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Nouvelles

Sommet sur la culture philanthropique

Ville de Québec (Québec), le mercredi 13 novembre 2013

 

Je suis ravi d’être ici pour vous parler d’un sujet qui m’est cher : le don.

J’ai d’abord été exposé au don dans ma propre famille. Mes grands‑parents paternels étaient de fervents méthodistes. Ils étaient pauvres, mais ils remettaient malgré tout 10 pour cent de leurs revenus à des causes de bienfaisance. Ils n’étaient pas vraiment différents de leurs amis et de leurs voisins, qui avaient la même vision. Ils étaient tous très heureux.

Le don fait partie de ma vie depuis ma tendre enfance. Voilà pourquoi il est important pour moi d’en parler partout au Canada. C’est aussi pourquoi j’ai fait du bénévolat et de la philanthropie un pilier de mon mandat, en vue d’édifier une nation toujours plus éclairée et bienveillante.

Bien sûr, cette pièce est remplie de convertis, de gens qui comprennent déjà l’apport de la philanthropie dans nos communautés.

Tout au long de ce sommet, vous vous poserez des questions importantes sur l’avenir de la philanthropie au Québec et au Canada. Dans cette optique, deux invités se joindront à moi sous peu. Diane Ellison, d’Imagine Canada, et Sara Lyons, des Fondations communautaires du Canada, vous feront part de leurs impressions sur l’avenir de la philanthropie au pays. En tant que représentantes de deux organisations nationales profondément engagées dans ce domaine, elles jetteront un éclairage unique sur la question.

Avant de leur céder la parole, permettez‑moi de leur préparer le terrain.

Nous savons déjà que les Canadiens sont charitables, qu’ils contribuent à de nombreuses causes et qu’ils transforment des vies. Mais il reste encore tellement à faire.

En tant que gouverneur général, j’ai parcouru ce pays d’un océan à l’autre. J’ai observé le travail remarquable des bénévoles et des philanthropes qui consacrent leur temps, leur talent et leur argent pour améliorer la vie de leurs concitoyens.

J’ai aussi constaté l’étendue des besoins à combler. J’ai compris qu’aucun organisme de charité ou sans but lucratif ne peut relever, à lui seul, les défis qui se posent à la société.

Il faut plutôt un effort concerté de la part de multiples organisations, d’une foule de personnes, et des petits et grands donateurs.

Les questions à examiner sont celles‑ci : comment encourager le don dans un pays déjà très généreux? Comment amener tous les Canadiens à donner?

Pour y arriver, il faut entre autres favoriser l’innovation sociale.

L’innovation, pour moi, c’est d’envisager des idées, des concepts ou des produits existants sous un angle différent, de les pousser plus loin ou de les combiner à des produits ou idées qui n’ont en apparence aucun lien pertinent, pour obtenir une amélioration utile ou un résultat complètement nouveau.

Il s’agit d’un processus conjoint qui repose sur la participation de nombreuses personnes et qui nous permet de progresser sur le plan technologique et économique.

En ajoutant une composante « sociale » au processus d’innovation, c’est aussi notre humanisme et notre compassion que nous poussons plus loin.

L’innovation sociale englobe les crédits d’impôt pour les organismes de bienfaisance, les nouvelles initiatives visant à attirer des ressources, et l’utilisation de la technologie pour trouver des façons attrayantes et originales de collaborer.

Peu importe le moyen utilisé, l’important, c’est d’innover.

Il y a un vieil adage, fort sage, qui dit que nous devons conduire le changement avant qu’il ne s’impose de lui‑même. Notre société se transforme. Nous vivons dans une ère marquée par la communication et la mondialisation, et notre situation économique et démographique est en transition. Les jeunes, par exemple, héritent d’une conjoncture exceptionnellement complexe qui change à un rythme accéléré.

Dans ce contexte, nous devons nous poser la question suivante : comment le secteur communautaire peut‑il répondre de façon durable aux besoins croissants de notre société? Et comment pouvons‑nous susciter la participation et l’engagement d’un plus grand nombre de jeunes dans le processus du don?

Il y a de nombreuses écoles de pensée sur ce sujet chaudement débattu. Mais je suis certain d’une chose : nous ne réussirons pas sans prendre de risques.

En fait, l’innovation sociale et le risque vont de pair. Nous devons faire preuve d’audace dans la recherche de nouvelles idées et avoir le courage d’y donner suite, malgré le risque d’échec. C’est ainsi que la philanthropie pourra non seulement survivre, mais aussi prospérer.

Pensez à Darwin, qui disait que ce n’est pas nécessairement le plus rapide ni le plus fort d’une espèce qui survivra, mais plutôt celui qui se montrera le plus résilient.

J’ai souvent vu cette théorie en action au Canada : des personnes, des sociétés et des organisations qui ont su se réinventer et renouveler leurs communautés.

