Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la remise des Prix du Gouverneur général pour l’excellence en enseignement de l’histoire canadienne

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Rideau Hall, le jeudi 28 septembre 2006

Vous connaissez sans doute trop bien ce vieux cliché selon lequel le Canada aurait « trop de géographie et pas assez d’histoire ».

Or, nous savons que rien n’est plus faux, car chaque jour du calendrier est marqué d’événements importants ou notoires de l’histoire de notre pays.

Aujourd’hui, par exemple, c’est l’anniversaire du célèbre but marqué par Paul Henderson en 1972, durant la série de hockey opposant le Canada et la Russie. Ce fut un moment dont toutes les Canadiennes et tous les Canadiens d’un certain âge, y compris moi, se souviennent avec la plus grande fierté.

Mais le 28 septembre est une date importante à bien d’autres égards. C’est en effet ce jour-là, en 1793, que la législature du Haut-Canada a adopté la loi contre l’esclavage, qui fut le début de la fin de l’esclavage dans le territoire qu’est maintenant le Canada.

On dit qu’il était prévu dans cette loi que les enfants esclaves nés dans le Haut-Canada après le 28 septembre 1793 devaient acquérir leur liberté à l’âge de 25 ans.

À la même date en 1869, George-Étienne Cartier a prononcé un discours à Ottawa dans lequel il privilégiait le maintien du lien rattachant le Canada à la Grande-Bretagne plutôt que l’indépendance complète.

Un peu plus d’un siècle plus tard, soit en 1971, Margaret Birch devenait la première femme ministre du cabinet au gouvernement de l’Ontario.

Enfin, c’est à cette même date en 2000 que décédait Pierre Elliot Trudeau, un homme qui a joué un rôle si primordial dans l’histoire du Canada.

Les événements que je viens de citer n’ont aucun lien entre eux et ont été choisis au hasard parmi une longue liste.

Tous, cependant, s’inscrivent dans notre histoire nationale commune, exprimant certains aspects du Canada et de ce que sont les Canadiens.

L’histoire relate les événements en nous indiquant le contexte, élément essentiel qui permet de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Notre compréhension de l’histoire éclaire nos rapports les uns avec les autres et devrait nous aider à nous fixer chaque fois des buts nouveaux, des buts plus nobles.

Comment les jeunes peuvent-ils faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas? Comment peuvent-ils aspirer à comprendre d’où ils viennent et d’où viennent leurs communautés? Comment peuvent-ils espérer distinguer entre ce qui est important et ce qui est éphémère, si ce n’est par la connaissance et l’étude de l’histoire?

Vous toutes et tous ici présents comprenez bien ces enjeux.

Vous êtes investis d’une tâche primordiale et essentielle : transmettre la mémoire collective du Canada à la prochaine génération.

Vaste mémoire, aussi vaste que ce pays est grand. Riche et fascinante mémoire : que l’on pense à toutes ces voix qui méritent d’être entendues, tous ces témoignages qu’il nous faut encore recueillir et qui reposent patiemment dans l’oubli et ne demandent qu’à ressurgir.

Si vous avez été choisis pour recevoir ce prix, c’est parce que vous accomplissez ce travail avec passion et imagination. Vous avez l’art de transformer un sujet rébarbatif aux yeux de nombreux élèves en une matière intéressante et pertinente.

Des prix de ce genre permettent de reconnaître d’une manière officielle la contribution inestimable de distingués Canadiens et Canadiennes. Mais c’est également une occasion pour nous tous de connaître de nouvelles façons de faire et de rencontrer des concitoyennes et des concitoyens d’autres régions du  pays. Cela nous révèle des façons inédites de découvrir des témoignages jamais entendus auparavant et nous dévoile des chapitres inconnus de notre histoire.

C’est justement la raison d’être du nouveau volet du site web du gouverneur général que j’ai inauguré hier. Ce nouvel outil, appelé Écoute des citoyens, consiste en une tribune ouverte, où les gens de tout âge peuvent partager leurs expériences, leurs idées et leurs aspirations avec d’autres personnes souhaitant elles aussi construire un monde meilleur et façonner l’histoire.

Les femmes et les hommes que nous honorons aujourd’hui travaillent déjà à bâtir ce monde, usant de leur créativité pour aider leurs élèves à découvrir l’histoire de leur pays.

Prenons l’exemple d’Antony Caruso, à l’école élémentaire Holy Spirit à Aurora, en Ontario. Il a confié à ses élèves de 7e et 8e années la mission d’espionnage « rivière Rouge ». Il s’agissait pour eux d’espionner le gouvernement métis de Louis Riel au nom de John A. Macdonald.

À l’école St. Gabriel à Regina, Kim Chagnon et Mary Scott ont lancé un programme qui met l’accent sur la ville de Regina en demandant aux élèves de 2e et 3e années de comparer le passé et le présent, puis d’imaginer l’avenir de leur ville.

Quant à Jennifer Johnson-George, elle fait revivre l’histoire à l’école élémentaire Prince of Wales, à Calgary, en offrant à ses élèves l’occasion de s’entretenir avec des Aînés du Traité 7, au terrain du Stampede de Calgary, pour se familiariser avec leurs arts traditionnels.

Pour sa part, Julie-Catherine Mercadier, enseignante à l’École primaire Louisbourg à Montréal, veut aider ses élèves, dont un grand nombre sont des néo-Canadiens, à découvrir l’histoire qui se cache derrière les noms des rues et des parcs dans les environs de l’école.

Greg Miyanaga, à l’école élémentaire Pinetree Way à Coquitlam, a aidé ses élèves de 4e et 5e années à approfondir la signification du racisme, de l’intimidation et des droits humains, en leur faisant rencontrer des Canadiens d’origine japonaise ayant connu les camps d’internement durant la Seconde Guerre mondiale.

Enfin, Blake Seward a imaginé une manière concrète de donner une dimension plus significative au jour du Souvenir, en demandant à ses élèves de l’école Smiths Falls District Collegiate de faire des recherches sur la vie et la carrière militaire d’un soldat d’une autre époque.

Vous méritez donc toutes nos félicitations pour ces réalisations extraordinaires. Car vous aidez à former la prochaine génération de citoyennes et de citoyens, ceux qui vont écrire de nouvelles pages de notre histoire nationale.

Je suis certaine qu’en recevant cette récompense, vous avez une pensée pour  l’enseignant qui a su éveiller en vous la passion que vous nourrissez pour l’histoire.

Au nom de vos concitoyennes et de vos concitoyens, permettez-moi de vous remercier pour vos efforts et pour le mérite et le dévouement dont vous faites preuve en transmettant cette passion aux jeunes. Bravo pour un excellent travail!