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Charlottetown, le lundi 7 novembre 2005
Mon mari Jean-Daniel Lafond, ma fille Marie-Éden et moi-même sommes enchantés d’être parmi vous, à l’Île-du-Prince-Édouard.
Ma fille et moi-même sommes nées dans une île du sud. Et j’ai l’impression de renouer avec ce sentiment inexplicable, mais palpable, qui lie les insulaires de ce monde.
Cet horizon d’eau qui encercle la terre reste le même. À la fois comme une protection naturelle et comme un appel vers l’ailleurs.
Ce n’est d’ailleurs pas ma première visite chez vous. Je me souviens de vacances merveilleuses ici avec ma mère, d’un site de camping enchanteur dans les environs de Cavendish, de cette terre rouge et de ces dunes de sable, de ces plages qui, me dit-on, s’étendent sur plus de 800 kilomètres.
Ce souvenir justifie à lui seul mon bonheur d’être de retour dans votre île. Et mon bonheur d’y emmener ma fille pour la première fois, elle qui rêve de ce voyage depuis des semaines.
Par ailleurs, je tenais à être des vôtres pour célébrer le 150e anniversaire de l’incorporation de Charlottetown. Je ne pouvais souhaiter meilleure occasion de souligner les richesses patrimoniales de votre ville, et les réalisations remarquables des citoyennes et des citoyens d’ici.
Il y une autre raison, peut-être plus profonde, de me réjouir d’être parmi vous aujourd’hui. Je voulais, à titre de gouverneure générale, à faire une sorte de pèlerinage sur les lieux mêmes qui ont vu la naissance du Canada.
N’est-ce pas ici, à Charlottetown, en 1864, que les Pères de la Confédération ont d’abord rêvé d’un Canada qui allait se concrétiser quelques années plus tard?
Un rêve que nous continuons à alimenter de nos propres aventures, de nos propres expériences, de nos propres perspectives et, disons-le franchement, des leçons à tirer de nos échecs.
Un rêve que nous continuons de jour en jour à mettre en œuvre pour le bien de l’ensemble.
J’étais dans la Chambre de la Confédération, il y a juste un moment, et j’ai cru que le temps s’était suspendu.
Dans cette Chambre restée intacte, par-delà le temps, j’ai cru entendre les échos des discussions qui ont présidé à la naissance de ce pays.
Ces hommes s’étaient rassemblés dans l’espoir de créer un pays. Et ce pays qu’ils nous ont légué est devenu pour nous celui de tous les possibles.
Comme vous le savez sans doute, les Mi’kmak appelaient votre province « Abegweit », c’est-à-dire « la terre bercée par les vagues ». Belle coïncidence pour la mère que je suis que ce lieu est aussi le berceau de la Confédération canadienne.
Nous avons tous la responsabilité de poursuivre le travail entrepris par les Pères de la Confédération. Après tout, leur démarche n’était qu’un commencement. Il revient aux citoyennes et aux citoyens de ce pays de continuer sur leur lancée dans le même esprit de collaboration et dans un monde en constante évolution.
Aujourd’hui, en ce début de siècle et de millénaire, le Canada n’est plus tout à fait le même. C’est un pays qui contient le monde, riche de son bilinguisme, de sa diversité culturelle, de ses réalisations et de la place unique qu’il occupe sur le concert des nations.
C’est un pays où chacune et chacun d’entre nous avons la possibilité de participer à son essor et de se réaliser pleinement.
J’ai dit et je répète que ma devise, à titre de gouverneure générale du Canada, est de briser les solitudes. Ces solitudes qui confinent trop de gens autour de nous au silence, parfois dans l’indifférence de celles et de ceux qui pourraient leur tendre la main.
Ces solitudes qui séparent les plus fortunés des plus démunis, les habitants bien établis des nouveaux arrivants, les jeunes des aînés, les villes de nos campagnes.
J’estime qu’un pays prospère surtout lorsqu’une volonté de vivre ensemble peut s’exprimer librement, dans le respect des différences et dans un souci constant d’ouverture.
Le Canada représente cet espoir d’un monde meilleur pour tant de peuples confrontés au désespoir et à la barbarie. Il est de notre devoir d’entretenir cette lueur d’espoir pour le plus grand nombre.
Nous avons déjà fait la preuve collectivement qu’il est possible pour des gens de différents horizons linguistique, culturel, religieux et ethnique de vivre côte à côte dans la paix et le respect.
C’est cet esprit de solidarité qui viendra à bout des solitudes qu’il nous reste à briser. Cet esprit de solidarité que l’on retrouve si souvent à l’œuvre parmi les insulaires. Je compte sur vous pour m’aider dans cette tâche.
Pendant mon séjour parmi vous, je souhaite vous entendre parler de ce rêve que j’appelle de tous mes vœux et qui consiste à construire ensemble le Canada de demain. Ce Canada encore plus tolérant que nous voulons laisser en héritage à nos enfants et aux générations futures.
Ce dialogue que j’amorce aujourd’hui avec vous est pour moi très précieux. Je rencontrerai chez vous des élèves, des femmes qui ont à cœur de protéger celles parmi nous qui sommes victimes de violence, des agriculteurs, des pêcheurs, des artistes, des nouveaux citoyens, et ce que vous me direz, je l’emporterai avec moi pour en faire écho à la grandeur du pays.
Je suis une citoyenne parmi les citoyens, et il me tarde d’entendre vos préoccupations, vos rêves, vos aspirations. Vous avez tant de choses à m’apprendre. Nous avons tant de choses à nous dire.
Mon mari, ma fille et moi-même vous remercions de tout cœur pour l’accueil chaleureux que vous nous avez réservé. Nous ne l’oublierons pas. Et nous espérons que ce voyage n’est que le premier de plusieurs autres à venir.
Au plaisir de vous rencontrer au cours des prochains jours.
Merci.
