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Nouvelles

Doctorat honorifique en droit de l’Université de l’Alberta

Edmonton (Alberta), le mardi 6 juin 2017

 

Je souligne que nous sommes réunis ici aujourd’hui sur le territoire visé par le Traité no 6, territoire traditionnel des Premières Nations et des Métis.

Je vous remercie de me décerner ce doctorat honorifique de votre grande université. Je suis honoré d’être associé à un groupe d’enseignants et d’étudiants qui accomplissent ensemble de si grandes choses pour le Canada et le monde.

C’est également merveilleux de me retrouver à Edmonton et dans cette formidable province, qui tire bien sûr son nom de la princesse Louise Caroline Alberta, épouse du 4e gouverneur général du Canada!

La princesse Louise était une personne remarquable. Elle était une brillante écrivaine, sculptrice et artiste. Elle peignait des toiles à l’huile et à l’aquarelle, et certains visiteurs de Rideau Hall se rappelleront peut‑être avoir vu une porte qu’elle a peinte et décorée de branches de pommier en fleurs.

En fait, après avoir été blessée dans un accident hivernal en traîneau, la princesse Louise a consacré de plus en plus de temps à la peinture. Et bien qu’elle ait été fréquemment souffrante tout au long de sa vie, elle était une femme compatissante qui a fait ce qu’elle pouvait pour aider les autres, une femme bienveillante.

Ce qui m’amène à mon thème d’aujourd’hui qui est assez simple : j’invite chacun de vous à faire preuve de bienveillance, à faire tout ce que vous pouvez pour rendre notre monde meilleur.

Mais je veux aussi que nous le fassions de façon intelligente et bien avertie.

Vous pouvez d’ailleurs commencer dès maintenant, après votre diplomation de l’Université de l’Alberta, en prenant une décision simple et fondamentale : être optimiste.

Pourquoi devriez‑vous être optimiste?

Pour répondre à cette question, pensez au un pour cent.

Pas ce un pour cent.

Pensez plutôt au un pour cent des gens dans le monde entier qui savent que le taux de pauvreté extrême a été réduit de moitié depuis les 25 dernières années.

Ce chiffre provient d’un rapport produit l’an dernier par une société appelée Glocalities, qui a sondé plus de 56 000 personnes de 24 pays dans plus de 15 langues.

Permettez‑moi maintenant de reprendre cette donnée sous un autre angle.

Quatre‑vingt‑dix‑neuf pour cent des personnes sondées ne savaient pas que le taux de pauvreté extrême avait baissé de moitié au cours du dernier quart de siècle.

Seul un pour cent des personnes sondées étaient au courant de cette remarquable réalité.

Le saviez‑vous?

Moi non!

Je n’ai appris cette réalité que récemment après avoir lu la lettre annuelle de 2017 de Bill et de Melinda Gates. La lettre est adressée à Warren Buffett, qui a versé une grande partie de sa fortune à la Fondation Bill et Melinda Gates ainsi qu’à diverses œuvres de bienfaisance familiales.

La Fondation Bill et Melinda Gates accomplit un travail remarquable dans le monde entier dans les secteurs du développement, de la santé, de l’éducation et des politiques. Elle met résolument l’accent sur les faits et les résultats. Et parmi les principaux messages que j’ai notés dans leur lettre annuelle, je retiens surtout (1) le pouvoir de l’optimisme, et (2) les solides arguments empiriques en faveur de l’adoption d’une attitude optimiste dans le monde actuel.

En d’autres termes, leur lettre montre de quelle façon le monde s’améliore.

Certains diront : le gouverneur a mis des lunettes roses! Il a adopté la politique de l’autruche! On sait tous très bien que l’état du monde s’empire.

Il n’y a aucun doute que notre planète fait face à des défis majeurs que nous devons résoudre.

Mais permettez‑moi de répondre par deux arguments.

Le premier, comme Melinda Gates l’écrit :

« L’optimisme ne consiste pas à croire que tout va toujours automatiquement s’améliorer : c’est la conviction que nous pouvons faire quelque chose pour que la situation s’améliore. »

La conviction que nous pouvons faire quelque chose pour que la situation s’améliore.

Voilà un aspect important de l’optimisme.

Deuxièmement, l’autre aspect important de l’optimisme tient simplement au fait de chercher à mieux comprendre ce qui se passe actuellement dans le monde, au-delà des manchettes quotidiennes souvent déprimantes que nous voyons dans la presse.

