Le léopard vice-royal
  1. La gouverneure générale du Canada
  2. Son Excellence la très honorable Julie Payette
Nouvelle & événements
  • Aperçu avant impression
  • Imprimer: 
  •  Envoyez à Facebook (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  •  Envoyez à Twitter (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Envoyez à email (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Partager: 

Nouvelles

Discours à l’occasion d’un déjeuner-conférence à l’Economic Club of Minnesota sur la diplomatie du savoir : les échanges en innovation au-delà des frontières

Minneapolis-St. Paul (Minnesota), le lundi 27 avril 2015

 

Je vous remercie de votre accueil chaleureux.

C’est un grand plaisir d’être ici à Minneapolis-St. Paul et d’avoir l’occasion de parler des échanges en innovation entre le Canada, le Minnesota et toute la région du Haut-Midwest.

Tout d’abord, permettez-moi d’offrir mes meilleurs vœux au nom de tous les Canadiens qui ont tissé des liens profonds et durables avec la collectivité de cette région des États-Unis.

Je fais moi-même partie de ces Canadiens qui ont des liens avec la région et j’ai un certain nombre de bons souvenirs du Minnesota et des villes jumelles.

En fait, une des expériences formatrices de ma jeunesse a commencé ici, à Minneapolis, alors que j’étais étudiant en neuvième année du secondaire. Une excursion avait été organisée depuis ma ville natale de Sault Ste. Marie, en Ontario, et cette excursion se terminait par une visite aux Nations Unies à New York.

C’est l’une de mes premières expériences de ce que j’appelle la « diplomatie du savoir » en action.

Je reviendrai plus tard sur ce thème dans mon discours.

Passons à un autre lien avec le Minnesota : mon recrutement à Harvard, quelques années plus tard, par un homme appelé Don Peddie, qui vivait ici et qui travaillait pour le Star Tribune.

Il y a aussi mon vieil ami, voisin à Sault Ste. Marie et coéquipier de hockey Lou Nanne, que vous connaissez tous et qui est fier de vivre dans cette ville.

Il a bien raison! Après tout, ne sommes-nous pas dans l’État du hockey?

Ce ne sont là que quelques exemples de liens remarquables tissés entre Canadiens et Américains, en général, et entre Canadiens et Minnesotans, en particulier.

On peut dire la même chose pour toute la région du Haut-Midwest et les provinces canadiennes de la Saskatchewan, du Manitoba, et de l’Ontario.

Comme ces régions sont au cœur de nos pays respectifs, il n’est pas exagéré de dire que nos relations déterminent en bonne partie la qualité de l’ensemble des rapports entre le Canada et les États-Unis.

Permettez-moi de vous donner quelques exemples précis de la vigueur de nos relations. Je veux vous parler du Canada et du Minnesota.

Il ne fait pas de doute : le Minnesota est un État d’une importance cruciale pour le Canada.

Nous partageons une frontière et des voies navigables et nous avons un climat et un environnement semblables.

Nous entretenons des relations étroites dans les domaines de l’énergie, l’éducation, l’agriculture et le commerce.

Nos histoires et nos cultures sont étroitement liées, jusqu’au point où plusieurs Canadiens considèrent le Minnesota comme la 11e province!

Oserais-je dire que plusieurs Minnesotans considèrent le Canada comme un prolongement naturel de leur État?

Cela a peut-être à voir avec tout le doré du lac Winnipeg que vous mangez ici!

Ou avec le fait que les Cheerios que vous mangez sont faits d’avoine canadienne!

Je vous entretiendrai un peu du commerce entre le Canada et le Minnesota.

Ce commerce dépasse la somme remarquable de 19 milliards de dollars annuellement, ce qui signifie que le Canada exporte plus de produits vers le Minnesota qu’au Royaume-Uni, au Japon ou au Mexique. C’est très impressionnant compte tenu du fait que le Canada est un pays commerçant.

En outre, le Canada est de loin le plus important marché d’exportation du Minnesota. Nous achetons plus de produits du Minnesota que les trois marchés étrangers combinés qui suivent en importance.

