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Rideau Hall, le mercredi 18 octobre 2006
Vous savez, ce prix revêt une importance particulière pour moi et pour toutes les femmes qui ont à cœur de militer en faveur d’une société plus égalitaire, donc plus juste. Non seulement parce qu’il permet de mettre en lumière le travail accompli en ce sens par des femmes exceptionnelles.
Mais, surtout, parce qu’il permet de rappeler aux jeunes femmes que les droits qu’elles tiennent pour acquis aujourd’hui sont relativement récents dans l’histoire de l’humanité et, par voie de conséquence, fragiles.
N’oublions jamais, Mesdames et Messieurs, que les droits de nos mères et de nos grand-mères étaient loin d’être les mêmes, et que nous devons notre liberté d’action à celles qui nous ont précédées de peu dans le temps.
Que l’on pense au droit d’être nommée au Sénat, au droit de participer à la vie économique, au droit de penser dans les tribunes publiques, ou au droit d’être protégée contre l’oppression et la violence. Je ne remonte pas ici des siècles, mais à peine une ou deux générations.
Ces droits font partie des valeurs que nous estimons fondamentales dans ce pays et qui font notre véritable richesse collective, enviée partout sur le globe.
J’ai consacré plusieurs années de ma vie antérieure à les revendiquer et à les défendre au besoin. La gouverneure générale que je suis devenue, il y a un peu plus d’un an, continue autrement sur la même lancée.
Quitte parfois, comme je n’ai pas hésité à le faire à l’occasion de la Journée internationale de la femme, d’un point de vue personnel, à aborder des sujets aussi difficiles que la violence en milieu familial. La parole m’a toujours semblé préférable au silence, et le partage infiniment plus nourricier que la solitude du secret qui nous isole et nous ronge de l’intérieur.
Les femmes que nous honorons aujourd’hui ont contribué, chacune à sa façon, à promouvoir l’égalité au Canada. Que ce soit dans les domaines névralgiques du développement économique communautaire, de l’avancement professionnel, de la gestion, du partage des connaissances, de la réforme législative ou de la lutte contre la violence, elles célèbrent, par leurs actions, ce que j’appellerais volontiers le génie féminin.
Elles ont pavé la voie aux jeunes femmes qui marchent dans nos pas. Et, rappelons-le pour mémoire, elles représentent une étincelle d’espoir pour tant des femmes du monde entier. Des femmes dont les droits sont bafoués quotidiennement. Des femmes qui ont besoin d’appui alors qu’elles font entendre leurs voix au péril de leur vie. Des femmes dont le destin ne pèse pour rien dans la balance du pouvoir.
Je me réjouis également du prix qui est décerné chaque fois à une jeune femme car, je l’ai souvent dit au cours de cette première année de mandat, plus encore que notre avenir, la jeunesse est notre présent. J’ai été impressionnée partout où je suis allée dans ce vaste pays par l’engagement des jeunes, par leur empressement à emprunter de nouvelles voies prometteuses, par leur volonté de dire, voire de crier leur espoir en un monde meilleur. J’y entends un désir profond de changer les choses pour le mieux. C’est dans cet esprit que nous saluerons la jeune lauréate de cette année.
Les femmes ont toujours su combien la vie est précieuse. Même sans sa mémoire, qu’elle avait si vive, ma mère qui souffre de la maladie d’Alzheimer n’arrête pas de me le dire à sa façon. De tout temps, les femmes ont joué un rôle vital dans la pacification des tensions qui font tressaillir certaines régions du monde, de même que dans la protection des plus démuni(e)s et de notre environnement. Souvenons-nous qu’elles n’ont été sorcières et brûlées vives que parce que certains leur enviaient leurs connaissances et leur franc-parler.
Certes, les choses ont progressé. Mais il reste encore trop de femmes qui sont bâillonnées, exploitées, tuées. Ne nous le cachons pas. Et voyons dans le traitement que l’on réserve aux femmes dans certains pays un appel constant à la vigilance et à la solidarité.
J’ai eu l’occasion récemment de voir une exposition qui m’a bouleversée. Cette exposition était consacrée au travail de femmes photographes afghanes qui ont capté sur le vif la résistance de leurs concitoyennes trop longtemps réduites au silence et qui tentent par tous les moyens de créer des espaces de paroles en mettant sur pied des stations de radio ou en intervenant à la télévision. Ces femmes sont journalistes, vidéastes, photographes, cinéastes.
Certaines n’ont pas encore vingt ans et ont décidé de prendre leur destin en main. Dans un pays où 60 p. 100 de la population sont des femmes, l’avenir passe par elles.
Cette impressionnante exposition de photos de femmes afghanes, qui sera bientôt présentée à l'Université Carleton, a été rendue possible grâce à la merveilleuse initiative de Madame Samad, l'épouse de l'ambassadeur de la République islamique d'Afghanistan. Nous avons le plaisir d'avoir Madame Samad parmi nous aujourd'hui.
Je le rappelais l’an dernier à cette même occasion et je le répète aujourd’hui. Même dans un pays aussi progressiste que le Canada, reconnu pour son engagement à l’égard des droits et des libertés, les femmes doivent continuer de lutter pour préserver leurs acquis, le respect de leur intégrité physique et psychologique, améliorer leur condition et accéder à l’équité.
Je crois au pouvoir de l’action. Et, à la grandeur du pays, j’ai vu des femmes, des hommes, des jeunes, déployer des efforts remarquables pour contrer toutes les formes de violence qui affligent les femmes, pour faire échec aux obstacles sur le chemin de l’égalité, pour construire un monde où prévaut avant tout le respect.
Ces paroles et ces gestes, toute cette mobilisation dont j’ai été le témoin privilégié, sont le plus bel hommage que l’on puisse vous rendre, Mesdames, récipiendaires de l’édition 2006 du Prix du Gouverneur général en commémoration de l’affaire « personne ». Car ils accompagnent et prolongent votre désir de justice.
Il n’y a rien comme l’entêtement d’une femme. Ça aussi ma mère me l’a appris, et j’essaie de l’apprendre à mon tour à ma fille. Surtout lorsqu’il s’agit d’enrayer de nos vies des choses aussi malsaines que la discrimination et la misogynie. Sachez, Mesdames, que le vôtre, je parle de votre entêtement, est salutaire et reste exemplaire.
Joyce M. Hancock, Maureen Kempston Darkes, Doreen McKenzie-Sanders, Jan Reimer, Charlotte Thibault, Seema Shah, vous êtes des modèles pour nous, pour celles et ceux qui vont vous suivre, et pour tant de femmes et d’hommes du monde entier qui, grâce à votre exemple, persévèrent dans leur marche vers l’avant.
Au nom de la population canadienne, je vous embrasse et vous remercie de tout cœur.
