Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la cérémonie d’accueil à l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest

Ce contenu est archivé.

Yellowknife, le lundi 19 juin 2006

Mon mari Jean-Daniel Lafond et moi-même aimerions vous remercier de l’honneur que vous nous faites en nous accueillant dans votre Assemblée législative, et de l’occasion que vous me donnez de m’entretenir brièvement avec vous en ce lieu ouvert sur les splendeurs naturelles de votre milieu et chargé de votre histoire.

Je suis d’ailleurs heureuse de vous apporter et de vous remettre ici même, dans la Chambre de cette Assemblée, les armoiries territoriales qui confirment que le symbole officiel le plus important des Territoires du Nord-Ouest est désormais enregistré dans l’armorial du Canada.

Après le Nunavut, où nous étions dernièrement, nous voici donc parmi vous pour découvrir un autre visage du grand Nord. Dès la descente de l’avion vers Yellowknife, j’ai eu l’impression de m’approcher de l’endroit vers lequel pointe l’aiguille des boussoles. Ce Nord mythique que notre imaginaire collectif associe à l’esprit d’aventure, à la richesse des cultures autochtones, à une nature démesurée, à la clarté interminable des jours, ou à la longueur des nuits d’hiver.

J’ai choisi ce moment de l’année où le jour est plus long que la nuit pour ma première visite officielle des Territoires du Nord-Ouest à titre de gouverneure générale du Canada. La raison en est simple : j’ai tant de nouvelles choses à voir, de nouvelles personnes à rencontrer, que j’ai misé sur la longueur de vos journées pour m’imprégner le plus possible de vos paysages grandioses et de vos façons uniques et précieuses de les habiter. Mes yeux sont grands ouverts depuis mon arrivée parmi vous.

Pour l’insulaire que je suis, ayant grandi dans une île cernée de toutes parts par l’océan Atlantique et par la mer des Caraïbes; et pour l’enfant du sud que j’étais, qui a vu les forêts tropicales de son Haïti natale se décimer au point de laisser la terre desséchée, et les montagnes réduites « à l’os », la nature du Nord est un véritable prodige.

De la taïga à la toundra, de la majesté du fleuve Mackenzie, le plus long au Canada, aux lacs de l’Ours et de l’Esclave, les huitième et dixième plus grands au monde, la générosité de ces terres principalement habitées par les peuples autochtones est à la mesure des rêves que nous pouvons y entretenir.

Je suis ici pour la première fois, et je sais que ne pas connaître le Nord, c’est ne pas connaître la plus grande partie de notre pays. C’est une région unique où les Premières Nations, les Métis et les Inuits partagent un territoire avec les non‑Autochtones. Je m’estime très privilégiée de faire cette expérience du Nord avec vous, et je souhaite de tout cœur que davantage de Canadiennes et de Canadiens aient la chance de la vivre à leur tour.

Voilà ce que je me disais hier pendant que je participais à une partie de pêche avec votre premier ministre. Chaque fois que je lançais ma ligne à l’eau, j’avais conscience de puiser dans un précieux réservoir d’eau douce, cette ressource irremplaçable que des générations de peuples autochtones ont toujours protégée et respectée. En passant, je suis fière de vous dire que j’ai attrapé un superbe grand brochet, tandis que l’agent de la GRC a attrapé une belle truite.

En me préparant à ce voyage, j’ai été étonnée de constater combien nombreux ont été les changements apportés à la superficie des Territoires du Nord-Ouest au cours de leur histoire, et à quel point ces changements sont liés à la création du Canada moderne. Ces vastes étendues ont englobé tantôt tout l’Alberta, la Saskatchewan et le Yukon, tantôt une partie du Manitoba, de l’Ontario et du Québec. Sans parler, plus récemment, de la partition d’avril 1999 qui a entraîné la naissance du Nunavut.

C’est grâce à la rencontre avec les peuples autochtones qui connaissent depuis longtemps le génie de ces terres que nous avons acquis une plus grande connaissance du nord du soixantième parallèle et des ressources qui s’y trouvent. Yellowknife, qui s’appelait autrefois Couteau-Jaune, du nom d’une tribu amérindienne, qui désignait par là le minerai de cuivre, est à l’image du nouveau Canada qui représente l’espoir dans le monde d’aujourd’hui.

On y côtoie notamment des Autochtones, des anglophones, des francophones, de même que des citoyens d’origine vietnamienne, somalienne ou japonaise qui, en venant ici, ont sans doute répondu à l’appel de ces grands espaces.

Je me réjouis d’ailleurs que tant d’habitants aient à cœur de préserver les nombreuses langues autochtones encore parlées ici. Voilà qui pique largement la curiosité de la passionnée de langues que je suis.

