Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de Cuvée 2008

Ce contenu est archivé.

Niagara, le vendredi 29 février 2008

C’est avec plaisir et je dirais, conviction, que j’ai accueilli la proposition de Jean-Daniel de célébrer les arts de la table au pays.

Non seulement parce que la table est un lieu de convergences et de rencontres, comme vient de nous le rappeler Jean-Daniel.

Mais parce c’est aussi là, que les forces de la création triomphent quotidiennement des forces de la destruction.

À une table, en effet, convives et hôtes n’ont d’autre souci, pour reprendre la belle expression de Brillat-Savarin, que « d’augmenter la somme des plaisirs qui leur est destinée ».

L’illustre gastronome disait également avec humour que « la cuisine est le plus ancien des arts parce que Adam naquit à jeun ».

Certes, des semences aux récoltes, de la préservation à la distribution, de la recherche à la création, du mélange des cépages à celui des saveurs, toutes les activités reliées à la table sont indissociables de l’idée de civilisation. 

Se croisent sur chaque table les fruits de la terre et le génie des populations qui les transforment pour nourrir les corps et les esprits.

Car se nourrir, c’est aussi cela : célébrer le territoire et le génie humain.

C’est, comme un rappel, à chaque fois que l’on passe à table, que nous sommes des êtres de nature et de culture.

Il y a une parenté manifeste entre les plaisirs de la table et le vivre ensemble pour moi si essentiel dans le Canada et le monde d’aujourd’hui.

De la diversité des éléments, en quête d’harmonie gustative, et de la table comme lieu de rencontre, nous apprenons à faire d’une activité quotidienne un art de vivre et de la convivialité.

Chaque mets nouveau parle de notre rapport au territoire, de notre inventivité, de notre goût du partage, de notre volonté de contrer la fadeur et de multiplier les saveurs de notre monde.

Pas étonnant que Brillat-Savarin, encore lui, trouve que « la découverte d’un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d’une étoile ».

Autant de raisons de souscrire sans réserve au projet savoureux, j’ose le mot, de Jean-Daniel de trouver un moyen officiel de reconnaître l’apport inestimable des tables de notre pays à l’expression de notre identité collective.

Ce projet, partout où nous en avons parlé au pays, en fait déjà saliver plus d’un.

Il nous rappelle, qu’en ce lieu de tous les jours, qu’est la table, se rassemblent tous les ingrédients d’un art de vivre dont le plus grand mérite, et non des moindres, est d’éloigner la morosité de nos bouches et de libérer les saveurs de ce pays.

Longue vie aux arts de la table!