Ce contenu est archivé.
Rideau Hall, le vendredi 3 novembre 2006
J’ai toujours cru qu’il fallait accorder aux arts et aux artistes une place vitale au sein de la Cité. Vitale parce que, par les arts, s’expriment de façon singulière les aspirations, les peurs et les désirs du plus grand nombre.
Vitale parce que les arts condensent des années d’apprentissage et de travail passionné.
Vitale parce que les arts et les artistes élargissent nos horizons et, oui, parfois, parce qu’ils ébranlent nos certitudes, et c’est tant mieux.
Vitale parce qu’ils nous rappellent subtilement que la beauté finit toujours par avoir raison de la douleur, de la bêtise, de la barbarie.
« Si le monde était clair, disait Camus, l’art ne serait pas ». Les arts ont ceci de particulier et d’irremplaçable qu’ils nous invitent à renouer avec cette part secrète que nous portons toutes et tous en nous.
La pratique et la fréquentation des arts nous permettent d’élucider ce qui nous semble de prime abord incompréhensible et, inversement, de rendre son mystère à une chose mille fois regardée.
C’est par les arts que nous nous approchons le plus du caractère précieux, imprévisible et unique de la vie.
Les arts appellent à la fois le recueillement et la célébration. Ils nous forcent à transcender notre quotidien pour rejoindre l’universel.
La profondeur d’une parole, un point de vue inusité, un mouvement inspiré, un air qui ne vous quitte plus, une volonté de partage, un don de soi et un goût invétéré pour les découvertes, voilà qui donne une idée du geste créateur, sans pourtant en épuiser le sens.
Et disons-le encore une fois : une société qui ne favorise pas l’éclosion des artistes, ou qui ne cherche pas à faciliter le dialogue entre ses artistes et la Cité, est vouée à l’ennui, puis à sa perte.
Rendons hommage aux artistes qui nous empêchent de réduire les sociétés à des visions exclusivement comptables.
Et reconnaissons que les arts se propagent comme une affirmation du génie humain et qu’il est un devoir d’en assurer l’accès et la diffusion puisqu’il s’agit d’un bien nécessaire.
En ces temps incertains, où des barbaries de toutes sortes nous guettent, les arts sont peut-être notre meilleur rempart et le moyen le plus efficace de rencontre et de pacification.
Oui, l’espace artistique est un espace de rapprochement. Dans cet espace s’affichent notre diversité, en une explosion de langues, de rythmes et de couleurs, et une volonté bien humaine d’ouvrir aux sens chacune de nos aventures.
Au cours de ma première année dans la fonction de gouverneur général, j’ai sillonné ce pays et j’ai partout rencontré des artistes de toutes les disciplines, de toutes les origines, de tous les âges.
J’ai pris le pouls de la scène culturelle de ce pays, et je sais que son cœur bat toujours aussi fort.
Vous, artistes que nous honorons ce soir, en êtes la plus belle preuve.
Sachez que, pour moi et pour tant d’autres, la vie perdrait tout son sens sans vous qui nous interrogez, qui nous interpellez, qui nous élevez vers la beauté.
À Jacques Languirand qui, en plus de cinquante ans sur les ondes, est devenu un homme de paroles incomparable, je dis merci.
À Lorne Michaels, qui a donné à l’humour ses lettres de noblesse, je dis merci.
À Albert Millaire, dont la voix à elle seule est une norme d’excellence à la gloire du théâtre, je dis merci.
À Robbie Robertson, dont le souffle musical emplit tout l’espace, je dis merci.
À Joysanne Sidimus, qui a aidé tant de danseurs à faire la transition après leur carrière professionnelle, je dis merci.
À Mark Starowicz, convaincu que notre histoire était digne du plus grand intérêt, je dis merci.
À Georges et Sherif Laoun, pour leur appui indéfectible aux arts visuels et de la scène, je dis merci.
À Richard Bradshaw, qui déploie des efforts remarquables pour la promotion de l’opéra et des grandes voix canadiennes, je dis merci.
Je vous salue toutes et tous, lauréats de cette édition des Prix du gouverneur général pour les arts de la scène et vous dis, non seulement notre fierté, mais aussi notre gratitude pour ce supplément d’âme que vous nous apportez.
Merci de tout mon cœur.