Voici seulement quelques exemples de notre interdépendance économique.

La société ferroviaire Canadien Pacifique, établie à Calgary, en Alberta, emploie environ 1 300 personnes au Minnesota, et son bureau principal américain est situé ici dans cette ville.

La société Mosaic, dont le siège social est situé à Plymouth, possède l’une des plus grandes mines de potasse en Saskatchewan, cela veut dire quelque chose!

Le bureau principal américain de RBC Gestion de patrimoine, de Toronto, est situé dans cette ville. Mon ami Lou Nanne, que j’ai mentionné plus tôt, est un dirigeant chez RBC. Je suis très heureux que son président, John Taft, soit présent parmi nous aujourd’hui.

Thomson Reuters, établi à Toronto, emploie presque 6 700 Minnesotans à Eagan. C’est un nombre d’emplois vraiment impressionnant.

Je pourrais vous donner beaucoup d’autres exemples.

Avec toutes ces bonnes nouvelles encourageantes, où allons-nous maintenant?

Je crois que la réponse est simple : nous allons plus loin.

Je vais reformuler : nous devons aller plus loin.

Je m’explique : il faut se pencher sur nos relations, relever les aspects qui fonctionnent bien et les points à travailler et se diriger vers un engagement encore plus grand et plus vigoureux.

Si vous devez vous rappeler plus tard de l’un de mes propos, j’aimerais que vous pensiez tous à ma visite d’aujourd’hui comme à un moment passerelle, ou pour utiliser une autre métaphore plus forte : un trampoline.

Que cette visite puisse marquer le début d’une phase encore plus riche et plus dynamique des relations entre le Canada et le Minnesota et les États du Haut-Midwest.

Il est extrêmement important que nous réussissions à renforcer nos liens dans cette partie du continent.

Pourquoi?

Parce qu’il devient de plus en plus évident que les régions seront des facteurs clés de notre bien-être et de notre prospérité au cours des prochaines années. Et elles le sont déjà.

Pourquoi les régions sont-elles importantes?

Elles sont importantes parce que, malgré notre capacité de communiquer instantanément partout dans le monde, le talent et le capital ont toujours besoin d’un chez-soi. Et aussi parce qu’elles tendent encore à former des grappes ou des « écosystèmes d’innovation », comme on les appelle parfois.

La création de ce genre de grappes d’innovation peut entraîner toutes sortes de bonnes conséquences, économiquement et socialement.

Il ne fait pas de doute que le Haut-Midwest et ses voisins canadiens partagent des caractéristiques géographiques et climatiques qui en font un écosystème régional sur le plan environnemental. Alors, pourquoi ne pas considérer la région comme un écosystème quand vient le temps d’apprendre, d’innover et de prospérer tous ensemble?

J’aimerais maintenant revenir à un concept que j’ai mentionné plus tôt : « la diplomatie du savoir ».

J’en ai eu un aperçu alors que je faisais partie d’un groupe d’étudiants du secondaire prenant l’autobus à Minneapolis pour une excursion d’une semaine afin de visiter les Nations Unies. Cette excursion a été révélatrice et j’ai appris beaucoup, de la même manière qu’un jeune Américain apprendrait beaucoup sur le Canada durant une visite dans le Nord de l’Ontario!

Que signifie la diplomatie du savoir?

C’est seulement une façon de dire que nous avons beaucoup à gagner lorsque nous formons des partenariats dans les domaines de l’éducation, de l’innovation, des affaires, de la culture et de la société.

C’est notre capacité et notre désir de travailler ensemble, au‑delà des disciplines et des frontières, afin de partager le savoir, l’expertise et les ressources susceptibles d’améliorer notre vie.

Il existe évidemment plusieurs excellents exemples d’activités qui illustrent en ce moment ce phénomène.

En fait, ce matin, j’ai participé à une discussion à l’Université du Minnesota sur les partenariats en enseignement et en recherche entre des écoles canadiennes et américaines.

