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Nouvelles

Discussion à l’Université de Sun Yat-sen (Guangzhou, Chine)

Guangzhou, Chine, le jeudi 24 octobre 2013


Merci, Monsieur le Président, pour ces mots d’introduction. Et merci, Mesdames et Messieurs, pour votre accueil chaleureux.

Je suis très heureux, en tant que gouverneur général du Canada, d’effectuer cette visite d’État en République populaire de Chine et d’être avec vous tous ici aujourd’hui, à l’Université Sun Yat‑sen.

Tout au long de ma carrière, j’ai été en prise directe avec la vie universitaire : d’abord comme étudiant, puis comme professeur, doyen et, à la fin, président. Avant que je ne devienne gouverneur général du Canada, j’ai toujours œuvré dans le monde universitaire. C’est pourquoi, pour quelqu’un dont la vie a toujours gravité autour de l’université, je suis extrêmement heureux d’être en présence d’un si grand nombre de collègues, dans l’un des grands centres du savoir de la planète.

Nous sommes tous des universitaires. Nous sommes des étudiants, des enseignants, des chercheurs, des administrateurs et des cadres ayant en commun une citoyenneté qui transcende les frontières culturelles, ethniques et nationales. Il s’agit d’une citoyenneté fondée sur une compréhension collective des choses, que nous assumons résolument et à laquelle nous sommes profondément attachés.

Collectivement, nous savons que les vérités sont universelles. Nous savons que c’est en étant largement diffusé que le savoir est le mieux utilisé. Nous savons que la collaboration entre de nombreux esprits ouverts, pour atteindre des objectifs communs, donne naissance à des idées et à des pratiques novatrices. Nous savons que l’éducation est le moyen le plus sûr d’assurer la paix, la prospérité et l’épanouissement personnel au bénéfice de tous les peuples.

En raison de notre attachement à la quête de la vérité, à l’acquisition du savoir, à l’innovation et à la paix, qui découle naturellement de l’enseignement supérieur, nous avons un rôle particulier à jouer dans le renforcement des relations entre la Chine et le Canada.

Ce rôle consiste à amener tous les citoyens de nos pays, hommes et femmes, à pratiquer ce que j’appelle la « diplomatie du savoir ». Je parle ici de la volonté des femmes et des hommes de coopérer et de partager les découvertes par-delà les disciplines, les frontières nationales et les horizons géographiques.

C’est là une méthode très efficace pour permettre aux gens d’améliorer des idées existantes, d’appliquer des pratiques qui ont fait leur preuve et de faire des choix de plus en plus éclairés. C’est aussi un moyen remarquable de mieux faire connaître la beauté du savoir et, dans la foulée, de favoriser une plus grande harmonie entre les femmes et les hommes de tous les pays, et d’accroître le désir de tous les peuples du monde d’utiliser l’éducation pour améliorer leurs conditions de vie.

Avec une conscience aiguë de l’importance de la diplomatie du savoir, nous devons, en tant qu’universitaires, faire en sorte que les Chinois et les Canadiens aient davantage d’occasions de l’exercer.

Ici, à l’Université Sun Yat-sen, et dans tous les établissements d’enseignement supérieur de nos deux pays, nous devons accroître le nombre d’étudiants qui apprennent des langues étrangères; encourager un plus grand nombre de nos professeurs à passer leurs années sabbatiques dans d’autres pays; créer des liens entre nos laboratoires de recherche et ceux d’autres régions du monde; et mettre en place des régimes d’attestation d’études grâce auxquels des étudiants peuvent obtenir des diplômes en suivant des cours et en obtenant des crédits dans des universités de différents pays.

Ces mesures et des efforts similaires s’avéreront bénéfiques pour nos systèmes d’enseignement et d’apprentissage. Inspirés par notre exemple, des femmes et des hommes issus du monde des affaires, de l’industrie, des milieux scientifiques, des arts et de la création ainsi que de la fonction publique et des services sociaux s’emploieront eux aussi à favoriser le partage, la coopération et l’innovation.

S’agissant de la poursuite de ce travail important, je suis encouragé par le fait que de nombreux citoyens de nos deux pays sont déjà éminemment conscients de l’importance de la collaboration – par‑delà les disciplines et les frontières – pour réaliser de nouvelles découvertes et partager le savoir.

Les réalisations de votre pays sont particulièrement remarquables. Un exemple s’impose clairement à mon esprit. Ces 30 dernières années, une seule génération, à savoir 10 millions de Chinoises et de Chinois, a appris à parler, à lire et à écrire l’anglais. C’est là une grande réalisation dans l’enseignement des langues.