Si nous examinons les faits et les enjeux de plus près, nous trouvons des raisons d’être optimistes qui ne relèvent pas seulement de la pensée magique.

Comme le dit Bill Gates :

« En réalité, le monde est, de manières marquées, bien plus plaisant aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. La pauvreté mondiale diminue, de même que la mortalité infantile, l’alphabétisation augmente et la situation des femmes et des minorités dans le monde s’améliore. »

Ce sont des réalités mondiales. Ce sont des raisons d’être optimistes pour notre monde.

Permettez-moi de vous présenter un autre chiffre.

Vingt millions.

Il s’agit d’une estimation du nombre de vies qui ont été sauvées dans le monde depuis 2002 grâce au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Le Canada contribue à ce fonds.

Êtes‑vous parfois désespéré face à l’état du monde?

C’est compréhensible, mais je viens de vous donner vingt millions de raisons d’être optimistes.

Le sida, la tuberculose et le paludisme sont trois des maladies les plus mortelles que le monde a connues.

L’automne dernier, j’ai assisté à la cinquième Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial à Montréal, où les pays donateurs se sont réunis pour décider de la voie à suivre. Le Fonds mondial a établi des objectifs ambitieux consistant à sauver huit millions de vies supplémentaires et à prévenir 300 millions de nouvelles infections d’ici 2019.

Le but ultime? L’éradication totale du sida, de la tuberculose et du paludisme d’ici 2030.

Cela est bien possible, et l’une des principales constatations du Fonds mondial et de personnes comme Bill et Melinda Gates, c’est que nous devons agir en étant mieux avertis dans notre bienveillance si nous voulons réussir à mettre un terme aux épidémies et avoir de bonnes raisons d’être optimistes face au monde que nous créons.

La compassion et la générosité sont bien sûr des qualités nécessaires et merveilleuses, mais malheureusement, il ne suffit pas d’être bienveillant.

Nous devons aussi être avertis.

C’est là que vous entrez en jeu, en tant que diplômés de la promotion de 2017. Nous avons besoin de bienveillance et d’idéalisme, en effet, mais nous avons aussi besoin de vos idées, de votre talent, de votre énergie, de votre curiosité et de votre créativité.

Quand je suis devenu gouverneur général, mon discours d’installation a pris la forme d’un appel du devoir auprès des Canadiens pour les inciter à participer à l’édification d’une nation toujours plus avertie et bienveillante.

Et aujourd’hui, je vois plus clairement que jamais combien une attitude avertie et la bienveillance sont des qualités qui vont de pair. Elles ne sont pas dissociées, mais plutôt complémentaires et elles se renforcent mutuellement.

Dans notre monde du 21e siècle mondialisé, interconnecté, et technologique, une attitude intelligente et avertie implique la bienveillance.

Et vice versa : la véritable bienveillance exige une attitude avertie. Nous ne pouvons pas être à la fois bienveillants et naïfs, ou ignorants ou irresponsables.

Comme le veut le dicton : l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Et de nos jours, les bonnes intentions ne suffisent. En fait, cela a toujours été le cas.

Maintenant, plus que jamais, grâce en partie à notre technologie, qui met instantanément à notre disposition une vaste quantité de connaissances, nous avons la possibilité, et donc l’obligation, de mieux faire!

Northrop Frye — l’un des plus éminents professeurs et érudits de notre pays — a souligné que de recevoir son diplôme d’un établissement d’enseignement supérieur est l’un des quatre moments charnières de la vie d’une personne — les trois autres étant la naissance, le mariage et la mort.

Je pense qu’il a raison, mais permettez‑moi d’en ajouter un cinquième.

Il s’agit d’un moment privilégié qui peut survenir à tout instant dans la vie d’une personne, mais c’est aussi un moment qui n’est jamais coulé dans le béton ni définitif; un moment qui doit être constamment préservé et renouvelé, et aussi énergiquement entretenu.

C’est le moment où vous faites votre choix entre l’optimisme et le pessimisme ou le désespoir.

Je vous incite tous à faire le choix de l’optimisme, à reconnaître tous les progrès qui sont réalisés dans le monde et à croire que là où il y a des défis et des obstacles à surmonter, nous pouvons aussi apporter des améliorations.

Parce que la réalité, c’est que oui, nous le pouvons bel et bien.  

Merci.