Ce qui est vrai pour le Canada et le Haut-Midwest est aussi vrai pour le Canada et l’ensemble des États-Unis. Près de 30 000 Canadiens étudient dans des écoles américaines, tandis qu’environ 12 000 Américains étudiaient au Canada lors du dernier dénombrement.

C’est l’une des statistiques que j’aime vraiment parce que chacun de ces étudiants aura établi un lien à vie avec son pays d’accueil, tout comme je l’ai fait.

Cela a certainement fonctionné de cette façon pour moi et pour de nombreux membres de ma famille.

Je vous citerai d’autres statistiques sur les publications universitaires.

Il s’agit d’un domaine où les Canadiens constituent des partenaires solides.

Près de la moitié des articles relatifs aux sciences et à l’ingénierie publiés par des Canadiens ont été cosignés par des personnes de l’étranger, le plus souvent par nos partenaires de loin les plus fréquents, des chercheurs américains.

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les Canadiens font d’excellents collaborateurs en éducation et en innovation, mais je n’en mentionnerai que quatre :

Premièrement, nous croyons profondément en la valeur de l’acte consistant à travailler ensemble et à apprendre les uns des autres. C’est par nécessité que nous avons très tôt acquis cette conviction : comme au Minnesota et dans le Haut-Midwest, nos conditions climatiques et géographiques peuvent être à tout le moins difficiles. Les premiers colons européens dépendaient entièrement de leur volonté de collaborer avec les peuples autochtones et d’apprendre d’eux.

Deuxièmement, le Canada a tenté d’offrir une éducation de qualité, plus abordable pour tous. C’est ainsi que des générations de Canadiens ont eu une meilleure chance de surmonter des obstacles comme la discrimination, la pauvreté et l’immobilisme social.

Nous nous sommes efforcés de garantir l’égalité des chances, et je crois que les gens d’ici ont aussi à cœur ce principe.

Après tout, c’est ici qu’a pris naissance le miracle du Minnesota!

La troisième raison qui fait du Canada un bon partenaire en éducation est sa capacité d’allier l’accessibilité et l’excellence dans ce domaine. Il ne s’agit pas de choisir entre l’un ou l’autre, mais plutôt d’avoir les deux.

Quatrièmement, on encourage les nouveaux Canadiens à conserver et à célébrer leur culture et leur langue, tout en adoptant les valeurs canadiennes. Cette approche favorise l’harmonie sociale et rend le Canada plus ouvert sur l’extérieur et le monde.

L’approche du Canada est fondamentalement inclusive. Elle n’est pas parfaite, bien sûr, mais nous nous efforçons de concilier nos différences comme toute autre société. La plupart des Canadiens sont toutefois remarquablement ouverts et prêts à travailler au‑delà des frontières, des cultures et des disciplines, entre autres au sud de la frontière avec nos amis et voisins américains.

Plus tard cet après-midi, je prendrai part à une autre discussion, portant celle-là sur l’innovation en agriculture canado-américaine.

Je me réjouis à l’avance d’avoir cette discussion, car je sais à quel point l’agriculture et l’innovation en agriculture sont importantes pour nos deux pays. Le Midwest, avec les provinces canadiennes des Prairies immédiatement au nord du Minnesota, compte parmi les régions agricoles les plus productives du monde.

Ce secteur comporte aussi des échanges commerciaux et des collaborations. En 2013, le commerce bilatéral de produits agricoles entre le Minnesota et le Canada a atteint une valeur d’environ 2,1 milliards de dollars, et le Canada occupe la première place des marchés d’exportation de produits agricoles et agroalimentaires de cet État.

Malgré cet excellent bilan, il faut faire davantage pour innover afin de répondre aux pressions exercées par la croissance démographique et les ressources et les terres limitées.