Vous vous êtes mis à la tâche avec dynamisme et enthousiasme, sachant très bien que votre capacité à partager vos connaissances avec le reste du monde contribuerait considérablement à votre succès. Il en va de même de votre capacité à adapter à votre situation particulière des idées et des pratiques issues du monde entier.

Et ce n’est pas seulement à notre époque que cette approche s’avère efficace. Ce pays la connaît et la met en pratique depuis des siècles. Vous célébrez à juste titre les voyages de Zheng He, dont les expéditions ont fait rayonner le savoir chinois, stimulé l’échange d’idées et élargi les horizons intellectuels dans le monde entier, et cela plus d’un demi-siècle avant le périple autour du monde de Magellan.

Zheng He et les équipages de ses nombreux navires, agissant en qualité d’ambassadeurs officiels de l’empereur Ming, avaient emporté avec eux une partie de l’Encyclopédie de Yongle, ou « Yongle Dadian » – jusque‑là l’encyclopédie la plus complète jamais rédigée sur le savoir humain –, pour partager avec les peuples qu’ils rencontraient les idées, les découvertes et les inventions chinoises.

Zheng He est un symbole éloquent, pour le monde d’aujourd’hui, de la volonté de dialogue avec tous les peuples qui anime depuis longtemps la Chine. Même si ses voyages sont bien connus ici, dans votre pays, la plupart des Occidentaux commencent à peine à comprendre l’importance, pour la genèse de nombreuses idées novatrices encore bien vivantes dans tout l’Occident, des cartes géographiques et des connaissances évoluées sur les arts, l’imprimerie, l’astronomie, les mathématiques et l’architecture transmises lors de son passage en Europe.

Ce fait historique oblige également les Canadiens à réexaminer l’influence des tout premiers explorateurs sur leur développement en tant que peuple et nation. De façon bien concrète, vous nous permettez d’apprendre de nouvelles choses, qui sont au cœur même de notre histoire nationale, de notre identité en tant que peuple. Au Canada, nous saluons cette occasion d’en apprendre davantage sur nous‑mêmes. Nous n’avons jamais eu peur des horizons que nous ouvrent les nouvelles idées, les découvertes et les inventions ni de ce que celles‑ci nous apprennent sur nous-mêmes, en tant qu’individus et nation.

Le visage humain de notre pays est le témoignage le plus manifeste de l’ouverture du Canada à l’égard du savoir mondial. À l’image du monde, notre société se caractérise par la diversité des couleurs de peau, des convictions et des horizons. Les Canadiens sont aussi peu nombreux – environ 35 millions selon le dernier recensement – et vivent sur un territoire plus vaste que le vôtre. Toutes nos réalisations découlent directement de notre volonté d’accueillir à l’intérieur de nos frontières les gens, les idées et les connaissances de l’étranger, et d’aller à leur rencontre, par‑delà les frontières.

C’est ce profond esprit d’ouverture et de découverte qui a amené le Dr Norman Bethune à venir du Canada pour séjourner ici, dans votre pays, où il a pu réaliser sa véritable vocation et découvrir ce qui lui tenait vraiment à cœur.

C’est aussi cet esprit qui a inspiré un autre Occidental mû par un amour profond et durable pour la Chine, le professeur Joseph Needham. Par ses voyages, ses recherches et ses écrits, il a montré à de nombreux Européens et Nord‑Américains, pour la première fois, toute l’influence qu’ont eue les sciences et la civilisation chinoises sur l’Occident à travers les siècles. Leur amour du savoir et leur volonté désintéressée de le partager ont, dans une large mesure, fait de Bai Qiuen et de Li Yuese des diplomates du savoir par excellence.

Aujourd’hui, nos deux pays – unis par la diplomatie du savoir – doivent servir de modèle au reste du monde. Or, je suis ravi de constater que le Canada et ses nombreux partenaires de la Chine méridionale montrent la voie à suivre. Pour ma part, je pourrais donner 15 exemples précis de collaboration poussée entre des organisations de nos deux pays, seulement dans les domaines de la santé et des sciences de la vie. Deux de ces partenariats revêtent un intérêt particulier pour les discussions d’experts qui commenceront sous peu.

L’entreprise canadienne MedMira – qui a son siège à Halifax, en Nouvelle-Écosse, pour être exact – et Triplex International Bioscience of China ont noué un partenariat en vue de la construction d’un centre d’essai et de mise au point de nouveaux produits sanitaires, à Xiamen. L’Université de l’Alberta, à Edmonton, et votre établissement, l’Université Sun Yat-sen, ici même à Guangzhou, ont convenu de collaborer afin de réaliser des projets dans les domaines des sciences de la vie et de l’environnement, et en recherche agricole.