Je vous encourage à déployer tous les efforts en vue de garder vivantes ces langues qui font partie de notre richesse collective et du patrimoine de chaque Canadienne et de chaque Canadien. Ne l’oublions pas.

L’emplacement de votre Assemblée législative me rappelle aussi la nature grandiose dont je parlais plus tôt et qui, pour moi, s’associe intimement à ce sentiment de liberté que l’on respire sans entrave dans ce pays.

Bien sûr, la première liberté à laquelle je pense, c’est la liberté de faire des choix, de pouvoir prendre son destin en main et d’améliorer le sort de sa communauté. Or, cet apprentissage de la liberté commence avec l’éducation, qui nous arme mieux contre les assauts de l’exclusion.

Je sais que l’un des grands enjeux auxquels les jeunes d’ici font face est la recherche d’un juste équilibre entre la préservation des modes de vie traditionnels du Nord et les exigences du monde moderne. Il faut les aider à atteindre cet équilibre pour que se perpétuent les savoirs traditionnels, si uniquement reliés à notre compréhension du territoire.

Il faut également les aider à s’approprier les nouveaux savoirs pour qu’ils participent pleinement à tous les secteurs d’activités de notre pays. Et cela dans le but de poursuive notre recherche d’un monde meilleur où la vie serait plus juste et plus facile, notamment pour la population autochtone qui est ici majoritaire.

En cette occasion spéciale, j’aimerais féliciter toutes les étudiantes et tous les étudiants qui viennent d’obtenir leur diplôme des écoles secondaires et des collèges des Territoires du Nord-Ouest. Je vous encourage à poursuivre des études universitaires, car le Nord a besoin de médecins, d’ingénieurs, d’enseignants, d’avocats, d’architectes et de  techniciens.

Mais, quoiqu’il en soit, je demeure convaincue que les solutions viendront de vous. Que vous êtes les mieux placés pour répondre aux inquiétudes et aux aspirations de vos jeunes de même qu’aux défis que posent le milieu naturel, d’une manière qui s’inspire des traditions et soit à la fois résolument tournée vers l’avenir.

Je sais quels sont les effets néfastes du changement climatique dans votre quotidien : la diminution de certaines espèces comme le caribou, par exemple, ou la fonte du pergélisol, ou le raccourcissement des saisons durant lesquelles les routes de glace sont praticables.

Dans un pays aussi vaste et diversifié que le nôtre, nous devons miser sur l’éventail formidable des expériences de chacune et de chacun, quelles que soient ses origines, et sur le savoir extraordinaire des peuples autochtones, pour explorer de nouvelles façons de faire, de nouvelles façons de protéger notre patrimoine naturel. Et pour enrichir le nécessaire dialogue sur les valeurs que nous avons en partage.

Je sais que les jeunes et la population des Territoires du Nord-Ouest peuvent compter sur vous dans cette quête de sens et de renouveau, et je vous en remercie. J’espère aussi que cette Stratégie pour le Nord, dont j’aimerais bien que vous me parliez, sera un outil judicieux dans les années à venir pour assurer votre développement durable en tenant compte de vos priorités et de vos particularités.

Vous honore également votre volonté d’offrir à vos concitoyennes et concitoyens les possibilités de vivre en santé et d’acquérir la formation nécessaire, de créer une identité nordique forte, de diversifier l’économie tout en protégeant l’environnement.

Je vous suis reconnaissante du temps que vous m’avez accordé aujourd’hui, et j’aimerais vous dire que j’envisage les prochains jours parmi vous comme une occasion d’échanges et de partage. J’ai l’intention de rencontrer des jeunes, des femmes et des aînés, de tous les milieux, et de participer à des activités culturelles comme le concert True North.

J’ai aussi hâte d’être convive à un festin communautaire, à Fort Simpson, et de visiter le parc national Nahanni qui est un joyau de l’UNESCO, et le premier site naturel au monde à recevoir cet honneur.

Bref, Monsieur le Premier ministre, je crois bien que j’aurai besoin d’une deuxième partie de pêche pour absorber toutes ces images inoubliables et tirer toutes les leçons que vous m’aurez apprises.

Jean-Daniel et moi-même tenons à vous dire combien nous sommes touchés par votre accueil chaleureux et combien l’occasion de nous entretenir avec vous dans le cadre de cette visite nous réjouit.

Et nous souhaitons de tout cœur nouer avec vous, de même qu’avec la population des Territoires du Nord-Ouest, une relation fructueuse et amicale.

Merci beaucoup.