Nous avons beaucoup à gagner à travailler ensemble dans ce secteur. Cette région est en voie de devenir un centre national pour l’innovation agricole. Je sais que des travaux de recherche et de développement ainsi que des investissements sont réalisés dans des domaines comme la génétique des cultures, les sciences animales, l’agriculture de précision et les biosciences. Cela rend possibles des percées touchant la sécurité et la salubrité alimentaires, l’indépendance énergétique et la préservation des ressources.

Le Canada peut être un partenaire solide pour cette région. Avec des centres de recherche de renommée mondiale d’Agriculture Agroalimentaire Canada dans des villes comme Saskatoon, Lethbridge et Winnipeg, et la multitude de sociétés de capital de risque en agriculture qui surgissent partout au pays, le Canada rivalise avec le Haut-Midwest pour ce qui est de son engagement envers l’innovation agricole.

Ensemble, nous pouvons accomplir de grandes réalisations. Les efforts conjoints du Canada et du Haut-Midwest aideraient la population de la région et entraîneraient une hausse de la compétitivité nord-américaine dans son ensemble.

Je suis enthousiasmé par l’idée d’un « corridor » de l’innovation reliant le Haut-Midwest et le Canada. C’est le genre d’imagination et d’initiative dont nous avons besoin pour créer un véritable écosystème régional de l’innovation.

J’ai parlé d’imagination parce qu’une région est plus qu’une simple entité géographique ou politique. Une région est un concept social qui demande que les gens partagent ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent et ce qu’ils font. Pour être franc, je crois que cela présentera une certaine difficulté pour les Canadiens et les Américains, non seulement parce que nos pays sont séparés par une démarcation internationale, mais aussi parce que nous avons encore tendance à penser à nos pays selon une orientation est-ouest au lieu de nord-sud.

Dans ce cas, nous devons penser selon un axe nord-sud et nous devons agir en conséquence.

Nous devons agir principalement parce que nous vivons dans un monde dynamique, en évolution rapide, et que nous devons être compétitifs. Pour ne donner qu’un exemple tiré de mes visites à l’étranger à titre de gouverneur général, je mentionnerai la région du Sud‑Est asiatique qui pense selon un axe nord‑sud avec la construction d’un réseau ferroviaire à haute vitesse allant de Hong Kong jusqu’en Indonésie, et comportant des tunnels qui relient la Malaisie et l’Indonésie, une route de la soie du xxie siècle.

Ce vaste réseau ferroviaire devrait entraîner des transformations sur le plan politique, culturel et économique en Asie d’une façon similaire aux répercussions de la construction du réseau routier inter‑États aux États-Unis au milieu du xxe siècle.

Vous n’avez pas besoin de me dire que la concurrence est féroce là-bas!

Les Canadiens tout comme les Américains doivent redoubler d’efforts pour forger de nouveaux liens et partenariats. D’une certaine façon, je crois que notre grande amitié nous a peut-être amenés à nous reposer un peu trop sur nos lauriers. C’est ce que nous devons absolument éviter dans notre monde hyper connecté en changement rapide.

Permettez-moi de terminer en vous décrivant ma vision de la diplomatie du savoir en action, empruntée, de façon assez appropriée, au troisième président des États-Unis, Thomas Jefferson.

Le président Jefferson a utilisé l’image d’une bougie qui brûle pour illustrer la valeur des connaissances, soit l’illumination, et l’importance de partager le savoir et de travailler ensemble.

La bougie est non seulement un symbole d’illumination, mais également de transmission du savoir d’une personne à une autre. Nous pourrions aussi dire d’un pays à l’autre.

Il est primordial de ne pas oublier que lorsque vous allumez votre bougie à partir de la mienne, mon éclairage ne diminue pas pour autant. Au contraire, il devient plus vif. Le partage des connaissances nous éclaire collectivement.

Maintenant que je me suis levé pour être vu et que j’ai parlé pour être entendu, je suivrai le conseil de ma grand-mère et je m’assoirai pour être apprécié!

Je vous remercie de votre temps et de votre attention et je vous suis aussi reconnaissant de contribuer à forger ces liens précieux entre le Canada et le Minnesota.

Je vous souhaite beaucoup de succès.