Je suis très heureux de souligner que les principaux acteurs de ces partenariats sont parmi nous aujourd’hui; et j’ai hâte de savoir, lors des discussions d’experts, comment ils utilisent la diplomatie du savoir pour que l’innovation en sciences de la vie et de la santé passe du stade des essais en laboratoire aux applications concrètes dans nos foyers, nos écoles, nos fermes, nos hôpitaux et nos milieux de travail.

Chacun de nous doit cependant bien peser ses mots, car la vraie innovation ne se résume pas à un seul geste, mais s’inscrit dans un processus global impliquant différentes fonctions interdépendantes. L’innovation ne peut se définir par l’instant où une découverte intervient ni par celui où l’on repousse les frontières de la connaissance : il s’agit plutôt d’une suite complexe d’étapes et d’améliorations, vers la production de masse, qui aboutit à une utilisation généralisée. Elle n’est pas le fait d’un seul homme ni d’une seule femme travaillant en vase clos, mais plutôt le fruit du travail de nombreuses personnes de différents pays et de différentes disciplines, qui travaillent ensemble et qui mettent à contribution leur compréhension et leur point de vue particuliers.

Notre conscience de la nature particulière de l’innovation nous permet de comprendre la nécessité de former constamment de nouvelles générations de diplomates du savoir, en science et en ingénierie. C’est ainsi que chaque pays s’est fixé pour objectif de porter à 100 000 au moins le nombre d’étudiants qui acquerront et partageront des connaissances dans l’autre pays d’ici cinq ans.

À ce stade‑ci, près de 84 000 étudiants chinois étudient au Canada, de sorte qu’ils constituent le tiers de la cohorte des étudiants étrangers dans mon pays. De même, environ 3 400 étudiants canadiens poursuivent leurs études et des travaux de recherche dans votre pays.

En tant qu’universitaires, nous ne pouvons nous contenter de ce résultat. Nous devons atteindre l’objectif des 100 000 étudiants, et le dépasser largement à l’avenir. Nous devons intensifier nos efforts, mobiliser davantage de ressources, proposer d’autres mesures incitatives et offrir plus de possibilités pour qu’un nombre beaucoup plus élevé d’étudiants, d’enseignants, de chercheurs et de scientifiques de nos pays respectifs puissent vivre, étudier, enseigner et collaborer ensemble.

Tout particulièrement, nous devons trouver des moyens de mobiliser et d’attirer les jeunes Canadiens pour qu’ils fréquentent des universités chinoises, comme l’ont fait trois de mes filles, afin d’obtenir des crédits universitaires et, surtout, d’acquérir une expérience internationale et une connaissance véritable de la Chine : des compétences qui peuvent influer grandement sur leur avenir et celui des relations entre nos deux grands pays.

En nous efforçant d’accroître les échanges universitaires, nous devons aussi améliorer l’accès aux possibilités d’apprentissage. Les classes privilégiées ne doivent pas être les seules à pouvoir accéder à l’éducation. Toutes les personnes – femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, riches et pauvres, issus des régions urbaines ou rurales – doivent pouvoir accéder à une éducation de grande qualité.

Je pense ici en particulier aux étudiants canadiens et chinois issus de familles pauvres ou de régions rurales qui ont énormément de potentiel et d’ambitions, mais qui sont convaincus que des études à l’étranger sont tout simplement hors d’atteinte.

Nous devrions nous demander ce qu’est la diplomatie du savoir.

Selon notre expérience de la coopération entre nos deux pays, à quoi devraient ressembler à l’avenir leurs partenariats dans les domaines de l’éducation et de la recherche?

Comment pouvons-nous promouvoir une intégration beaucoup plus poussée de la recherche et une augmentation beaucoup plus marquée des échanges universitaires entre nos laboratoires scientifiques et nos établissements d’enseignement, y compris les autres institutions d’enseignement supérieur et de recherche de pointe?

Quel est le meilleur moyen d’élargir nos partenariats universitaires et scientifiques, pour y faire participer un plus grand nombre d’acteurs dans un nombre accru de pays, pour leur donner une dimension vraiment internationale?

Ensemble, que nous soyons Chinois ou Canadiens, nous devons trouver réponse à ces questions et déployer d’autres efforts. Nous devons tout mettre en œuvre pour que la diplomatie du savoir soit une réalité bien vivante dans nos pays et pour les gens du monde entier.

C’est là notre devoir. En effet, grâce à notre citoyenneté commune d’universitaires, nous sommes éminemment conscients que la diplomatie du savoir peut révéler, mettre à l’épreuve et établir des vérités universelles; donner naissance à des idées et à des pratiques novatrices; faire en sorte que tous puissent jouir de leur droit fondamental à la paix, à la prospérité et à l’épanouissement personnel; créer le monde plus averti et bienveillant dont rêve l’humanité tout entière.