Voici deux exemples concrets. Hannah Taylor, à l’âge de cinq ans, a vu un homme se nourrir dans une poubelle par une froide journée d’hiver, à Winnipeg. Cette scène l’a remplie de tristesse, mais l’a aussi amenée à réfléchir. Elle s’est alors demandé comment cet homme en était arrivé là, et elle s’est dit que si tous les gens partageaient ce qu’ils avaient — l’itinérance — et le désespoir dont elle avait été témoin — seraient choses du passé.

C’est dans cet esprit qu’elle a créé la fondation Ladybug en 2004, à l’âge de huit ans, pour aider les sans-abris de sa communauté. La fondation a depuis connu une croissance exponentielle et contribué à amasser plus de deux millions de dollars pour des projets partout au pays, dont des refuges et des banques alimentaires.

En elle, je vois le potentiel de tous les Canadiens, peu importe leur âge, à apporter des bienfaits réels.

Un autre exemple nous vient de l’île Fogo, à Terre‑Neuve‑et‑Labrador, une collectivité qui éprouvait des difficultés depuis l’effondrement de la pêche à la morue.

Mme Zita Cobb a grandi dans l’île Fogo. Après avoir connu du succès dans l’industrie de la haute technologie, elle a fondé Shorefast, une organisation qui collabore avec les habitants des îles Fogo et Change pour investir dans la revitalisation de l’économie.

Grâce à la contribution de Shorefast au maintien de la vitalité insulaire, l’île Fogo a su préserver ses traditions et sa culture, attirant les visiteurs et diversifiant son économie.

Une transformation mue par le besoin et inspirée par une seule personne pour le bien-être d’une communauté tout entière, voilà qui résume bien le pouvoir de la philanthropie.

Bon nombre d’entre vous sont déjà « sortis des sentiers battus » pour les besoins de vos organisations; vous avez donc fait preuve d’innovation sociale. Mais avez‑vous aussi encouragé les gens à donner davantage? Avez‑vous attiré de nouveaux donateurs? Et, si c’est le cas, avez‑vous attiré assez de nouveaux donateurs?

Je suis presque certain que certains répondront « non » à la dernière question. On recherche toujours l’amélioration, parce que lorsqu’une organisation atteint ses objectifs, son succès rejaillit sur toute la société.

C’est pourquoi vous devez toujours innover.

Avant de céder la parole à Diane et à Sara, qui vous feront part de leurs propres expériences, je vous parlerai brièvement d’une façon qui, je l’espère, encouragera les Canadiens à donner.

La semaine dernière, j’ai eu l’honneur de lancer une nouvelle campagne appelée Mes beaux moments. À l’aide des médias sociaux et traditionnels, nous invitons les Canadiens à découvrir leurs beaux moments et à les raconter.

Dans cet esprit, j’aimerais vous parler d’un de mes beaux moments personnels, moment que j’ai partagé avec mon épouse Sharon. Nous tenions fortement à honorer la mère et la grand‑mère de Sharon, deux femmes qui comptaient beaucoup pour Sharon et moi. Mères monoparentales, elles ont toutes deux réussi à bien élever leurs familles et à offrir une bonne vie à leurs enfants, malgré les difficultés.

Lorsque nous étions à l’Université de Waterloo, nous avons eu l’occasion d’honorer leur mémoire. Nous avons créé une bourse pour les femmes qui font des études supérieures et qui ont eu leurs propres difficultés à surmonter. Et je dois dire que l’expérience a été très valorisante.

Encore aujourd’hui, nous recevons des lettres de femmes qui ont obtenu des bourses, qui ont réalisé de grandes choses et qui sont très reconnaissantes de la chance qui leur a été donnée. Il est merveilleux de savoir que nous les avons aidées, un tant soit peu, à réussir. C’est notre beau moment à nous, un don qui se perpétue.

Dans mes discussions en table ronde avec des philanthropes et des bénévoles de partout au Canada, plusieurs choses ont été clairement établies en ce qui concerne le don. En voici quelques‑unes.

D’abord, nous devons passer le flambeau aux jeunes qui remplaceront la génération actuelle de donateurs; en fait, les jeunes Canadiens ont une conscience sociale qui n’est pas reconnue à sa pleine valeur dans ce secteur — du moins pas de façon marquée.

Ensuite, il faut du temps pour transformer la culture du don comme vous le faites lors de sommets comme celui‑ci. C’est une lente évolution, mais qui amènera une nouvelle façon de voir la philanthropie.

Finalement, et ce sera mon dernier point aujourd’hui : une façon d’inspirer les gens à s’engager dans leur communauté consiste à leur demander, tout simplement : « Qu’avez-vous à donner? »

Qu’il s’agisse d’un don en temps, en talent ou en argent, chaque contribution compte, petite ou grande. Nous pouvons tous avoir un impact.

Nous devons transformer notre perception du don au Canada, redéfinir le concept du don pour la nouvelle génération, et créer un cercle vertueux où nous pourrons tous apporter une contribution et profiter des beaux moments.

J’attends avec grand intérêt les conclusions de ce sommet et je vous remercie de tout ce que vous faites pour la philanthropie dans cette province et au pays.