que d’ignorer les efforts des jeunes, si nous voulons mettre un terme à l’itinérance au Canada.

En terminant, j’aimerais saluer la détermination dont fait preuve la Fédération canadienne des municipalités. En cherchant à accroître l’accès à des logements salubres et abordables pour nos concitoyennes et concitoyens qui en ont besoin, vous démontrez que vous prenez les choses en main.

En Afrique, on dit qu’il faut un village. Ici, comme je l’ai dit à Calgary, il faut une communauté.

L’itinérance est une plaie, autant à Vancouver, Toronto, Montréal et Halifax que dans les petites collectivités. C’est la raison pour laquelle nous ne parviendrons à enrayer le problème qu’au prix de l’engagement de chacune et chacun d’entre nous.

Et je suis tout à fait convaincue que nous y arriverons.

Car ne travaillons-nous pas déjà tous ensemble dans le même but? Celui de bâtir un avenir meilleur pour toutes les Canadiennes et tous les Canadiens et de promouvoir le  « vivre ensemble ».

Soyez assurés que je vais continuer à suivre de près le travail accompli d’un bout à l’autre du pays à ce sujet et que je continuerai, dans la mesure du possible, à offrir mon appui.

Merci et maintenant, place à la discussion.