Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la 15e édition des Prix nationaux d’excellence décernés aux autochtones

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Toronto, le  vendredi 7 mars 2008

Si vous saviez à quel point j’avais hâte de me joindre à vous.

D’autant que le thème que vous avez choisi cette année me permet d’espérer la fusion des voix, des savoirs, des cœurs et des esprits.

Je profite de cette pause pour saluer les communautés métisse, inuite et des premières nations représentées ici ce soir.

Comme vous le savez, je suis née sur une île où les légendes façonnent notre rapport à l’univers.

Et j’ai été enchantée de retrouver ici, en ma terre d’adoption, vos propres légendes qui enrichissent le patrimoine de l’humanité.

En voici une qui vient du peuple inuit et que j’ai racontée à ma fille, Marie-Éden.

C’est l’histoire d’un moustique qui se pose un jour sur le bras d’un garçon.

« Ne me frappe pas, bourdonnait le moustique, ne me frappe pas! Car je dois chanter pour mes petits-enfants. »

Figurez-vous que ce moustique était grand-père et que toute une lignée de petits moustiques dépendait de lui.

« Pensez donc, a répondu le garçon, être si petit et déjà grand-père. »

Le moustique lui conta que dans le chant, il y avait l’idée de la transmission. La transmission d’un savoir ancestral, d’un savoir millénaire.

C’est ainsi que le garçon apprend du moustique une leçon essentielle.

Que l’on soit petit ou grand, on a tous une responsabilité à l’égard de celles et de ceux qui marchent sur nos traces.

Celle d’être des modèles.

Celle de transmettre, par notre exemple, ce que l’on sait, ce que l’on a appris de notre propre expérience et de l’expérience des femmes et des hommes qui étaient ici avant nous.

C’est ainsi que le cycle de vie se poursuit à l’infini, à la manière du grand cercle qui nous unit tous.

C’est ainsi que l’humanité se renouvelle, d’une génération à l’autre.

Voilà ce que nous apprend la sagesse de celles et de ceux qui, les premiers, ont habité ce territoire et en ont célébré les richesses.

J’ai la certitude que le présent s’enrichit de l’expérience du passé.

Et que les réalisations des uns sont autant de sources d’inspiration pour les autres.

Les femmes et les hommes que nous honorons ce soir encouragent leurs semblables, particulièrement les jeunes, à se lancer à la poursuite de leurs rêves et à s’efforcer de changer le cours des choses, pour le bien de l’ensemble.

Vous représentez le sens de l’engagement, la volonté de se dépasser, le souci de l’autre, la passion, le goût d’explorer le savoir et la vie dans toutes ses dimensions.

Permettez que je formule un vœu.

Que vous soyez pour les jeunes autochtones, qui ont parfois le sentiment que leur avenir est bouché et qui se sentent écartelés entre traditions et modernité, une étincelle d’espoir, une voie à suivre, une incitation à rêver grand.

Que vous soyez pour tous les jeunes de ce pays et du monde autant de raisons de persévérer et d’aller au bout de vos possibilités.

Félicitations à chacune et chacun d’entre vous, et bonne fin de spectacle!

Je suis fière de vous. N’oubliez jamais que votre réussite rejaillit sur chacune et chacun d’entre nous.