Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la remise du Prix du Gouverneur général pour l’entraide

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La Citadelle, le jeudi 21 septembre 2006

C’est un immense plaisir de vous accueillir ici, à la Citadelle, dont nous aimerions rehausser le rôle au sein de la vie culturelle et citoyenne du Québec et du Canada.

Ce lieu chargé d’histoire, qui surplombe le fleuve Saint-Laurent, sur les hauteurs du Cap Diamant, sert de seconde résidence officielle aux Gouverneurs généraux du Canada depuis 1872.

Nous aimerions que les Québécois et les Canadiens en général y aient davantage accès, pour en apprécier la valeur patrimoniale et le point de vue exceptionnel. Point de vue au sens large. Par exemple, les œuvres d’art qui sont exposées ici rendent justice à l’élan créateur et à la vigueur de nos artistes qui  sont les grands ambassadeurs de la vie culturelle dans notre pays. Notre vœu est d’ouvrir les portes de la Citadelle à la population et d’en faire un espace de réflexion, de prise de conscience et de rencontres au fil d’événements que nous tiendrons ici.

Notamment hier, pour la première fois dans l’histoire des gouverneurs généraux, nous y tenions un déjeuner d’État, qui a réuni plus d’une centaine de personnes de tous les milieux, en l’honneur de la présidente de la Lettonie qui a vécu avec sa famille 40 ans au Canada et mené une brillante carrière de chercheure et d’universitaire au Québec. La voilà aujourd’hui Chef d’État de son pays d’origine et pressentie comme éventuel successeur de Kofi Annan à la direction des Nations Unies.

Cette résidence est aussi un lieu de célébration. Et je ne saurais imaginer plus belle occasion de célébration que celle qui consiste à reconnaître le travail extraordinaire qu’accomplissent, souvent dans l’ombre, nos héroïnes et nos héros du quotidien. Tendre la main aux autres est pour moi le geste le plus prometteur et le meilleur gage d’espoir. Chaque geste posé en vue de répondre à la détresse humaine ou d’apporter son aide à autrui a le pouvoir énorme, je le répète énorme, de changer le cours d’une vie.

Je crois profondément que ce sont ces gestes qui construisent des chaînes de solidarité, localement d’abord, dans nos quartiers, nos communautés, nos villes, partout à travers le pays, mais aussi dans le monde. J’aime à dire que l’ouverture au monde commence par une ouverture aux réalités là où nous vivons. C’est ainsi que nous avons tous et chacun la possibilité, j’oserais dire la responsabilité, d’humaniser la vie, de la réinventer, de lui redonner une dimension plus grande.

C’est ainsi que l’espoir s’insinue au quotidien dans nos vies et finit par vaincre le sentiment d’impuissance qui conduit au désespoir et à l’indifférence. Il arrive souvent que l’espoir consiste à recoller des fragments d’humanité et de dignité, en utilisant au mieux nos ressources, nos idées, nos possibilités.

Je suis convaincue que le sens véritable de l’entraide réside dans cette volonté de transcender l’individualisme et le chacun pour soi, pour faire siens les besoins de l’ensemble. En ce monde où les solitudes et les situations inhumaines se multiplient, comme les événements récents qui ont eu lieu au collège Dawson nous le rappellent brutalement, nous avons en chacun de nous cette force de résistance qui nous permet de poser des gestes conséquents pour que notre désir d’humanité et d’un monde meilleur ne soient pas des vœux pieux.

À parcourir le pays, à la rencontre et à l’écoute de tant de gens sincèrement engagés dans la vie citoyenne, il m’est donné de voir à l’œuvre toutes ces forces vives, si essentielles parce qu’elles sont la vraie charpente de notre société.

De province en province, d’un territoire à l’autre, j’ai entendu les mêmes préoccupations et j’ai vu des hommes et des femmes, des jeunes et des aînés, poser des gestes semblables pour agir et trouver des solutions à des problèmes qui nous affligent de la même façon.

C’est à cette richesse là que j’ai porté attention beaucoup plus qu’à ces soit disant différences qui nous tiendraient à distance les uns des autres.

Il nous faut rassembler nos efforts et unir nos forces. Et d’ailleurs juste avant cette cérémonie, nous avons tenu une table ronde sur l’engagement social qui a réuni celles et ceux que nous allons honorer aujourd’hui, pour l’œuvre d’une vie consacrée à aider fraternellement l’autre, et des jeunes qui dans leur sillon donne de leur temps et de leur énergie dans le même esprit et avec la même conviction. Permettez-moi de vous les présenter et je leur demanderais de se lever au fur et à mesure où je les nomme.

Je tiens à remercier pour leur participation :

Karina Asborne de la maison Dauphine qui travaille auprès des jeunes de la rue…

Gabriel Bertol qui collabore à TRAIC jeunesse qui œuvre également auprès des jeunes de la rue…

François Morneau du gîte Jeunesse Beau Port, le seul organisme d’hébergement pour des garçons en difficulté de 12 à 17 ans…

Mélissa Perron qui s’implique auprès du P.I.P.Q qui mène une action importante sur le phénomène de la prostitution, incluant la prostitution juvénile…

Et enfin Florent Tanlet qui s’engage auprès de GRIS Qc organisme qui vient en aide aux jeunes homosexuels.

Les six personnes qui reçoivent aujourd’hui notre Prix pour l’entraide ont en commun la détermination d’agir pour le bien collectif. Six personnes qui nous donnent une leçon d’humanité en faisant don de leur amitié, de leur ouverture à l’autre, de leur empathie à l’égard de leurs semblables. Vous rendre hommage aujourd’hui est pour moi un honneur et un privilège.

À Melville Dusablon, de Trois-Rivières, qui a fondé une banque alimentaire et qui est toujours prêt à aider les plus démunis, je dis merci.

À Mervin F. Jones, de Saint-Gabriel-de-Valcartier, qui a été bénévole auprès de milliers de jeunes au sein du mouvement scout pendant près de 50 ans, je dis merci.

À Vincent Plante, de Lévis, qui apporte l’espoir autour de lui et qui permet aux personnes handicapées de d’acquérir plus d’autonomie, je dis merci.

À Éliette Baril Rondeau et Roger Rondeau, de Saint-Damien, qui ont à cœur de partager leurs connaissances en vue d’embellir et de préserver l’environnement, je dis merci.

À Ghislaine Savard, de Baie Saint-Paul, qui recrute des bénévoles et organise des collectes de fonds pour de nombreuses causes sociales, je dis merci.

Sachez que vous êtes des modèles d’engagement dans vos communautés, pour nous tous et pour les jeunes générations qui marchent dans vos pas et qui cherchent aussi avidement à manifester leur volonté de partage.

J’aimerais d’ailleurs, s’il m’est permis de formuler un vœu, que les jeunes soient mieux représentés dans cette catégorie de prix. Car, depuis ma nomination au poste de gouverneure générale, partout au pays, je n’ai cessé de rencontrer des jeunes engagés dans un éventail de projets et d’actions pour le bénéfice de leur communauté.

Tout en construisant l’avenir, c’est au présent que ces jeunes agissent, et ils mériteraient qu’on leur rende hommage. Je compte sur vous pour m’aider dans cette tâche. Quelle façon fructueuse d’établir des ponts entre les générations.

Au nom de tous nos concitoyens, je vous remercie de tout cœur de nous rappeler avec tant de générosité et d’éloquence, qu’il n’est pas nécessaire de vivre replié sur soi et qu’il est possible d’envisager le monde comme un bien commun, un bien précieux qu’il nous faut protéger pour rendre notre vivre ensemble plus humain.