Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une réception en compagnie des membres de l’Association des conjoints des parlementaires et des conjoints de chef de mission

Ce contenu est archivé.

Rideau Hall, le mardi 12 février 2008

Bienvenue à Rideau Hall.

Jean-Daniel et moi sommes ravis de vous accueillir dans ce lieu historique où 26 gouverneurs généraux et leur épouse ou époux ont vécu et œuvré avant nous.

C’est à la fois avec beaucoup d’humilité et d’enthousiasme que Jean-Daniel et moi poursuivons le travail entamé il y a plus d’un siècle et auquel nous apportons notre passion et notre conviction.

Permettez que je vous parle ce matin sur le ton de la confidence.

Jean-Daniel n’a pas épousé la gouverneure générale du Canada. Il a uni sa vie à celle de Michaëlle Jean, la femme qu’il aime et qu’il doit partager avec tout un pays depuis presque deux ans et demi.

Notre fille, Marie-Éden, n’a pas pour maman la femme qu’on voit dans les journaux et à la télévision, mais celle qui vient lire un livre avec elle le soir ou lui chanter une  berceuse.

Lorsqu’on m’a proposé d’occuper le poste de gouverneure générale du Canada, j’y ai bien  réfléchi. Ce n’est pas une décision que l’on prend à la légère, et mon mari et moi en avons discuté, en prenant soin de bien peser le pour et le contre.

Or, je savais en mon for intérieur que, quelle que soit l’issue, Jean-Daniel serait là, à mes côtés.

Et je n’oublierai jamais le jour où, après lui avoir annoncé que j’acceptais, Marie-Éden m’a confié à quel point elle était fière de moi. J’ai alors compris l’importance de ma décision et l’espoir qu’elle pouvait susciter, même chez une enfant de six ans.

Le choix que j’ai fait, je le sais, n’est pas toujours facile ni pour mon mari, ni pour Marie-Éden, ni même pour moi. Mais je sais aussi que ce choix, ils le respectent profondément, tout comme ils respectent l’institution qu’incarne le gouverneur général. Et qu’ils m’appuient de tout leur cœur, ne serait-ce qu’en acceptant ses répercussions sur leur vie.

Il a fallu quitter une maison, un quartier, des collègues, des amis. Ensuite, accepter d’être toujours dans le regard du public en tant que famille, de ne plus avoir de vie privée. Et, pour moi le plus difficile, devoir vivre pendant plusieurs jours, sinon plusieurs semaines, séparés les uns des autres.

Autant de contraintes découlant d’un calendrier lourdement chargé, qui peuvent peser lourd à la longue. Nul besoin de m’étendre davantage : vous savez ce dont je parle.

Nous savons que c’est non seulement une aventure unique, merveilleuse et palpitante, mais également une incroyable responsabilité. Car c’est une occasion d’apporter notre propre contribution à ce pays qui nous est cher. Nous mesurons l’immense privilège de célébrer notre citoyenneté et ce qui en fait le prix partout au pays et dans le monde.

Le fait d’être rassemblés ici aujourd’hui signifie que nous reconnaissons la valeur du travail d’équipe.

Depuis toujours, le travail d’équipe contribue au succès de cette institution.

Le conjoint de chaque gouverneur général a contribué d’une manière ou d’une autre à faire du Canada un pays meilleur et mérite à juste titre notre appréciation.

Jean-Daniel a réussi à concilier, de belle façon je trouve, une carrière de cinéaste et de philosophe à une vie d’Excellence, en ce sens qu’il a mis ses idées et sa passion, toujours vives, au service des citoyennes et des citoyens.

Je suis convaincue que Jean-Daniel serait ravi de vous parler lui-même de ses projets.

Parallèlement à la création de films et de documentaires, Jean-Daniel a participé de près au lancement du site web appelé À l’écoute des citoyens.

Dans ce site s’est amorcé un dialogue fructueux entre Canadiens, notamment avec les jeunes, un dialogue qui nourrit notre réflexion sur des enjeux d’intérêt collectif.

Jean-Daniel a également entrepris un projet audacieux, le Point des arts, que j’appuie avec enthousiasme. Ce sont des forums de discussions où sont abordées, dans un esprit d’ouverture et de partage, des questions cruciales sur la culture et les arts. Nous en avons tenu plus d’une vingtaine jusqu’à maintenant, tant au pays qu’à l’étranger.

Jean-Daniel prend également une part active à l’élaboration des activités du Bureau du gouverneur général qui se tiendront dans le cadre du 400e anniversaire de la fondation de Québec. Il travaille aussi à promouvoir la gastronomie au Canada, et nous créerons bientôt le Prix des arts de la table.

Quant à elle, ma fille s’est bien adaptée à sa nouvelle vie, mieux que je ne pouvais l’espérer. Elle va à l’école publique. Et lorsqu’elle revient à la maison, au 1, promenade Sussex, ses rires résonnent d’un bout à l’autre de la résidence!

Pour elle, les employés de Rideau Hall font partie de sa famille. Elle dit, en fait, que c’est « sa famille élargie ».

Nous nous sentons aujourd’hui enrichis de nos rencontres avec les  Canadiennes et les Canadiens qui m’ont permis de m’approcher au plus près de leurs réalités.

Je ne pourrais m’épanouir dans mon rôle sans l’appui que m’apportent mon mari et ma fille.

Ne dites jamais que vous êtes dans l’ombre de votre conjoint ou de votre conjointe. Vous êtes son pilier, sa force, son inspiration, sa volonté d’agir pour le bien de l’ensemble. C’est grâce à vous et à votre collaboration qu’il ou qu’elle peut se permettre d’aller au bout de ses aspirations. Ne l’oubliez jamais.

Permettez aujourd’hui que je vous rende hommage et que je salue votre sens de l’engagement.  Merci de ce que vous faites par amour, par souci de l’autre, par solidarité et par désir aussi d’apporter votre contribution.

J’ai la profonde conviction qu’un pays est toujours à la hauteur des aspirations de sa population. Vos efforts font partie intégrante de notre réussite collective.